Une comédie noire décalée qui révèle sous ce titre mystérieux un grand film qui sort le 28 octobre.

Le monde unique de The Lobster nous fait relativiser notre société actuelle.

Je n’irai pas par quatre chemins, The Lobster se propulse dans mon top 3 des films de cette année. J’ai rarement eu l’occasion de voir un film aussi décalé et cohérent dans un univers complètement bizarre. Peu familière avec le travail du réalisateur grec Yorgos Lanthimos dont il s’agit de la première œuvre en langue anglaise (avec un peu de français), il semblerait que ses long-métrages précédents (comme Canine) se situent également dans un monde proche du nôtre mais absurde avec des normes farfelues. Du coup, impossible de penser que lui-même n’est pas un peu perché. En tout cas, trouver des analogies terre-à-terre mais très efficaces pour les vices de notre société, cela revient à trouver une source d’inspiration inépuisable et à renouveler entièrement notre vision.

Pour avoir une vague idée du sujet : Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants ; les Solitaires.

©HautEtCourt

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Concrètement, deux parties séparent The Lobster comme l’évoque le synopsis. C’est une satire sociale, dont le personnage central est joué par Colin Farrell (qui a pris 20 kg pour le rôle) et en plus y a un poney. Le film n’hésite pas à décrier la nécessité presque maladive de nos jours à chercher à être en couple, puis les façons un peu simplistes pour justifier une relation comme les traits communs entre les deux parties d’un couple jusqu’à l’exagération la plus totale. De fait, il ne porte pas un véritable jugement car aucun personnage est dans le vrai, mais se contente de surligner les défauts propres à chaque extrême. D’un côté, la peur de finir seul, de l’autre ce quasi mépris d’être dépendant à une autre personne.
Un autre aspect étrange, c’est que les personnages n’ont pas de passé, comme s’ils n’existaient pas en soi, mais ils se définissaient par rapport à leur appartenance de groupe. On pourrait se dire que cela crée donc une certaine distance entre eux et le spectateur, mais au contraire, cela facilite l’assimilation, on pourrait être n’importe lequel d’entre eux. L’attention prêtée aux détails donne des frissons, et cette métaphore des relations modernes effraye un peu. D’ailleurs, une certaine cruauté se dégage même du film, dans cette volonté d’appartenir, ils en oublient leur humanité.

Alors bien sûr, on rit car les répliques qui sortent sont absolument ridicules, mais normales pour eux, mais on se sent concernés aussi, et là repose la force de l’écriture. Quant au décor, le film a été tourné en Irlande et on reconnait les paysages plats du pays qui ancrent encore plus The Lobster dans notre réalité. Un casting cinq étoiles (et quasi 100% britanniques) boucle le film, avec des aperçus de Rachel Weisz, Ben Whishaw, John C. Reilly, Léa Seydoux, Olivia Colman, etc.

(P.S. : Je veux bien en voir plus des films comme ça…)