Quand un groupe de musique est composé de trois personnalités différentes, l’identité est assez forte et un départ peut tout faire basculer. Blink-182 fait partie de ce genre de groupe. Après une séparation, une reformation et des side-projects, il était attendu que l’un des membres parte. On pensait tous à Tom. Evidemment, c’est dans un imbroglio médiatique que Mark et Travis se sont séparés de Tom pour la (sur)vie de groupe. On vous passe les détails, on vous parle ici de California et de musique !

Après un premier single, Bored To Death, plutôt efficace, on attendait quand même que Matt Skiba fasse ses preuves en tant que nouveau membre du groupe. Si sa voix est reconnaissable dans Alkaline Trio (groupe qu’on vous conseille), en duo avec Mark, les deux voix sont plutôt rapprochées. On estt loin de la voix nasillarde de Tom Delonge et ça peut choquer.

Alors qu’il faut faire son travail de deuil et se dire que blink-182 n’est plus le même groupe, il faut désormais se pencher sur la musique et se dire que non, ce n’est ni blink sans Tom, ni +44 sans Shane Gallagher et Craig Fairbaugh. Après un album éponyme de qualité qui a transformé l’image du groupe, après un album Neighborhoods, très voire trop influencé par les multiples talents des 3 monsieurs, après un EP bien senti, efficace, mais encore trop hétérogène dans les genres, blink-182 devait prouver qu’il savait proposer quelque chose de consistant et d’homogène. On ne cherche pas un album avec dix pistes qui se ressemblent, mais les talents des membres ne devaient pas se retrouver un à un dans les pistes. On ne voulait pas la chanson de Tom, la chanson de Mark….

Libéré de la pression artistique de Delonge, Mark a composé avec Skiba un album qui retrouve un peu l’identité qu’avait le groupe à la sortie de Take Off Your Pants and Jacket : un groupe de pop-punk un peu fou. Mieux encore, California pourrait très bien se placer entre cet album, Take Off, et l’éponyme. California est le digne héritier de l’album de 2001 et possède encore quelques bribes de ce que l’éponyme de 2003 nous a donné. L’album est à la fois léger, emprunt de messages (moins sombres que l’éponyme) et puisant dans les racines punk-rock du groupe.

Ainsi après un Bored To Death apprécié, Rabbit Hole, Cynical et No Future ont été des exemples vraiment parfaits de ce que le groupe devait proposer. Les chansons étaient énergiques, Skiba arrivait à imposer son style et sa voix et blink-182 retrouvait l’aura d’antan. Cynical est un fort message adressé à Tom et, en moins de  2 minutes, confirme que le groupe a encore des choses dans le ventre. Les fans pouvaient se sentir un peu en régression avec Bored To Death ou Rabbit Hole. Les critiques se sont mis à pleuvoir, prétextant que le groupe offrait la même chose qu’antan, ou que, sans Tom, ce n’était plus pareil. Il est important de noter qu’un groupe évolue dans tous les sens, des membres partent, sont moins inspirés, la musique va et vient dans les styles et influences et que, si le fan grandit, la musique ne doit pas grandir. Nos goûts n’évoluent pas, ce sont les opportunités de connaître d’autres choses qui nous permettent d’affiner nos goûts. Si blink-182 avait offert un éponyme 2, ce serait merveilleux, mais blink-182 reste un groupe de pop-punk. L’éponyme a été un miracle, et l’évolution humaine de Mark et surtout Tom a changé le groupe. Le groupe a eu la chance de pouvoir tester beaucoup de choses et California est à l’image de ce qu’est le groupe à cet instant. Ce n’est  ni une redite, ni un pas en arrière, ni une mauvaise évolution. Les plus grands groupes rock du monde ont tous leur heure de gloire derrière eux. Tous !

On regrettait les influences trop marquées dans Neighborhoods. Dans California, on sent surtout une patte Mark, moins envahissante, moins pernicieuse. No Future sent bon les Offsprings. On ressent notamment dans les Woh, oh, oh grosse marque du groupe de l’époque bénie de 1997. C’est le gros point discutable de California. Les Woh oh oh et nanana, très présents, sont-ils une facilité artistique, une baisse de créativité ? All the small things est marqué par le Na na na, mais ce titre n’était-il pas un titre second degré se moquant ouvertement de ce genre de titre ? La production par John Feldmann (All Time Low, 5 Seconds Of Summer) était-elle trop importante et influente ? Evidemment, le bonhomme a aussi travaillé avec The Used ou Goldfinger fut un temps, mais son travail actuel prouve bien qu’il veut placer blink-182 au même niveau que les groupes « à midinettes », au public plus jeune, à la fidélité déconcertante.

