Les romans « L’Epouvanteur » (The Wardstone Chronicles en VO) font partie des meilleurs romans young adults de notre génération. Le coté sombre, parfois un peu gore, mais surtout foncièrement original de la série de Joseph Delaney mérite depuis longtemps une adaptation. Mais parfois, mieux vaut laisser les choses dans l’état.

 

Nullywood

Dans un monde moyenageux et empreint de fantsatique, l’Epouvanteur empêche démons et monstres de détruire le monde. Alors que la menace des sorcières, amplifiée par le retour de Mère Malkin, se fait de plus en plus pesante, notre Epouvanteur va devoir se trouver un apprenti en la personne de Thomas Ward, septième fils d’un septième fils…

Soyons francs dès le début : le film, dès la sortie des premières images et de la bande-annonce, laissait déjà présager quelque chose de moyen. Les acteurs beaucoup trop âgés pour leurs rôles (rappelons que Tom et Alice n’ont que 11 ans dans l’œuvre originale), le côté « dragons et gros monstres « , mais surtout Julianne Moore, qui au delà de son talent certain n’a rien à voir avec le personnage qu’elle est supposée interpréter, à savoir la Mère Malkin, présentée comme la plupart du temps vielle, laide, voir inhumaine dans le livre : tout cela ne laissait rien espérer de très bon. Seulement voilà, il ne laissait pas non plus présager l’énorme insulte au livre et au cinéma non plus.

septieme fils

©Universal

Envisageons d’abord l’aspect de l’insulte au livre. En effet, si les lecteurs d’œuvres originales se montrent souvent circonspects quant aux adaptations de ces œuvres, leurs doutes et critiques ne sont souvent liés qu’à des détails, tant l’adaptation part souvent dans l’idée de respecter les grandes lignes du livre (au hasard : Harry Potter, Hunger Games, le Labyrinthe, et plus récemment le Hobbit). Cependant, ici, c’est toute l’histoire ainsi que l’aspect psychologique des personnages qui sont ici bafoués : notre Epouvanteur, incarné par un Jeff Bridges bien cabotin, est ici un poivrot prétentieux à l’humour noir qui nous rappelle le (déjà très mauvais) Brom de Jeremy Irons dans « Eragon », le timide et dévoué Tom est devenu un adolescent insolent et capricieux, et Tusk, monstre terrifiant et fils de Mère Malkin dans le livre, est devenu le gentil monstre ami de l’Epouvanteur, qui grogne un peu de temps en temps. La mère de Tom, enfin, personnage au centre des livres, est ici réduite à une pauvre fermière un peu sorcière qui est éjectée au bout de 30 mn de film.

Si toutes ces infidélités permettaient de bonnes surprises et un scénario original, on ne se plaindrait pas. Seulement, ici, non seulement l’affront à l’œuvre de Delaney est vivace, mais le film en lui même présente une écriture bien clichée et paresseuse, une sorte de monde parallèle où l’Epouvanteur aurait été écrit par un autre que Delaney, amateur de rom-com bien moisies (la relation Tom-Alice, subtile dans le livre, est elle aussi dénaturée jusqu’à les faire coucher ensemble au bout de deux rencontres, et le film va également jusqu’à inventer une bluette entre l’Epouvanteur et Malkin), de gros monstres (le gobelin, supposèrent informe et indescriptible dans le livre, est ici calqué sur le bestiaire de Peter Jackson) et de sorcières sexy (on se demande comment Tom peut être dégoûté par nos belles sorcières aux abondantes poitrines).

Si encore ce n’était que le scénario qui n’allait pas, le film de Sergey Bodrov aurait pu gagner un ou deux demi-points en plus, voir, dans un élan de compassion, avoir la moyenne. Seulement, au delà d’une interprétation désastreuse (passons sur un Ben Barnes et une Alicia Vikander aussi expressifs que des poêles à frire, la palme du plus mauvais acteur du film revient au Kit Harington de Game of Thrones, qui, en n’étant présent à l’écran que cinq minutes, suffit à nous faire détester son personnage pourtant presque mythique dans les livres, Billy Bradley, précédent apprenti de l’Epouvanteur), on nous propose aussi une image proprement immonde (si bien que la 3D rend la chose presque irregardable, ou au moins très désagréable à la vue, de par un flou permanent), une esthétique sans originalité malgré les dires du réalisateur. Seule la musique de Marco Beltrami, souvent dans le ton et rarement envahissante, sauve un peu le film.

La conclusion, vous l’aurez compris, est que le film n’est pas seulement à déconseiller, mais à proscrire. On aura rarement vu un tel gâchis de pellicule ces dernières années, et un tel manque de respect pour une œuvre originale de ce degré d’ambition. Pour se plonger dans l’univers des Ward et de l’Epouvanteur, rien de tel que de retrouver les livres de Joseph Delaney, une fois le cauchemar de Bodrov terminé.

Nullywood

 

 

 

 

A.M.D