Star Wars 7 avait laissé les fans divisés entre ceux qui y voyaient le juste retour d’une saga fascinante et d’autres qui comprenaient le film comme une ode, paresseuse, à la nostalgie et au statu quo. Force est d’admettre qu’après une belle mise en bouche l’an dernier avec Rogue One, Star Wars est revenu. Enfin.

Alors que la Résistance est fragilisée, le Premier Ordre rassoit sa domination sur l’ancienne République. Le temps des héros est révolu, pourtant Rey a bien l’intention de renverser la situation en ramenant à ses esprits une icône de la Rébellion : Luke Skywalker…

La vache. Difficile de commencer une critique qui ne ressemble en rien à ce que je pensais écrire sur le film avant de le voir. Oui, j’utilise le « Je « assez exceptionnellement parce que je me rends bien compte que, dans son propos comme dans sa forme, Les Derniers Jedi a vocation à s’adresser à chaque spectateur, fan ou non, plutôt qu’à un ensemble de groupies comme cette nouvelle saga avait démarré. C’est comme ça que j’ai ressenti le film, un message très individualisé, une ode passionnante et ambitieuse à ceux qui veulent trouver leur place quelque part. J’ai très envie de parler du film comme des « Derniers Jedi » plutôt que comme « Star Wars 8 » parce qu’il semble vraiment écrit pour l’individualité, pour vivre seul, avec un début et une fin.

À lui seul, Les Derniers Jedi fourmille d’idées, de thématiques qui font toute sa force et son ambition dans leur traitement. Il est à la fois conscient de lui même et très détaché de son héritage. Conscient de lui même parce qu’à de nombreuses reprises, le film parle au spectateur, il lui parle de lui-même, en tant qu’objet de création. Il réagit constamment à ses dires, comme lors d’une scène où l’immonde Snoke moque Kylo Ren pour s’être fait battre par une « fille qui n’a jamais tenu de sabre laser », comme une personnification des dires sexistes de Max Landis et de bien d’autres au moment de la sortie du septième film. Il existe en permanence en tant que réponse à des individualités, il prend chaque personnage et déconstruit les icônes sans se brusquer, sans humour excessif, pour ensuite les reconstruire comme elles devraient être, à la lumière de ce qui est fait de Luke. Difficile d’en dire plus à ce stade sans gâcher la surprise mais ce qui est fait du personnage connu de tous est très symbolique de cette déconstruction quasi-organique et tangible initiée par le film. On est loin, très loin, du respect pieux et sans courage du Réveil de la Force mais aussi loin d’un Marvel. Le film, au fond, est obsédé par l’équilibre, à la fois dans son message et dans ce qu’il est.

Cette recherche d’équilibre est justement ce qui amène Les Derniers Jedi à se détacher de son héritage. Fascinant de voir ce film se mouvoir, comme voulant se débarrasser d’une mythologie trop lourde et d’un film précédent qui l’empêtre. On a vraiment cette sensation quasi tangible que le film enlève, doigt par doigt, sa main à la saga, à tout ce qu’on pourrait attendre d’elle. Il ne parle pas de destin, ni d’évidences, ni de bien ou de mal, mais fait entrer l’histoire dans une vraie et puissante recherche de complexité, moins servie par les dialogues (toujours très limités) que par la mise en scène : le film est un vrai trésor de montage, il fait se répondre tous les camps pour les faire se confondre et se lier, refuse toute binarité pour proposer une vraie réflexion sur le choix. C’est une des thématiques principales du film, ce choix, rien n’est laissé au hasard pour ces personnages qui ne s’en remettent qu’à eux mêmes pour survivre. Aide toi, la Force t’aidera peut-être. Mais aide toi d’abord.

critique star wars

Cela ne signifie pas pour autant que le film oublie ce qu’il est. On a eu trop le sentiment cette année, devant des films comme Alien Covenant, La Planète des Singes Suprématie ou Spider-Man Homecoming, qu’Hollywood passait son temps à nier les mythologies d’origine pour acheter une nouvelle légitimité, comme si rompre avec la sève des mythes et les trahir créait par magie des œuvres originales. Ici, Les Derniers Jedi refuse toute considération pieuse encore une fois mais parvient tout de même à restituer la saga en ce qu’elle a toujours eu de meilleur : son espoir scintillant en l’espère humaine, qui a ici cessé d’être naïf, sa fascination pour les combats spéciaux, qui sont ici sublimés mais souvent filmés à hauteur d’homme pour qu’on puisse se rendre compte de leur gigantisme, sa fascination pour les héros, ici mise à mal pour mieux se relever. Il y a quelque chose de l’acceptation du deuil des choses passées dans ce film qui le rend infiniment juste et intéressant alors que la nostalgie est aujourd’hui le mot d’ordre qui dirige bon nombre des créations contemporaines.

Au fond, on conclurait en disant que le film est d’une grande maturité. Il théorise parfaitement sa propre existence, en oubliant jamais de faire le spectacle. Le film est plein de surprises, de moments de grâce, des personnages prétendument importants sont descendus de leur piédestal et toutes les évidences sont désarçonnées pour une œuvre qui est probablement, sinon la meilleure, au moins la plus complexe de la saga. On peut râler un peu de temps à autre, le film manque du sens politique qui, honnêtement, faisait tout l’intérêt de cette fameuse prélogie tant décriée, mais il est en ce sens moins caricatural que son prédécesseur. Le film manque de réponses parfois, notamment sur les modalités du retour financier du Premier Ordre mais il est si incarné et intriguant qu’on lui pardonne volontiers.

Parce qu’on revient de très loin.

AMD

 

Et les Porgs ?

Les Porgs sont au fond énervants comme le voulait l’attente, mais si anecdotiques qu’on pardonne volontiers ce gadget marketing, loin d’être assez présents pour être les Minions de Star Wars. Les chiens de glace, eux, sont non seulement magnifiques mais ont une véritable utilité scénaristique, dont on ne dira pas plus.