Le dernier drame social britannique incisif s’intitule Les suffragettes, sort sur nos écrans le 18 novembre et mérite largement le détour.

La réalisatrice quasi-inconnue Sarah Gavron, réussit à assembler un casting cinq étoiles pour un sujet cher au cœur des Britanniques, le droit de vote des femmes sur un scénario d’Abi Morgan.

Il y a des injustices sociales de par le monde, il y en a eu, et il y en aura. Soit. De nombreux films traitent plus ou moins bien de certains d’entre eux. Sur les droits des femmes par exemple, il y a eu l’excellent We want sex equality. Les suffragettes ne rentre pas tout à fait dans la même catégorie car une certaine grandeur se dégage du film qui en devient plus imposant et l’érige en candidat sérieux pour les récompenses en tous genres (notamment une nomination aux Oscars pour Carey Mulligan, et si elle n’en décroche pas, je blâmerai le mini-scandale exagéré autour de la promotion du film).

©Pathé

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Fondé sur des faits historiques, et sur le mouvement mondialement connu des suffragettes, le long-métrage de Sarah Gavron s’adresse encore et toujours à chacun d’entre nous et trouve écho dans l’actualité. Dans un monde occidental qui a la chance de faire prévaloir certains droits sociaux, on ne peut que s’émouvoir devant le début du mouvement. On s’intéresse ici à un personnage fictif, Maud Watts (Carey Mulligan avec un accent de l’East End tout aussi investie que dans Loin de la foule déchaînée), de basse extraction, blanchisseuse de son état, vit précairement avec son mari Sonny (Ben Whishaw) et leur fils George. L’héroïne remplit tous les critères d’une femme engagée, une détermination hors du commun, une juste cause, une enfance difficile, une aspiration altruiste à un futur meilleur. La lutte des suffragettes pour le droit de vote ne s’est pas passé sans encombres, étant elles-mêmes victimes de violence de la part des officiels, mais ayant également commis des actes hautement violents.

Ce groupe de femmes rassemblent des actrices de talent, Helena Bonham Carter interprète une cheftaine de fil agressive, Anne-Marie Duff une victime survivante des difficultés ouvrières, Nathalie Press en sacrifice, et le caméo de Meryl Streep en fera frissonner plus d’un. Venues de tous les milieux, elles partagent toutes cette quête de justice et expriment une solidarité féminine qui transcende les différences sociales. Ben Whishaw et Brendan Gleeson ne sont pas non plus à négliger dans respectivement le rôle d’un mouton de l’époque qui n’arrive pas à imaginer un monde où sa femme ne lui appartiendrait pas, et pour l’autre, dans le rôle de l’inspecteur trop blasé et réaliste qui ne peut qu’exécuter son devoir. Dans cette société patriarcale, il n’y a pas de place pour la femme.
Le scénario des Suffragettes pèche sur certains points, comme le sous-entendu de la fille de Violet qui n’est jamais réellement réglé, mais il faut faire face à un combat à la fois.

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D’un niveau plus personnel, je ne peux pas m’empêcher de faire deux gros reproches au film même après l’avoir énormément apprécié. Tout d’abord, certaines scènes m’ont fait penser à 12 Years a Slave dans la façon de filmer caméra à l’épaule avec la bougeotte, les plans rapprochés sur les visages pas du tout centrés, ou alors les plans fixes immobiles sur des paysages du quotidien qui veulent donner un boost moderne au film, alors qu’ils sont et resteront des films d’époque qui auraient mérité un traitement plus classique. Ensuite, à certaines moments, la volonté d’en faire un film à oscar justement, le rend trop lisse et traînant, à cause d’un scénario déséquilibré, l’une des faiblesses d’Abi Morgan (Shame, The Invisible Woman). Donc malgré des minutes de paroxysme, d’autres tombent dans la frustration. Après, oui, les costumes, le décor de l’East End de l’époque et même une scène filmée dans la chambre du Parlement demeurent magnifiques.

(P.S. : Malgré tout, complètement dépourvue de fibre féministe pour ma part, je n’ai pas pu m’empêcher de vouloir rejoindre le rang de ces femmes.)