En septembre 1999, la série inconnue en France Popular fêtera ses 20 ans et, en même temps, Ryan Murphy, son créateur, célébrera 20 ans de carrière.

À une époque où les séries sont en plein essor économique du au très moderne phénomène appelé Peak TV, le temps de cerveau disponible du téléspectateur est de plus en plus sollicité par les nouveaux programmes suite à des stratégies marketing qui le poussent à une consommation presque machinale (phénomène accentué depuis l’arrivée des plateformes de Vidéo à la Demande comme Netflix, Hulu ou bien encore Prime Video). Avec un tel niveau de production atteint, il paraît évident que les séries d’aujourd’hui privilégient désormais la quantité à la qualité, pratique maintenant revendiquée par le géant au logo rouge ou par la chaîne câblée HBO cherchant à concurrencer la prise de pouvoir de la VOD. Cependant, parmi toutes ces nouveautés qui ont bouleversé le monde sériel depuis un peu moins d’une décennie, certaines grandes figures de la télévision ont su résister et ont continué de persister afin de proposer du contenu de grande qualité malgré une tendance générale à la redite et aux postulats de départ classiques : on peut citer entre autres Michael Schur avec ses comédies à visées politiques et dénonciatrices (Parks and Recreation ; Brooklyn Nine Nine ; The Good Place), Adam Horowitz et Edward Kitsis pour leurs dramas fantastiques ayant renouvelé le genre (Lost ; Once Upon a Time ; Amazing Stories) ou bien encore Ryan Murphy, fidèle à lui-même depuis sa toute première création il y a bientôt 20 ans. Ambitieuses, innovantes, tolérantes, intelligentes et parfois gênantes ou sensationnelles, quand il veut nous livrer du grand spectacle, ses séries font partie du paysage télévisuel américain depuis 1999 et l’ont profondément marqué au point qu’elles atteignent  un statut culte auprès des sériephiles invétérés.

Retrouvez notre émission spéciale Ryan Murphy qui a eu lieu lors de notre live Happy Hour Séries

 Avec 6 Emmy Awards remportés pour 28 nominations depuis le début de sa carrière, Ryan Murphy est l’un des producteurs les plus prolifiques et qualitatifs du petit écran avec actuellement un nombre de 10 séries au compteur. Retour sur la carrière d’un ancien journaliste rêvant de pouvoir un jour raconter ses histoires dans le but de faire évoluer les mentalités et la perception de la télévision.

 

Popular (1999-2001, The WB)

Fin des années 90, alors que les programmes télévisés connaissent une « révolution » afin de préparer doucement mais surement le troisième âge d’or des séries télé qui prendra place dès 2004, Ryan Murphy arrive pour la première fois sur les écrans américains le 29 septembre 1999 sur la petite et récente chaîne The WB avec comme projet  une série pas totalement comme les autres. En effet, si l’intrigue de départ semble plutôt classique avec la rencontre et collision de deux mondes opposés (celui des « populaires » et ceux des « wannabe »), la série américaine nous plonge dans le quotidien mouvementé des adolescents de Kennedy High où ces deux clans s’affronteront désormais dans une lutte pour le pouvoir. Et déjà si tôt, Ryan Murphy proposait sa touche personnelle, si atypique, avec des effets de réalisations originaux, un humour typiquement « Murphien » (qui ne plaira pas à tout le monde car jouant beaucoup sur l’absurde et le visuel), des 4èmes murs très souvent brisés ; bref, Popular est la série qui lui a permis de faire connaître son univers au public mais aussi de poser les bases d’une télévision plus tolérante et ouverte, ce qui, ironiquement, précipitera l’annulation du show. En effet, avec 2 saisons et 43 épisodes au compteur (avec en bonus une fin en cliffhanger…), le network diffusant la série s’est vu obliger d’arrêter les frais à cause d’un trop plein de messages positifs envers les minorités LGBT. Ce n’est que des années plus tard que Murphy a dévoilé l’homophobie des gérants de la chaine qui souhaitaient avoir des personnages homosexuels dans leurs programmes mais uniquement si les intrigues permettaient de les voir souffrir. Alors que les standards de l’époque privilégiaient  des arcs narratifs assez discrets envers les personnages gays (comme pour Dawson ou Buffy contre les Vampires diffusés sur la même chaîne), Murphy allait à l’opposé des volontés de la WB ce qui lui a coûté sa première série. Mais si passé plutôt inaperçu à l’époque, ce teen drama à la sauce 90’s est devenu un incontournable au fil des années au point d’avoir été placé 21ème dans le classement des 28 séries les plus cultes effectué par Entertainement Weekly en 2012. Bien que daté, on peut déjà retrouver dans Popular les prémices de certaines futures séries de Murphy, à commencer par cette volonté de prôner la tolérance et l’acceptation de soi, chose qui sera accomplie dès sa deuxième série.

