L’Etrange Festival se poursuit, malgré les mariages, les angines et autres réjouissances (plus ou moins réjouissantes, pour le coup) que nous offre ce mois de septembre. C’est l’heure du bilan sur les jours 7 et 8, le mardi 12 et le mercredi 13.

La Lune de Jupiter avait déjà été présenté au Festival de Cannes, où il avait reçu un accueil (injustement ?) mitigé. Un jeune migrant est abattu par un policier. Il survit, par miracle, et y gagne le don de s’envoler en dépit de toute gravité. Un médecin corrompu s’en aperçoit et décide de le prendre sous son aile, voyant en lui la poule aux œufs d’or. Après une introduction incroyable, véritable expérience sensorielle et intelligente (rappelons que le cinéma n’est pas un parc d’attraction), La Lune de Jupiter s’avère être une œuvre esthétiquement intéressante, à la réalisation impeccable et aux allures de film noir. Bourré d’inventivité, intense, engagée et possédant une véritable identité, elle se heurte à ses limites en s’enfermant dans la contemplation de son personnage christique. On en gardera tout de même le souvenir d’un sacré film avec plein d’idées, comme on en voit pas tous les jours.

Le mercredi 13, place à trois films : A Day, Cold Hell et Le Démon de Laplace. Le premier, A Day, vient de Corée du sud et propose l’histoire d’un homme, un célèbre docteur, bloqué dans une boucle temporelle. Chaque jour, il revit la mort de sa fille, décédée dans un accident de voiture, alors qu’elle se rendait sur leur lieu de rendez-vous. Il comprend qu’il doit alors l’empêcher, mais que ce n’est pas sa seule mission. A Day est une petite réflexion sur le deuil, le pardon et l’altruisme. C’est intelligent, gentil (peut-être même un peu trop) avec des séquences plutôt émouvantes et un petit tacle de l’individualisme. Le film peut paraître un peu redondant sur les dernières journées mais ce n’est que pour mieux comprendre et apprécier le dénouement, qui s’axe autour d’un scénario bien construit.

Le tour du monde continue avec Cold Hell, un thriller autrichien (une production Allemagne/Autriche) mettant en scène une sacrée héroïne. Özge est d’origine turque et fait beaucoup de boxe. Elle n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie et possède un petit casier judiciaire pour un petit trafic de stupéfiants, bien que ce soit du passé. Une nuit, une de ses voisines est assassinée par un tueur en série et, dès lors, Özge est poursuivie par le maniaque. Cold Hell a l’avantage de proposer un personnage féminin victime de sexisme comme de racisme tout en parvenant à éviter le discours un peu trop prononcé. L’héroïne est relativement bien écrite mais surtout très efficace. Peu bavarde, elle s’impose rapidement grâce à sa force physique mais aussi ses faiblesses mentales et on rappellera qu’il est toujours plus facile de s’attacher à quelqu’un qui nous semble plus humain. Au-delà des quelques poncifs du thriller et d’une mise en scène parfois un peu bourrine (mais pas dénuée d’idées), on observe également des thématiques très actuelles et bien placées. Un film plus intelligent que prévu et qui, bonus, offre une scène qui fait frissonner le soir, quand on rentre chez soi.

Enfin, Le Démon de Laplace est une œuvre pour le moins originale, entre film classique et création moderne. Un groupe de scientifiques travaillant sur la prévoyance des phénomènes physiques se rend sur l’île du Docteur Cornelius, un curieux personnage que personne n’a jamais aperçu et qui vit en ermite. Bloqué dans la somptueuse villa du Docteur, ils comprennent vite qu’ils ne sont que les pions d’un jeu grandeur nature. Les effets spéciaux ne sont autre que la vieille transparence d’antan, l’image est en noir et blanc et le décor rappelle celui des vieux films. Il y a bien une furtive apparition de téléphone portable (et encore, un modèle démodé…) mais le résultat reste très anachronique – et c’est un parti pris qui fonctionne. Le scénario est incroyablement efficace, véritable énigme dont seul le film déteint la clef. Le mécanisme s’empare très bien du sujet du déterminisme et livre une machination « mindfuck » à souhait.
Plus que quatre jours d’étrange au Forum des images, l’occasion de revoir certains films de la sélection et de découvrir de gros titres à venir (dont Thelma, de Joachim Trier) !

 

Manon