C’est officiel : Penny Dreadful ne connaîtra pas de quatrième saison. En effet, la série américaine de Showtime, écrite par John Logan, s’est achevée ce dimanche dans une conclusion déchirante. Un au revoir difficile à tous ces personnages que nous avons suivis passionnément. SPOILERS ALERT !

Malgré tout ce que nous pouvons lire, la chaîne américaine n’a pas annulé Penny Dreadful à la dernière minute puisque selon les dires du créateur, son choix d’écrire une troisième et ultime saison s’est décidé vers le milieu de la saison 2. Ce qui a créé la suspicion des fans de la série, c’est la manière dont l’annonce s’est déroulée. Logan et les producteurs ont décidé de ne faire aucune annonce officielle avant la sortie du season finale puisque ces deux derniers épisodes annonçaient d’eux-mêmes la terrible nouvelle par un très sobre « The End ». Si chez Smallthings, nous sommes déçus de ne pas obtenir quelques épisodes de plus, notamment pour combler quelques vides scénaristiques – nous reviendrons là-dessus – nous devons admettre tout de même que la série connaît une belle conclusion et soyons heureux qu’ils préfèrent s’arrêter avant de réaliser la saison de trop.

Mais revenons un peu en arrière sur cette troisième saison décisive qui a connu un épisode de moins que les précédentes. Le constat final est indéniable : ces neuf derniers épisodes sont une franche réussite ! Il nous semblait difficile de pouvoir garder une certaine constance avec l’incroyable deuxième saison qui mettait en scène la terrifiante Evelyn Poole (Helen McCrory) et ses filles, famille de sorcières au service du Mal, et pourtant. La série est revenue sur les devants de la scène avec un season premiere impeccable et est parvenue à maintenir cette continuité jusqu’au bout, et plus encore. Nous ne le répéterons pas assez mais Penny Dreadful est une oeuvre qui a su puiser des richesses aussi bien dans son fond que dans sa forme pour nous servir une série brillamment écrite et mise en scène.

penny dreadful

© Showtime

A l’origine, l’intérêt de la série était de réunir tous ces grands personnages de la littérature. Personnages que nous connaissons bien, du moins par leur nom, et qui une fois réunis, nous offrent des scènes savoureuses et fascinantes. Personnages si bien écrits à la base qu’ils n’attendaient que John Logan pour les faire vivre – ou revivre – à l’écran dans un format qui leur permettait d’être plus exploités et mieux retranscrits. C’est chose faite. Vous avez suivi deux saisons durant Miss Vanessa Ives accompagnée de ses fidèles acolytes Ethan Chandler, Sir Malcolm Murray, Victor Frankenstein, Dorian Gray, Brona Croft / Lily, John Clare, etc. Cette troisième saison accueille de nouveaux venus tout aussi alléchants tels que Henry Jekyll, Dr. Seward, Catriona Hartdegan et Dracula en personne. Le tout permettant de toucher du doigt le meilleur des mythes et légendes qui continuent encore aujourd’hui de nous enchanter – sorcières et vampires, loups-garou et scientifiques fous, foi et immortalité, aristocratie et pauvreté, tous cohabitant dans le Londres de l’ère victorienne, personnage à part entière de la série, hanté et macabre.

Mais pas que. Ici s’ajoute le décor aride et désertique du Far West sur les traces d’Ethan Chandler en quête d’identité et de retrouvailles familiales. Associé à la sorcière Hecate Poole, unique survivante de la famille, « The Wolf of God », vacillant entre Bien et Mal, se retrouve traqué par trois groupes : la police Britannique, les hommes de main de son père et Sir Malcolm aidé par un nouveau personnage intriguant Kaetenay. Une nouvelle histoire conséquente qui s’étire tout au long de la saison dans le but final de confronter Ethan à son père biologique – interprété par le formidable Brian Cox – et son père Apache, Kaetenay, qui se révélera être un pilier important dans les derniers épisodes. Les enjeux sont donc clairs à ce stade, Ethan n’est autre que l’égal de Vanessa, celui qui se doit de sauver le monde d’un mal grandissant et nous sommes ravis de voir que ce personnage a gagné en importance puisqu’il est interprété superbement par Josh Hartnett. Il nous a démontré toute la force et la subtilité de son jeu épisode après épisode jusqu’à une scène finale terriblement émouvante partagée avec Eva Green.

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© Showtime

De retour en Angleterre, certaines scènes n’ont pas manqué de nous en mettre plein la vue et de susciter des émotions fortes. Nous retiendrons principalement le soulèvement des femmes dans un combat acharné pour leur droit, et plus particulièrement le discours féministe de Lily – fantastique Billie Piper – qui est devenue l’un des personnages les plus emblématiques et les plus puissants de Penny Dreadful. Personnage qui n’a pas manqué de faire beaucoup, beaucoup, beaucoup d’ombre à Dorian Gray (Reeve Carney), notre plus grosse déception de toute la série. Le Dorian Gray de Oscar Wilde est charismatique et son histoire est pleine de richesses, nous ne pouvons que regretter la superficialité de son adaptation puisqu’ici, il n’existe qu’au travers d’autres personnages (Vanessa dans la saison 1 et Lily dans la saison 2 et 3). Certes, cela peut être en accord avec l’idée d’un homme immortel qui a vécu à travers maintes générations et qui ne trouve plus de buts à poursuivre mais ses scènes n’ont jamais eu de réels impacts et malgré la belle performance de l’acteur, celui-ci se fait mettre facilement à l’amande face à ses collègues. Cependant, nous devons mentionner sa dernière apparition à l’écran dans ce superbe plan filmé par un travelling arrière où il se tient devant sa fenêtre, formidable effet de clair / obscur dans une composition picturale qui l’inscrit dans le temps, à jamais.