 Popular est disponible en import DVD.

 

 

Nip/Tuck (2003-2010, FX)

Décor paradisiaque, somptueuses femmes et beaux chirurgiens : bienvenue à Miami où l’apparence prend le dessus sur la morale ! Au cabinet McNamara/Troy, réalisez tous vos souhaits en matière de chirurgie esthétique ; du simple grossissement de poitrine aux demandes les plus farfelues, rien n’arrête Sean McNamara et Christian Troy réputés pour accepter les clients les plus excentriques. C’est donc un cocktail mélangeant glamour, sexualité et opérations que Ryan Murphy propose tout au long des 6 extraordinaires saisons que compose cette série. Avec des personnages torturés et  aux cellules psychologiques  détraquées par les aléas de la vie, Nip/Tuck est une série très noire portant un regard pessimiste sur le monde afin de nous faire prendre conscience de tous les vices de l’être humain. Dans un univers où la morale n’a plus de limite, la série dépasse les limites de l’acceptable en choquant et en abordant volontairement des sujets tabous afin de faire évoluer, comme  toujours, les mentalités. Débutée en 2003 sur la petite sœur câblée de la nationale FOX, la chaîne FX permet, contrairement à la WB, de laisser la créativité de Murphy s’exercer ainsi que toute sa folie. En abordant toute une panoplie de thématiques peu, voire jamais traitées auparavant à la télévision, le show s’est vite élevé au statut « culte » et « indispensable » pour la société. Dès son Pilot et ses 3,7 millions de téléspectateurs, elle est encore aujourd’hui la série câblée la plus regardée pour sa première saison et la série aux plus hautes audiences chez FX. Sa réussite est également due au traitement accordé aux protagonistes et notamment au personnage de Julia McNamara (Joely Richardson) qui a été nommée 2 fois au Golden Globes pour sa prestation époustouflante de femme désespérée et troublée. Grâce aux critiques positives, aux audiences impressionnantes pour une chaine du câble et aux nombreux prix remportés, Ryan Murphy obtient une reconnaissance dans le monde de la télévision ce qui lui permettra, dans les dernières saisons, de voir apparaître des guest-stars de prestige : Jacqueline Bisset, Joan Rivers, Larry Hagman, Alec Baldwin et même Catherine Deneuve ont eu  droit à au moins une apparition dans la série médicale (cette dernière ayant un rôle qui restera dans les annales !). La série a également permis de propulser certains acteurs alors méconnus à l’époque tels que Sarah Paulson, Peter Dinklage ou bien encore Bradley Cooper. C’est en 2010 que le dernier épisode est diffusé clôturant de ce fait une page importante de l’histoire de la télé américaine qui doit dire au revoir à un programme pas comme les autres. Son aura si particulière nous fait vivre une expérience assez unique qui nous scotche à l’écran tant nous sommes surpris de ce qui  se déroule sous nos yeux. Une série atypique qui a su renouveler, comme aucune autre, le genre médical et notamment par sa grande critique de la société de l’apparence et par la vision de l’Homme qui y est dépeinte : celle d’une figure futile. Un tournant majeur pour cette tolérance que Ryan Murphy souhaite à tout prix inculquer à la télévision.

