Zoe Kazan se fait rare et quand elle s’attaque au film d’horreur, on redouble d’attention. Avec The Monster présenté en Espagne aux Sitges Film Festival, Kazan confirme son talent à défaut de confirmer celui de son scénariste et réalisateur.

Bryan Bertino avait plutôt convaincu avec le Home Invasion The Strangers, efficace mais classique. Mockingbird était passé inaperçu et c’est avec The Monster qu’il a tenté de rebondir. A travers plusieurs festivals, le film n’a pas réussi à sortir du lot. Est-ce un ratage ?
The Monster raconte comment Lizzy et sa mère Kathy se retrouvent face à un monstre après un accident de voiture sur une route perdue.

L’histoire commence comme un bon vieux film d’épouvante avec une famille éclatée et une relation mère / fille en perdition si ce n’est pas déjà perdue. Et c’est comme un bon Shyamalan que l’étrange vient s’inviter au milieu d’un banal accident de la route sans trop de gravité. La pluie battante, les deux femmes restent dans leur voiture en attendant les secours. Le loup qu’elles ont percuté gît sur l’asphalte… jusqu’à ce qu’il disparaisse. Et si la dent retrouvée quand elles ont inspecté le cadavre appartenait à quelque chose de monstrueux ?

The monster

©DR

En choisissant de rester la plupart du temps dans la voiture, la caméra de Bertino arrive à imposer une ambiance plutôt plaisante pour les amateurs d’atmosphère tendue. La menace étant inconnue du spectateur mais aussi des protagonistes, il est toutefois difficile d’accorder un peu de cohérence dans le comportement des personnages. On ne sait pas ce qui se cache dans les bois mais on sent que les personnages sont sûrs de leur coup.
Outre ce point discutable, le film s’embarque alors dans une narration un peu explosée pour nous servir au mieux un background de personnages riche. Pour éviter une introduction trop lourde sur les personnages, des flashbacks viennent nous raconter comment la relation entre la mère et la fille a connu des phases très différentes, entre amour et haine. Lizzy va jusqu’à vouloir tuer sa mère !
Et si Bertino essaye d’enrichir son film psychologiquement, il oublie qu’il faut un script solide et c’est avec une certaine avarice que le film parvient à nous maintenir éveillés. Les moments d’épouvante sont peu nombreux et sans surprise pour ceux qui ont vu le trailer. Ce monstre tapi dans les bois souffre aussi d’un manque de budget puisqu’il parait assez cheap et trop rigide pour convaincre. Bertino a préféré les effets live et un costume plutôt que des effets numériques onéreux.

The monster

©DR

Plus on avance dans le film, plus on se demande ce qu’il veut nous dire. Et c’est dans le dernier acte qu’on comprend que le film possède une seconde lecture qui renvoie à ce que Shyamalan ne sait plus faire : une histoire où l’étrange renvoie à des thématiques très humaines. SPOILER on pense aussi fortement à Quelques Minutes Après Minuit, le film de Bayona avec une densité dramatique plus subtil et moins lourde FIN SPOILER
On peut alors tiquer sur le sujet qui parait au pire grossier, au mieux, subtil et qui n’apporte pas grand chose aux personnages qui n’avaient pas besoin de ça. Cette conclusion possède tout de même un gros point positif : celui de nous révéler l’immense talent de la jeune Ella Ballentine qui joue un personnage enfant comme on en a rarement vu.

The Monster reste un film qui souffre d’un manque de budget certain mais qui possède de solides qualités. Zoe Kazan offre toujours une palette d’émotions renversante et Bertino a encore un peu de pain sur la planche pour proposer un projet qui sort du lot. La facture classique prend le dessus d’un script qui se voulait plus pertinent qu’il ne l’est vraiment.