Après une sortie repoussée et des longs mois d’attente, Batman V Superman débarque sur nos écrans. Il était aussi difficile de ressentir le doute face aux films et les critiques négatives, limite bashing, depuis mercredi.

Bon, qu’en est-il ? En grand fan de Superman, je n’attendais pas ce film avec autant d’impatience que Man Of Steel, tout simplement parce que j’y voyais plus un film Batman avec en guest Superman qu’un vrai film de duo / duel. Pour terminer la parenthèse perso, je n’ai même pas acheté de magazines ou autre chose, Superman n’étant jamais à son avantage dans les posters.

Cette critique sera 100 % spoiler pour mieux comprendre et analyser tous les détails du film. Je dévoile toutes les surprises du film (quasi 90%)

Les trailers se basaient essentiellement sur l’affrontement Batman / Superman, d’ailleurs, toute la communication l’était également. C’est normal, le titre nous vendait du rêve et un fantasme vieux de plusieurs années. Mais inclure Batman V Superman dans une logique de franchise DC générale excluait toute logique de duel à l’issue fatale. Justice League arrive dans deux ans et on imagine mal Superman et Batman se reconfronter.

Batman V Superman n’est ni raté, ni réussi, il comporte, comme Man Of Steel, des défauts flagrants qui ne sont pas occultés par des qualités bluffantes. Si vous avez aimé Man Of Steel, vous aimerez Batman V Superman. Si vous avez des réserves sur MOS, idem.

batman v superman

Le film démarre par la mort des parents de Bryce Wayne, énième réadaptation de l’histoire maintes fois racontée. Optant pour des ralentis peu inspirés, le flashback prend trop son temps et se termine par une scène étonnante si ce n’est ridicule. On ne sait pas si on doit accepter le postulat que Batman est issu d’un background dramato-gothique ou gotho-fantastique. Suite à ça, le film prend vraiment un rythme de croisière calquée sur celui de Superman Returns avec une narration très découpée. Returns comportait beaucoup de scènes courtes qui créaient une narration à la dynamique épileptique. Batman V Superman reprend cette forme, mais accumule deux faiblesses. Les scènes les plus narratives sont courtes alros que les scènes les moins utiles trainent en longueur (la scène de la Batmobile, le rêve de Batman). Ce schéma fait apparaitre chez le spectateur un léger ennui ou plutôt la sensation d’un film qui se cherche constamment, oscillant entre l’exposition et la dramaturgie. Les sujets traités sont multiples, on part de l’Afrique à l’Océan Indien, de Metropolis à Gotham sans qu’on sente un liant tenace. D’ailleurs, preuve en est que le film part bancal, il y a très peu de scènes où les principaux protagonistes sont dans la même scène. Dès lors que les personnages se croisent, le film prend de l’ampleur et prend sens.

Il est difficile de comprendre si Snyder, Goyer et Chris Terrio veulent partir sur des bases qui se construisent devant nous ou s’ils veulent exposer les bases déjà acquises par un background qui nous est encore étrangé. Batman, Luthor, le sénateur sont des nouveaux personnages de l’univers et se greffent au « monde » construit dans Man Of Steel (construit, si on peut dire… vu l’état de la ville:)). Le parti-pris de parler des conséquences de l’arrivée de Superman est vraiment survolé au final. Le Daily Planet semble la principale victime puisque la ville semble déjà reconstruite mais le Daily n’a plus un sou et cherche vraiment à survivre en utilisant Superman. À ce titre, Superman / Clark Kent est le personnage le plus sacrifié dans l’écriture. On peine à trouver Clark Kent crédible ou utile vu que son identité, son côté humain ne ressort pas. Et c’est d’ailleurs pour ça que le choix pris en fin de métrage peut libérer les contraintes d’écriture du personnage pour les années à venir ! Sa relation avec Lois semble beaucoup trop installée pour se prendre d’affection pour ce couple légendaire. Lois a le beau rôle, un rôle d’investigation encore un peu léger cela dit, pendant une bonne heure avant d’elle aussi de se voir sacrifier sur le banc du drame facile. Le scénario lui donne une sorte de minie mission en fin de film qui n’a guère de poids ou de sens et aurait pu moins alourdir la storyline déjà rassasiée du film.
Superman peine aussi à se déifier d’une manière claire et précise. Les scènes où il est montré en sauveur n’ont toujours pas la poésie suffisante pour rivaliser avec les lignes de dialogue de Superman Returns pour prendre un exemple précis. Dans Returns, on sentait le poids de Superman dans les mots, jamais dans les actes. Ici, les actes sont brièvement montrés, mais la parole a du mal à prendre forme et sens. Jamais Superman ne s’est présenté au public au final, que ce soit dans Returns, MOS ou Batman V Superman. Dommage.

