Les Wachowski nous avaient mis une bonne claque dans la gueule avec leur Cloud Atlas, sublime fresque SF aux multiples visages. On attendait beaucoup de Jupiter Ascending pour continuer sur cette lancée. Verdict

Jupiter Ascending, c’est l’histoire de Jupiter Jones, née sous une bonne étoile… mais qui récure des chiottes pour survivre ainsi que sa famille. Son destin bascule toutefois quand elle est attaquée par ce qu’on pourrait apparenter à des bébés Silence (les squelettes en costard de Doctor Who), mais est sauvée par Caine Wise, un Lycanthien, mi-homme mi-loup, qui ne va avoir de cesse de la protéger. En effet, elle serait la réincarnation de la mère d’une puissante famille héritière…

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Premier défaut : le titre en VF. Bon, ca d’accord, les Wachowski y peuvent rien. Mais bordel, « Le destin de l’univers » ? Ca ne veut rien dire, c’est juste vendeur, et c’est limite si ca infantiliserait le film… Anyway, ce n’est pas le premier titre VF qui salit le titre d’origine. On dira donc Jupiter Ascending, much better. Mais bon, après, au vu du contenu du film, les Wachowski ne font pas grand-chose pour rehausser le niveau du film… Alors que Cloud Atlas et Matrix (le premier, hein, les deux autres… hem, spoilers) nous laissaient plein de questions, Jupiter Ascending nous laisse plein de questions… sur ce que le film a de contenu interprétatif. La réponse est simple, il n’y en a pratiquement pas, à peine une pauvre ébauche de réflexion sur la place de l’homme dans l’univers, pourtant un cheval de bataille des Wachowski (encore Matrix) qui aurait gagné à être développée, en rognant un peu sur les grosses maladresses de Mila Kunis essayant de draguer Channing « teenwolf » Tatum. C’est clair et net, les Wachowski ne sont pas de très bons directeurs d’acteurs. Autant dans Cloud Atlas ca se voyait moins parce que des acteurs, il y en a une myriade, autant dans Matrix, il suffit de regarder Keanu Reeves et Carrie-Ann Moss pour s’en rendre compte. Dans Jupiter Ascending, il y a un problème avec Mila Kunis : elle ne crève jamais l’écran pour essayer de transcender le film en se transcendant elle. Quant à Channing Tatum, il fait le job en chien de garde, et n’a vocation qu’à la partie action du film. On ne parlera évidemment pas de Sean Bean, qui joue purement les utilités, ou encore de Eddie Redmayne qui n’a pas la carrure d’un Hugo Weaving en méchant et mériterait des baffes tellement son hystérie est surjouée

Jupiter Ascending aurait dû apparaître juste avant Matrix, ou même avant Cloud Atlas, pour faire figure de banc d’essai pour l’un ou l’autre de ces deux films. Or là, il arrive après Cloud Atlas, ce qui est certes un fardeau, mais devrait être un modèle à suivre. Au lieu de ca, les Wachowski semblent nous faire un gros doigt d’honneur en nous disant « fuck, voilà, on s’est pas trop fait chier, enjoy l’action et les effets spéciaux, c’est mort si vous attendiez Cloud Atlas 2 ». Alors peut- être que c’est simplement un film de transition, nous direz-vous, et c’en est un bon dans le genre : l’action, les images de synthèse, la musique, les décors, les costumes etc sont extraordinaires, et il ne faut pas nier qu’on prend son pied dans toutes ces scènes qui piochent leur inspiration notamment dans Dune, Star Wars, Stargate SG1 entre autres, au travers de quelques plans bien sentis. Jupiter Ascending est un bon space opera, le prototype même de ce terme. Mais on aurait voulu plus, mieux, histoire de ne pas rester sur notre faim. Pour faire une comparaison, les Gardiens de la Galaxie, dans le même genre, apportait bien plus en terme d’humour, de profondeur des personnages, d’attachement aux personnages… alors qu’il s’inscrit dans un cahier des charges Marvel.

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Il manque la folie des Wachowski, certes un peu prétentieuse, mais cette folie qui s’accommode si bien avec leurs oeuvres, cette folie qui fait le contenu même du film, qui le façonne, notamment dans le discours des personnages (chaque discours de Smith dans Matrix laisse à réfléchir). Ici, la prétention est là, celle de dire : « on est les pros de ce genre de films, matez notre talent, pis notre culture, aussi ». Oui mais il manque quelque chose. Quelque chose qui va au-delà d’un divertissement, d’un scénario cousu de fil blanc dont on sait déjà l’issue, seulement ponctué de quelques petits discours peu enjouants de trois méchants sans immense envergure. Quelque chose, enfin, qui ne soit pas ce qui semble être une espèce de perversion jetée à la volée (l’un des trois enfants veut se marier avec la réincarnation de sa mère, l’autre la joue à la Commode et sa soeur dans Gladiator, et la troisième se fout à poil devant elle en l’invitant à la rejoindre, est- ce qu’il y a plus malsain, franchement ?), nettement moins subtile que le retour à la mère à la fin de Matrix Revolutions. Bref, un peu plus que : « tout sur l’action, la musique, les effets spéciaux démentiels, mais aussi une romance à deux balles et des acteurs parfois très moyens ». Il y aurait presque un avantage à en faire une nouvelle trilogie, du genre d’une vraie saga de SF comme on peut en lire.

Manque de folie, et paradoxalement, manque d’explosivité. Les Wachowski, vous êtes infiniment meilleurs que ca