Nip / Tuck est disponible en intégrale DVD

 

 

Glee (2009-2015, FOX)

Alors en cohésion avec les décisions artistiques de la 20th Century Fox, notre showrunner américain propose en 2009 le concept d’une nouvelle série pour la chaîne FOX. Cette fois-ci, plus de troubles psychiques en tout genre et autres intrigues lourdes et noires, désormais c’est la gaieté et la bonne humeur qui est au programme avec sa comédie musicale moderne : Glee. Reprenant les bases qu’il a instaurées dans Popular 10 ans auparavant, Murphy a alors l’occasion de pouvoir dévoiler sa vision de la jeunesse comme il le souhaite. Recontextualisons : en 2009, les américains venaient de dire au revoir après 8 saisons à Will & Grace, comédie avant-gardiste de NBC, ABC allait accueillir Modern Family dans sa programmation et la chaîne Logo lançait la première saison de RuPaul’s Drag Race, émission mettant en compétition des drag-queens à travers les États-Unis. Une chose est sûre, les choses ont changé depuis 1999 mais si Popular était clairement en avance sur son temps, Glee était la parfaite réponse à une société plus actuelle et bienveillante. Se basant en partie sur son expérience de jeune lycéen, Murphy décide de raconter les mésaventures d’une bande d’adolescents au sein d’une chorale « ringarde » aux yeux des autres. Ces underdogs et losers, comme appelés dans la série, sont aussi bien le quaterback populaire, mais ayant une passion pour le chant, que le jeune homosexuel ayant du mal à s’accepter en passant par la chanteuse talentueuse mais mal dans sa peau. Bref, toute une panoplie de personnages aux problèmes divers et variés est dépeinte mais tous ont un point commun : la musique. Exprimant leurs sentiments en chanson, les différents protagonistes de la série ont repris plus de 728 chansons tout au long des 6 saisons, allant des classiques de Broadway aux chansons plus modernes sans oublier les incontournables du rock des années 70 et 80 ; en bref, tout le monde peut y trouver son compte dans ce show mêlant performances chantées/dansées aux problèmes de lycéens habituels. Ryan Murphy signe alors avec Glee, son deuxième énorme succès international ce qui lui permettra d’obtenir un total de 78 récompenses pour 194 nominations. À cela s’ajoute le triomphe des albums vendus : en 2009, 25 singles se sont positionnés dans le Billboard Hot 100, dépassant de ce fait les Beatles qui détenaient le record avec 23 singles en 1964. Avec ce véritable nouveau phénomène qu’est Glee, Murphy a pu traiter des sujets qui lui tenaient à cœur et nous retrouvons, comme toujours avec lui, un message positif quant à l’acceptation de soi et au fait de croire en ses rêves. Si elle ne manque pas de mièvrerie par certains moments, il faut tout de même avouer que cela fait du bien de regarder un programme aux messages optimistes et qui, par la force de la musique, nous fait ressentir tout un plein d’émotions. Malgré le  début de son déclin à partir de la saison 5, la série a quand même su parler à une génération d’adolescents et de jeunes adultes et, ce, de façon intelligente bien que moins subtile que Popular. Un changement drastique mais gagnant après un Nip/Tuck qui nous a vidés émotionnellement. Mais après cette pause appréciable, la folie ne fera pas long feu à revenir sur nos écrans…

 Glee est disponible en intégrale DVD.

 

 

 

American Horror Story (2011-, FX)