San Diego, Los Angeles et California forment le triptyque de la côte Ouest de cet album. Trois titres qui tranchent avec le reste de l’album à la structure classique au niveau des chansons. Los Angeles aurait du être le premier titre, mais au vu de la réception déséquilibrée du titre, on comprend le retour en arrière. Los Angeles étonne par son refrain marginal, son bridge Hoppusien et son caractère assez brut. San Diego parait comme une ballade un peu sirupeuse avec un Mark peu inspiré, une mélodie déja vu. Skiba prend la relève avec un refrain un peu plus entraînant mais rien n’y fait, la chanson peine à convaincre malgré un texte accusateur contre Tom. Musicalement, elle ne propose rien d’excitant et reste un produit un peu trop calibré. California, 15è titre, commence également comme une ballade peu inspirée, mais ce qui tranche est ce message d’amour pour la Californie et ça marche. Très légère, mélodiquement achevée, California n’est pas la meilleure ballade du groupe (dans les tentatives peu nombreuses il est vrai) et ne possède aucune puissance rock comme Adam’s Song ou Stay Together proposaient. On nage en pleine ballade 5SOS. On accepte ou pas ce penchant un peu trop « produit ».

Reste une demi douzaine de titres dans cet album avec She’s Out Of Her Mind qui fleure bon le titre pop-punk de qualité. Riff très First Date au début, Woh oh oh, mélodie accrocheuse, refrain calibré, blink-182 se place vraiment dans le giron des groupes de pop-punk actuels qui ‘marchent’, c’est à dire entre McBusted et 5SOS (hélas ?) C’est efficace, mais aviosns-nous besoin de chansons calibrées et efficaces ou de titres étonnants et innovants ? Personne n’aura la même réponse. Dans tous les cas, She’s Out Of Her Mind arrive à proposer une patte blink-182 assez marquée au fil des notes. Un troisième titre plutôt bon donc pour cet album après Cynical et Bored To Death qui ouvrent l’album.

Patrick Stump de Fall Out Boys, a composé deux titres pour cet album. Avant San Diego, Stump propose Sober, très marqué par la patte du monsieur. Spécialiste des mélodies qui tirent en longueur, et donc qui va à l’encontre de blink-182, Stump a composé un titre qui fait du bien au groupe. Frais, entraînant, assez mineur tout de même, Sober confirme encore un retour aux sources salvateur pour le groupe avec toujours ses Na na na un poil envahissants.

On parlait de ballade et Home Is Such A Lonely Place est vraiment la réussite de l’album dans le genre. Moins anecdotique qu’elle n’y parait, Home… permet à Mark Hoppus de composer quelque chose qu’il n’avait plus fait depuis +44. Le titre suivant change vraiment puisque Kings of the Week-End est un titre d’une efficacité redoutable. La paire Skiba / Hoppus marche parfaitement. On retrouve la basse caractéristique de titres piochés dans Take Off, comme Roller Coaster avec une pêche Punk plutôt bienvenue, salvatrice, fraîche, réconfortante. En bref, Kings of the week-end est MON coup de coeur. Teenage Satellites confirme la direction que prend California avec un titre aux accents de l’album de 2001 avec la touche Hoppus d’aujourd’hui. Les riffs sont accrocheurs, Skiba pose son talent sur le refrain et confirme qu’il n’a pas négligé sa participation (d’ailleurs on vous conseille ses albums solo).

A ce niveau de l’album, les refrains sont toujours aussi accrocheurs qu’à la grande époque de Take Off (oui vraiment l’album référence pour cette critique). Left Alone est un beau partage entre Skiba et Hoppus. Les couplets essayent d’être différents, le refrain est simple et diffère du style des couplets, Left Alone est un titre on ne peut plus puissant. The Only Thing That Matters possède également un intro à la basse qu’on n’avait plus vu depuis Take Off et Roller Coaster encore une fois. Le titre retrouve vraiment des racines perdues. Ca fait du bien.

A noter un titre bonus pour le Japon, Hey, i’m sorry, très ancrée dans l’identité de ce California avec Na na na, mélodie facile mais efficace et refrain empruntant à du All TIme Low. La durée est assez inédite pour le groupe !

Brohemian Rapsody et Built This pool, deux bluettes poétiques de trente secondes achèvent l’identité régressive, mais nécessaire de California.

Alors que retenir de California ? Sans l’influence de Delonge, Mark, Travis et Matt arrivent à proposer un album qui rappelle d’où vient le groupe sans essayer de révolutionner le genre. On sait ce que le groupe vaut, ce n’est pas le groupe le mieux placé pour proposer un album rock révolutionnaire. On regrette l’absence des idées de Tom tout de même mais concrètement, California est une réussite.
Travis Barker semble un poil en retrait en ne proposant aucune vraie fulgurance, mais reste tout de même une plus value incontestable. On comprend les critiques, l’omniprésence des Na na na et Woh oh oh, mais on ne comprend pas les éternelles comparaisons sur des époques plus ou moins bénies. Le groupe évolue avec ses membres et non pas avec nos goûts. Deal with it.