La collection « Pavillons » de Robert Laffont publie Absolution, le premier roman d’un jeune auteur très prometteur : Patrick Flanery. « Un auteur incroyablement talentueux, et il ne fait que commencer », affirme le New Yorker. C’est avec curiosité que notre chroniqueuse Lola s’est penchée sur le sujet…

2013, Cape Town. Clare Wald, écrivain reconnue, se retrouve face à Sam Leroux, journaliste responsable de la rédaction de sa biographie. En réalité, ce n’est pas leur première rencontre, cet exercice va les emmener tous deux à remonter loin dans leur passé, en 1989, pendant l’apartheid.

Dans une Afrique du Sud qui multiplie les comités « Vérité et Réconciliation », la vérité n’est que subjective, et la réconciliation laborieuse. C’est le cas pour Clare, pour Sam, comme pour tous les habitants de ce pays qui ne parvient à se purger de sa violence. Il s’agit avant tout de se pardonner à soi-même.

Dans une construction complexe et maîtrisée, Patrick Flanery nous livre les vérités des personnages, les histoires qu’ils se racontent à eux-mêmes et aux autres. Sam questionne Clare sur son passé, Clare propose un récit des derniers jours de sa fille Laura, martyre de la démocratie. Sam apportera à ce sujet ses propres révélations. Il mettra également Clare face à ses contradictions, la confrontera au souvenir de sa sœur, sympathisante de l’ancien régime.

Dans Absolution, les récits s’imbriquent et se révèlent mouvants et incertains. Clare comme Sam font face à un pays qui les rejette, qui ne leur pardonne rien. Un pays où la frontière entre bien et mal, entre coupables et victimes, est aussi floue au présent qu’au temps de l’apartheid. De leurs maisons-forteresses à d’anciennes prisons devenues musées ou bâtiments administratifs, les personnages cherchent à s’approprier un espace qui, comme leur passé, leur apparaît à la fois familier et étranger, menaçant.

C’est un récit d’une grande finesse que nous propose Patrick Flanery. L’écriture d’Absolution est sobre et maîtrisée, la traduction excellente. Ce thriller très littéraire porte également une réflexion politique et psychologique. Absolution aborde des thèmes bien plus vaste que la « petite » histoire des personnages. L’auteur traite ainsi du sujet de la censure, et de son incidence sur l’écriture. Le thème du passé et de son indétermination, de son inévitable subjectivité sont aussi au centre du livre. La vérité existe-t-elle vraiment ? Comment la raconter, comment se raconter ?

Les processus littéraires de l’entretien, de la biographie, de l’autobiographie, de la fiction autobiographique, sont construits et déconstruits par l’auteur, tout en étant questionnés par ses personnages. Un premier roman sombre et dense, violent, qui sonde en profondeur ses protagonistes, et le lecteur lui-même.

« Pensez-vous que la fiction soit essentielle à l’opposition politique ? » Je regrette la question à l’instant où elle sort mais, assis en face d’elle, j’ai l’impression d’être incapable de poser toutes les questions soigneusement formulées que j’ai passé des mois à préparer.

Elle rit et le rire se mue en un nouvel accès de toux et de raclements de gorge. « Vous avez une idée très étrange de ce qu’est censée faire la fiction. »

Je cherche à gagner du temps, sentant qu’elle me regarde tandis que j’étudie le labyrinthe de mes notes. J’ai été naïf de croire que tout cela se passerait facilement.

Patrick Flanery

Patrick Flanery

Patrick Flanery a publié deux romans : Absolution en 2012 et Fallen Land cette année. Son site

Article par Lola