Bien installé dans les locaux de la Fox, c’est tout naturellement qu’il pitch sa 4ème série à FX. Une fois n’est pas coutume, Ryan Murphy aime les défis et s’engage dans un tout nouveau monde qu’est cette-fois celui de l’horreur. Le principe de sa série ? Raconter à chaque saison une histoire entièrement différente et à part des précédentes mais reliées toutefois par des thématiques communes et surtout par des acteurs récurrents interprétants de nouveaux rôles à chaque nouvelles salves d’épisodes. En effet, chaque année c’est une petite troupe de comédiens 5 étoiles qui revient nous présenter de nouvelles histoires soi-disant « terrifiantes » (mais s’apparentant plutôt à du gore et au sensationnel qu’à l’horreur pur). En redonnant une seconde jeunesse, tout en faisant découvrir à la nouvelle génération des stars du cinéma comme Jessica Lange ou bien encore Kathy Bates, Ryan Murphy propulse sur le devant de la scène les, alors inconnus, excellents Evan Peters et Sarah Paulson. Légendes urbaines, histoires paranormales, peur, gore, déséquilibre psychologique, sexe, taboues et le politiquement incorrect sont alors au programme dans cette série qui nous invite à lâcher prise pour assister à une expérience inédite afin d’être totalement déroutés par ce que nous venons de voir. Avec actuellement 8 saisons et une 9ème en préparation pour la rentrée 2019, le succès d’American Horror Story n’est plus à prouver et est encore aujourd’hui l’un des programmes les plus solides de FX. Les téléspectateurs ont été enivrés par l’univers aliénant du producteur américain et ont commencé à former une communauté solidaire pour le show : de la maison hantée à l’hôtel où vos peurs les plus sombres prendront vie en passant par un asile aux pratiques radicales et à un cirque aux « créatures » pas si effrayantes que ça, les fans en redemandent et tentent de percer tous les secrets des futures saisons. Encore une fois, Murphy renouvelle à la perfection un concept, cette fois-ci très populaire dans les années 80/90 mais laissé à l’abandon depuis, l’anthologie horrifique. Acclamée par les critiques et grande gagnante de nombreux prix, la série a su s’imposer comme un indispensable de la télé actuelle pour son originalité et ses performances d’acteurs incroyables.

 American Horror Story est disponible en DVD et blu-ray et sur Netflix.

 

 

The New Normal (2012-2013, NBC)

Premier et unique passage, du moins pour le moment, à la case comédie avec The New Normal diffusé sur NBC en 2012. Ryan Murphy doit désormais s’adapter à un format qui lui était inconnu ; avec uniquement 22 minutes pour s’exprimer, le tout se doit d’être plus condensé et surtout drôle. Car si la série dépeignait encore une fois un message de tolérance appréciable et honorable pour la télévision en mettant en scène un couple de 2 hommes faisant appel à une mère porteuse pour pouvoir enfin fonder une famille, le show manquait tout de même de saveur, en cause des personnages avec peu de relief, voire caricaturaux dans certains cas. Tout n’est cependant pas à jeter dans cette comédie avant-gardiste.

En effet, ce n’est désormais plus une surprise, nous retrouvons de très beaux messages de bienveillance et des moments de pure émotion appréciables. Cependant, les supposés rires promis se font rares et nous enchainons les épisodes en l’attente de retrouver l’univers si particulier de Murphy qui ne fera, malheureusement, jamais son apparition. Car oui, si l’humour a toujours fait partie intégrante du monde du showrunner (surtout dans Popular et Glee), on a eu la confirmation qu’il n’était pas formaté pour la comédie classique. Là où fonctionnent ses idées délirantes dans un format ne nécessitant pas foncièrement de gag, elles ne semblent pas trouver leur place quand la série tourne uniquement autour de cet aspect. Même si les audiences étaient relativement au rendez-vous, ce sera un groupe conservateur et anti-gay, les One Million Moms, qui mettra fin à la production. Leur objectif : continuer de se battre pour les valeurs morales qui ont fait battre le cœur des États-Unis depuis toujours. Et pour la deuxième fois, Ryan Murphy verra sa série s’éteindre à cause d’individus homophobes prenant le dessus sur les networks. Même si loin d’être parfaite et renversante comme pouvaient l’être ses anciennes créations, The New Normal avait au moins le mérite d’être rafraichissante avec une réelle volonté de faire évoluer les mentalités. On peut néanmoins apprécier que toutes les histoires se concluent au terme des 22 épisodes offrant alors une fin plus que satisfaisante qui ne nécessitait pas spécialement une deuxième saison.