Au passage, discutons d’une autre déception, légèrement moindre, concernant le personnage d’Henry Jekyll. Si son apparition a ravi bien des fans, sa conclusion n’a rien de satisfaisante puisqu’elle nous semble complètement inachevée. En effet, dans le season finale, Docteur Jekyll devient officiellement Lord Hyde mais nous n’en avons que faire étant donné qu’il n’a servi que d’assistant, admettons-le, au projet de Frankenstein. Un projet qui n’aura pas abouti non plus – d’un certain point de vue – ce qui rend tout son travail quelque peu inutile. Bien entendu, il était probablement difficile de lui accorder autant d’importance qu’aux personnages principaux mais cela nous laisse sur notre faim. A contrario, Victor a connu de belles séquences dont celle partagée avec Lily dans le season finale où cette dernière nous a offert un long monologue éprouvant sur le décès de sa fille. Et oui, le bonheur semble toujours très loin dans Penny Dreadful et ce n’est pas Vanessa Ives ni John Clare qui vont nous contredire.

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Deux personnages intimement liés dont les conversations secrètes ont toujours réussi à nous émouvoir et qui ont connu, probablement, les plus belles scènes intimistes de la série. L’alchimie qui s’est développée entre Eva Green et Rory Kinnear est si tangible que nous sommes restés bouche bée devant tant de sincérité et de compassion. Deux êtres maudits, pourchassés par leurs propres démons, qui ont rarement connu la joie mais qui ont su l’apprécier justement. Leur relation a connu son apothéose lors de l’épisode spécial (S03 E04) où John Clare, avant sa mort, s’occupait de Vanessa lors de son internement. Un huis clos passionnant dans une mise-en-scène très théâtrale et sobre mettant en lumière toute la qualité des jeux. Il semblait tout indiquer qu’ils se retrouveraient dans le dernier épisode et ce, dans la plus tragique des situations lors du dernier plan. John agenouillé devant la tombe de Vanessa récitant quelques vers en voix-off, voici le plan qui, à lui seul, résume l’ambiance intrinsèque de Penny Dreadful : funèbre et poétique.

John Logan définit sa série comme étant le voyage d’une femme pour retrouver la foi envers son Dieu. Un pur combat entre le Bien et le Mal, ni plus ni moins. Qu’y a-t-il de plus noble que de croire en ses convictions ? Penny Dreadful c’est le portrait d’une femme forte qui a longtemps lutté et qui a fini par trouver la paix. Toute la série tourne autour d’elle et selon le créateur, il ne serait pas juste de la continuer sans elle. Et nous devons l’admettre, la série puise sa force dans ce personnage ad-mi-ra-ble-ment interprété par Eva Green dont les incantations résonnent encore dans nos têtes. Intelligemment, l’actrice est quasiment absente du season finale puisque la finalité de ce dernier est de retrouver Vanessa Ives et de la sauver de l’emprise du vampire Dracula. Cela permet d’unir les autres personnages dans cet unique but et de faire écho aux saisons précédentes où ils se battaient tous ensemble contre les forces destructrices.

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L’ultime épisode, intitulé The Blessed Dark, est une ode sinistre instaurée dès son générique renouvelé – sublime hommage –  jusqu’au dernier plan où les adieux successifs à nos personnages préférés sont douloureux. Pourtant, une certaine amertume subsiste concernant certains d’entre eux dont la conclusion semble trop abrupte pour être réfléchie, à l’image de Dorian Gray et de Docteur Jekyll comme mentionné auparavant, ou encore le départ de Lily et la fuite de Dracula. Bien que nous obtennons une fin concluante pour Vanessa, Sir Malcolm, Ethan et Victor, nous nous demandons si les autres n’ont pas été laissé-pour-compte. Il en est de même que certaines sous-intrigues telles que l’apparition furtive de Jared Chandler (Brian Cox), la mort d’Hecate Poole (Sarah Greene) ou la révolution féministe abattue en plein vol.  Tout de même, mention spéciale à Catriona Hartdegan, Dr. Seward, Dr. Sweet aka Dracula et Rendfield qui ont su trouver leur place rapidement.

Quoi qu’il en soit, Penny Dreadful s’est installée comme étant l’une des séries les plus abouties, de notre point de vue, portée par un casting haut de gamme qui a su se renouveler en trois saisons parfaitement écrites et cohérentes. De rebondissements en révélations, nous avons suivi avec entrain, peur, tristesse et grande joie tous ces protagonistes dépeints avec littéralité et ferveur. Série disponible sur Netflix.