batman v superman

Batman reste le pivot du film. Personnage quasi-principal du métrage, Batman aurait pu avoir la vedette sans Superman. Snyder semble vraiment prendre plus de plaisir à filmer le Dark Knight que Superman. Affleck s’en sort admirablement, donnant corps et vie à Bruce et Batman. Petit bémol sur la scène de bataille dans la scène de rêverie, le rythme est lent et on sent la lourdeur du personnage, physique, qui peine à rendre la scène brillante contrairement à la seconde, vue dans les trailers. Son Batman a les épaules pour mener la Ligue de Justice, on sent vraiment un Batman sans humour, droit, bourru, mais qui semble cacher une personnalité très intéressante. Personnalité qui semble fragile au détour de la fameuse scène dite poignante par Snyder et qui sonne un peu faux. Les deux mères de Bruce et Clark s’appellent Martha. Jouer sur ce point pour créer un rebondissement est un poil bancal. Il permet de lier des storylines, beaucoup trop nombreuses d’ailleurs. Entre le « jugement » de Superman, l’introduction de Batman, Lex Luthor, l’enquête de Lois, la Kryptonite, Doomsday, Wonder Woman et les subplots comme les données encodées de Luthor ou Wally, on se demande comment, alors qu’ils ne se sont pas croisés, Batman peut en vouloir à Superman et vice-versa. Côté acteurs, Lawrence Fishburne jubile en Perry White et Jesse Eisenberg s’en sort plutôt bien dans un Lex Luthor assez maladif et instable. Cavill n’est pas servi par de très bons dialogues et est celui qui s’en sort le moins bien.

Le prétexte est limite fallacieux. Pendant une bonne heure, on nous raconte plusieurs lignes d’histoire qui se regroupent dans un contexte qui se prétend solide alors qu’il est juste brouillon. Heureusement, la seconde heure rentre dans le lard de la narration. On comprend les enjeux, simplifiés au maximum. On retrouve le schéma de Man Of Steel avec de la baston et de l’action narrative. Visuellement bluffant, Batman V Superman tranche dans cette seconde partie avec l’aspect un peu tristounet de la première. Manquant de scènes marquantes à part les rares sauvetages de Superman et la scène de la bombe), le film se rattrape aisément et passe la vitesse supérieure. Les combats sont dantesques, mais ce n’est pas celui contre Batman qui restera dans les mémoires. On nous avait promis du lourd et c’est Doomsday qui volera la vedette à tout le monde. Snobant quasiment toute la portée dramatique du film, Doomsday s’installe directement en menace. La Trinité est réunie avec un Superman charismatique, un Batman très en forme et une Wonder Woman fascinante et qui s’impose déjà comme une réussite. Restent alors des plans d’une beauté à faire déchirer nos comics, Superman contre Doomsday est jouissif au possible. Ça pue tellement la classe qu’on en oublie la surenchère un peu lourde de Doomsday qui étale son pouvoir dans une petite bouillie visuelle… Et on en oublie toute la première partie d’exposition du film.

batman v superman

Le dernier quart d’heure prend tout le monde de court, Snyder pioche alors dans le célèbre comics Death Of Superman. L’ambiance change et l’épilogue prendra aussi son temps en enchainant les scènes qui ferment chaque storyline ou ouvre celle de la Justice League. Les caméos de Flash, Cyborg et Aquaman sont d’une qualité très aléatoire. Flash a le capital sympathie le plus fort avec une apparition un peu plus tôt dans le film dans une scène sortie de nulle part et qui augure vraiment du bon et de l’excitant pour le film Flash. Cyborg et Aquaman apparaissent sous forme de scènes tirées de vidéo. Si Cyborg ne surprend pas, Aquaman semble vraiment encore dénué de tout charisme, de toute sensation et surtout d’intérêt.

Avec la sensation d’avoir deux scripts qui s’imbriquent, Batman V Superman propose beaucoup de pistes tout en accouchant d’une intrigue au final d’une simplicité exemplaire. La structure surprend ou bluffe, mais dans tous les cas, le film prend son temps et ne propose pas seulement un film non-subtil sur un combat entre deux super-héros. Batman V Superman introduit beaucoup d’enjeux psychologiques plutôt qu’autre chose pour créer des personnages, créer une empathie et évidemment créer un univers. Aussi est-il temps pour Snyder de laisser le DCU à d’autres réalisateurs pour la Justice League.