 

The New Normal est disponible en import DVD

 

 

 

Scream Queens (2015-2016, FOX)

Après un premier échec relatif, Ryan Murphy revient en force avec un nouveau projet sous le bras et un casting de qualité : en tête d’affiche Emma Roberts et Jamie Lee Curtis tenteront d’échapper aux griffes d’un serial killer auxquelles se joindront, entre autres, Lea Michele, Niecy Nash, John Stamos ou bien encore Taylor Lautner ou la chanteuse Ariana Grande. La série se veut être une sorte d’anthologie dans la forme (comme AHS) avec un lieu/thème différent par saison sauf qu’à la différence de sa précédente série horrifique, les personnages ainsi que les relations entre eux se poursuivront d’une année sur l’autre ; « ce seront ceux qui auront survécu à la saison qui pourront revenir dans la suivante » comme l’ont indiqué les producteurs. Véritable hommage aux films slashers des années 80/90 dont Murphy était friand plus jeune, la série nous propose un jeu « du chat et de la souris » et de « qui est qui » afin de démasquer le tueur tout en voyant les différents membres du casting y laisser leur peau épisode après épisode. Malgré la grande promotion dont elle a bénéficié par la FOX et de son casting alléchant, Scream Queens a déçu les critiques et les téléspectateurs avec en moyenne 2,79 millions d’audiences pour la première saison alors que celles de la deuxième sont descendues à 1,45 million. Malgré sa fin prématurée au terme de la seconde saison, Ryan Murphy a annoncé début février un possible retour de Scream Queens avec le casting original sans pour autant savoir la forme que ce projet prendra (Mini-série ? Film ?). On lui reprochera notamment des intrigues sans queue ni tête et une absurdité assez assourdissante alors qu’en réalité, c’était de ses faiblesses que la série était remarquable ! On y retrouve l’humour au 3ème voire 4ème degré bien propre au style « Murphien » et les personnages caricaturaux et extrémistes dans leur propos et actions comme pouvait l’être Popular à l’époque. Cependant, être le créateur de phénomènes comme Nip/Tuck, Glee ou American Horror Story ne s’avère pas être suffisant pour imposer ses standards de réalisation et de comédie. Cette série a permis de confirmer une chose : les créations de Murphy sont limitées à un public bien précis, ceux qui seront réceptifs aux idées farfelues du showrunner américain. Si c’était déjà le cas depuis son premier show, il semblerait que la communauté de fans se divise bien plus quand il est question de Scream Queens entre ceux qui l’ont appréciée et ceux qui pensent qu’elle est sans intérêt. Ryan Murphy est devenu ce genre de réalisateur qu’on aime ou déteste avec un juste milieu difficile, si ce n’est impossible, à atteindre.

 

Scream Queens est disponible en import DVD et sur Netflix.

 

 

American Crime Story (2016-, FX)

Sorte de « faux spin-off » d’American Horror Story, c’est en octobre 2014 que la volonté d’agrandir cette franchise voit le jour. Cette fois-ci, il n’est plus question d’histoires terrifiantes mais d’histoires réelles qui seront traitées chaque saison ; des « crimes américains » ayant marqué le pays et défrayé la chronique. A l’heure d’aujourd’hui, FX n’a diffusé que 2 saisons de l’anthologie soit deux adaptations télévisuelles de deux affaires majeures. Si la première salve d’épisodes traitait de l’incroyable histoire du procès d’O.J. Simpson qui a bouleversé la nation, la deuxième fournée s’est intéressée au meurtre du célèbre Gianni Versace, enfin plutôt à la vie de son assassin Andrew Cunanan ce qui a provoqué de vives critiques quant à la publicité dite « mensongère » du titre de la saison qui laissait penser qu’elle explorerait celle du styliste. Comme de coutume, le casting est sensationnel et nous pouvons retrouver des célébrités telles que Sarah Paulson, David Schwimmer, John Travolta, Penélope Cruz, Ricky Martin et Darren Criss pour les plus connus. La série se veut bien plus sociale et sociétale que la série mère et ses adaptations de qualité et sa réalisation fascinante lui aura valu, pour le moment, 29 victoires dans des catégories diverses et variées (régulièrement pour la meilleure réalisation, mini-série et performance). Le show sait être poignant et n’hésite pas à briser la narration classique pour renforcer davantage son récit. A noter qu’une troisième saison traitant des conséquences de l’ouragan Katrina, ayant dévasté les États-Unis en 2005, était prévue mais a finalement été annulée début février tout comme la quatrième saison qui devait aborder le scandale Clinton-Lewinsky en avril dernier. Mais tout de même, Ryan Murphy signe son retour avec le succès et s’avère être très performant quand il s’agit de produire des anthologies et comme dit le dicton…

La première saison de American Crime Story est disponible en DVD et sur Netflix.

