27 ans après le téléfilm Il Est Revenu, diffusé en France trois ans plus tard, le roman Ça refait surface dans une adaptation signée Andrés Muschietti.

On en parle depuis des mois mais le clown Pennywise revient nous hanter dans une adaptation moderne du roman de Stephen King. L’histoire est simple, des jeunes d’une petite ville font face à un clown menaçant alors que des dizaines de personnes sont portées disparues.

Stranger Things bis?

Le téléfilm des années 90 aseptisait tout l’horreur des livres (3 tomes) mais avait pourtant marqué les esprits. La figure du clown, porté par un magistral Tim Curry, restait le symbole de la peur enfantine. 27 ans après, réglé comme une horloge puisque le clown revient tous les 27 ans dans le roman, une adaptation vient surfer sur la vague nostalgique qui touche le cinéma (allez lire notre analyse Nostalgie et fun : le nouveau cool agaçant du cinéma). Stranger Things étant passé par là en ratissant tout ce que les 80s nous ont apportés, il était évident que Ça pouvait en être une copie. Jugez plutôt, des jeunes en vélo, une petite ville, des enfants disparus, une créature, tout le schéma est là pour rappeler la série qui rappelait les films… Vous suivez?

La différence majeure est bien que Ça n’est pas inondé de références aux 80s et se permet même de dater son intrigue en 1989 où les 90s pointent leur nez. Le début du film situe maladroitement son époque avec des affiches de films et des objets dépassés mais laisse vraiment tomber son nostalgiquomètre pour ne produire que l’essentiel : une histoire efficace… dans son genre. Et c’est là le problème.

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Différent, nouveau ou frais ?

La nostalgie nous envahit mais les films avec des enfants comme personnages principaux se comptent sur les doigts de la main. Super 8 et Echo étaient passés bien avant cette vague un peu énervante. Sing Street n’était en rien dominé par ses influences mais était plutôt une belle mise en perspective. Il ne reste alors que Stranger Things comme objet envahissant. On parle d’une mode qui n’a vu que Stranger Things comme modèle. Et assomés par l’héritage présenté, la série n’est que le porte-étendard d’un phénomène qui ne compte qu’un représentant pertinent.

Ça se permet de prendre un acteur de la série (Finn Wolfhard) pour compliquer la défense du projet. Toujours est-il que Ça arrive à se démarquer vraiment de cette fausse mouvance. Ce qui a fait le succès de Stranger Things a fait le succès de Ça, ce n’est pas lié mais c’est un épiphénomène. La seule raison que les deux projets fonctionnent est qu’ils proposent un récit différent de la grande majorité des produits ciné. Les personnages principaux sont des enfants et c’est une chose assez rare dans le paysage ciné actuel ! Il ne faut pas se mentir.  Un groupe d’enfants reste rare à l’écran. Sing Street l’a fait, Harry Potter l’avait fait mais ensuite ?
Et cette différence, qui n’est pas nouvelle puisque c’est un cinéma très apprécié par les adorateurs de l’époque Amblin (E.T., Goonies…), opère comme un vent de fraîcheur dans le cinéma actuel. Et ce que le public considère comme frais et souvent « nouveau » pour lui. La mémoire du public est assez courte, surtout quand on parle du public ciblé : les jeunes. La nostalgie a moins d’impact et ce qui sonne différent sonne nouveau. Qui croit que le dernier titre de Rihanna est un titre original plutôt qu’une honteuse reprise de Santanna ? Beaucoup trop de gens.

 

Ça fait peur?

Le film ÇA reste un honnête film. Maitrisé techniquement, il n’est cependant pas aussi efficace que prévu. Les jumpscares sont pour la plupart peu surprenants et totalement attendus. C’est dans l’exécution de l’imagerie horrifique que le film gagne des points. Et on ne parle pas du clown. Là où en 1990, le clown était plutôt joyeux et coloré esthétiquement parlant – ce qui tranché avec son côté terrifiant – ici on offre un clown pâle, déjà effrayant. On loupe alors le coche d’une terreur invisible, dissimulée vers l’image d’un amuseur. Le malaise disparaît pour faire place à la terreur immédiate. Ça ne marche pas à tous les coups. IL reste donc les attaques et les moments sanglants qui sont esthétiques et malins. Peut-être même trop esthétiques. A vouloir trop en montrer, Ça se perd dans du grand guignol. La partie réaliste du film en prend un coup et on tombe dans un univers qui se cherche là où le film de 1990 ou Stranger Things ont su tout de suite imposé leurs règles et leur bible visuelle.

Ça impose cependant sa marque dans la cruauté des scènes. Le film ne recule devant aucune horreur faite aux enfants. Là, on touche à la nouveauté. C’est cruel et inattendu et donne une certaine puissance au film qui prend le pas sur bien des attentes. Dès la première scène, la violence sera de mise et ne nous lâchera pas. Le spectateur sera vraiment pris entre deux feux, la surprise de la violence face à la mollesse de l’épouvante.

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Des acteurs impressionnants

Utilisant les gros sabots de l’épouvante, le film perd en subtilité et donc en efficacité. Il faut pourtant se faire à l’évidence que le film est plutôt bien incarné avec une bande de jeunes acteurs talentueux. Les regards sont sincères, puissants à l’image de ceux de Jeremy Ray Taylor ou encore la pétillante et déjà impressionnante Sophia Lillis.  Leurs personnages sont blessés par un entourage peu reluisant. Les laissés pour compte du collège deviennent les héros et l’innocence absolue de ce genre de personnages est sublimée par le casting. Leurs relations marchent à merveille et ce parallèle entre leur figure innocente et la cruauté de l’histoire ne peut que fonctionner.

Les seconds rôles restent aussi efficaces. Les figures parentales en imposent. L’autorité est représentée avec malaise, dégoût ou sévérité mais jamais avec haine. Les enfants sont aimés (même trop pour certains…) et les parents ne sont jamais de grands obstacles. Cette technique narrative permet de ne pas assommer le film par des sous-intrigues familiales qui font poindre le récit vers un schéma de récit initiatique bateau.

 

Ça fonctionne?

Le film se permet quelques faux raccords impardonnables mais dans la globalité, Ça est un métrage qui ne s’embarrasse d’aucun effet de style ou d’identité. Rien ne désincarne le film, que ce soit le travail d’adaptation, de faux remake ou de film d’horreur. C’est le genre de film suffisamment rare (des enfants face à de l’horreur et sans adulte) pour qu’on ne le loupe pas. L’histoire impose son rythme, prend son temps pour installer les personnages, la menace, les relations. Si la musique est anecdotique et omniprésente (et appuye trop les effets), l’ambiance reste palpable et bonne. A défaut d’être immersif et entraînant, le film ne déçoit pas même si on peut trouver la durée un peu longue (2h15).