 

 

Feud (2017-, FX)

… jamais trois sans quatre ! Inspirée par une interview que Murphy a faite en 1989 de l’immense Bette Davis, dans laquelle elle témoignait de sa profonde haine mais tout de même admiration envers sa collègue Joan Crawford, Feud raconte à chaque saison une grande rivalité entre célébrités qui a marqué les médias. La première (et pour l’instant unique) saison se concentre donc sur l’affrontement que se sont livrées ces deux actrices lors du tournage du film Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? et sur toutes les questions sociales qu’il a soulevé. Alors que l’une est glorifiée pour sa beauté alors qu’elle est issue d’un milieu modeste, l’autre est médiatisée pour son talent indéniable et ce, malgré un physique ne correspondant pas aux standards d’Hollywood. La série permet ainsi de proposer une véritable critique du monde impitoyable qu’est celui de la télévision et du cinéma en traitant de sujets tels que le sexisme, la misogynie ou bien encore l’âgisme. Alors en pleine création de sa Half Foundation qui promeut une augmentation de la présence féminine à des postes à responsabilité dans la production de films et séries, Ryan Murphy fait bénéficier à Feud d’une incroyable vitrine pour combattre les inégalités face au géant H blanc. Avec la moitié des épisodes réalisés par des femmes et un casting majoritairement féminin (Jessica Lange et Susan Sarandon en tête d’affiche), la Ryan Murphy Productions est devenue l’une des boîtes de production les plus féministes et diversifiées de la télé actuelle. Encore une fois appréciée de la majorité des critiques américaines, la série a été un succès à tous les niveaux. Une deuxième saison a été commandée par FX traitant cette fois-ci de la relation entre le prince Charles et sa première épouse Diana mais a finalement été annulée en août dernier. À ce jour, aucune nouvelle n’a été donnée quant au prochain conflit qu’abordera la série mais une chose est sûre, Murphy a confirmé la production de prochains cycles du show.

 

 

 

 

9-1-1 (2018-, FOX)

2018 fut sans conteste l’année la plus chargée pour notre producteur américain avec pas moins de 4 séries en diffusion en même temps ! Et quoi de mieux pour débuter la nouvelle année que de voir apparaître sur nos écrans la toute dernière pépite de Ryan Murphy.  S’il ne s’est jamais reposé sur ses lauriers depuis le début de sa carrière, en proposant à chaque fois des concepts plus différents les uns des autres, on ne s’attendait nullement à le voir arriver dans le monde du procedural (le terme qui réunit l’ensemble des séries policières, judiciaires, médicales n’ayant peu voire aucunes réelles intrigues liées au développement des personnages). Très généralement apprécié des casual watcher (les téléspectateurs occasionnels), ce genre est réputé pour produire des épisodes stand-alone, c’est-à-dire consommable sans avoir forcément regardé les précédents. Avec 9-1-1, Ryan Murphy remet au gout du jour un concept vieux comme le début de la télévision américaine. S’axant sur les vies personnelles et professionnelles mouvementées des standardistes du 9-1-1 (le numéro d’urgences aux États-Unis) ainsi que sur les pompiers et policiers de Los Angeles, le programme nous offre un véritable spectacle d’épisode en épisode en ne proposant pas une affaire criminelle à résoudre en 40 minutes comme la plupart des séries du genre mais plutôt plusieurs petites interventions allant du simple braquage aux plus farfelues mettant en valeur tout le génie de Murphy. Pour la folie évoquée, on se rapproche de ce que pouvait faire Nip/Tuck à l’époque avec le sensationnel mêlé à l’émotionnel. La série nous offre un aperçu de la vie difficile que vivent ces personnes, qui unissent leurs forces et dédient leur vie pour sauver celles des autres. Étant le dernier grand succès de la FOX avec 10,69 millions de téléspectateurs pour son Pilot, la série a été renouvelée pour une nouvelle saison dès la diffusion de son deuxième épisode. L’audace et la volonté de briser les codes installés depuis des décennies ont encore une fois fonctionné et, alors actuellement en pause hivernale, il est sûr que la nouvelle pépite de Murphy sera de retour l’année prochaine pour une 3ème saison.

 

 

Pose (2018-, FX)

La dernière création diffusée en date du showrunner américain est très certainement l’une des séries les plus importantes de ce début de siècle. Selon lui, c’était un projet de longue date mais qu’il ne pouvait, en toute logique…, pas réaliser plus tôt ne souhaitant pas refaire l’erreur qu’il avait commise avec Popular qui était trop en avance sur son époque. Pour Pose, Murphy explore cette fois l’émergence de la culture méconnue queer et transsexuelle noire et latino à New York dans les années 80 en pleine aube de l’ère de Trump. Se focalisant alors sur les vies d’un petit groupe de transsexuels, la série aborde des thématiques importantes tels que la maladie, l’acceptation de soi ou bien encore les valeurs familiales. À défaut d’avoir réuni des millions de téléspectateurs, le show est remarquable pour plusieurs points : il est le premier programme à avoir rassemblé le casting transsexuel le plus large de la télévision, tout comme c’est la première série où l’un de ses épisodes a été écrit et réalisé par une femme trans. Pour couronner le tout, Murphy a annoncé qu’il donnerait la totalité des bénéfices réalisés grâce à la série à des organisations à but non-lucratif travaillant avec des personnes faisant partie de la communauté LGBTQ+ telles que la Sylvia Rivera Law Project, la Transgender Legal Defense & Education Fund et la Callen-Lorde Community Health Center. Renouvelée pour une deuxième saison, c’est avec un bonheur immense que nous retrouverons tous ces personnages pour très certainement 8 nouveaux épisodes qui nous rempliront le cœur de bons sentiments et d’un message prônant la tolérance.

 

 

             Après ce tour d’horizon des productions de Ryan Murphy, une chose est claire : la télévision a changé et est devenue plus ouverte grâce à ses séries avant-gardistes et souhaitant faire évoluer les esprits un peu trop conservateurs. Il s’avère que, même si nous ne pouvons pas tous adhérer à l’univers si particulier de l’ex-journaliste, les networks avaient besoin de tels programmes pour diversifier la vision qu’elle nous renvoyait d’une « Amérique parfaite » où la famille typique est composée d’une mère et d’un père et où la norme sexuelle se limite à l’hétérosexualité. Bien sûr, il n’est pas le seul et surtout pas le premier à s’être autant battu pour légitimer les minorités dans les séries mais personne n’en a jamais fait sa marque de fabrique. Murphy souhaite combattre toutes les inégalités qui subsistent aussi bien devant que derrière la caméra grâce à ses fictions, grâce à des messages positifs et porteurs au monde entier. Après un contrat s’élevant à 300 millions de dollars signé avec Netflix, pour s’approprier les futures créations de Murphy et ce pendant 5 ans, nous pourrons prochainement retrouver sur cette même plateforme ses nouvelles séries Ratched (préquel du film Vol au-dessus d’un nid de coucou s’intéressant au passé de l’infirmière Ratched) et The Politician (qui suivra les aspirations politiques d’un jeune adolescent interprété par Ben Platt). Deux séries qui sortent encore une fois de ce que nous a habitué le showrunner mais n’est-ce pas là sa marque de fabrique, et surtout la clé de son succès, de voir qu’il excelle là où on ne l’attend pas ? L’audace et l’originalité font des miracles et si vous n’êtes pas convaincus, demandez plutôt à Ryan Murphy.