De confidence en confidence, dans Qui je suis, Charlotte Rampling se dévoile avec une simplicité touchante. Tout au long de l’ouvrage paru chez Grasset le 30 septembre, elle mène avec Christophe Bataille une conversation poétique qui confine à l’intime où, tour à tour, elle se livre et se cache. Un petit bijou.

Qui ne connait pas Charlotte Rampling ? Actrice émérite saluée par la critique internationale et courtisée par les plus grands réalisateurs. Ou plutôt qui peut prétendre la connaître ? Car, de films en récompenses, la femme derrière l’actrice reste secrète, mystérieuse.

rampling-qui-je-suisDans Qui je suis, Christophe Bataille a fait le choix de laisser l’actrice se révéler plutôt que de se placer dans un rôle de biographe traditionnel. Se tenant en retrait, il est le témoin presque silencieux et attentif de ses confidences. De par les quelques impressions qu’il nous confie, on suit le livre qui se construit au fil des séances de travail et des souvenirs qui affleurent. Retenant presque notre souffle pour ne pas déranger, on se sent transporté au cœur de l’alchimie de l’écrit, entre la parole et les mots.

Au fur et à mesure des réflexions, des anecdotes, la conversation dérive vers l’intime. Une subtile complicité se noue entre l’actrice et le romancier. La confiance s’établit entre Charlotte Rampling et le lecteur. Charlotte s’apprivoise mais jamais ne laisse emprisonner. Au fil des pages et de l’écriture, elle se livre et s’échappe aussitôt. On la découvre par bribes, sans jamais parvenir à la saisir vraiment. Un portrait de la femme se dessine au fil des souvenirs doux-amers. Flou, à peine esquissé, comme une aquarelle, et pourtant on touche là au cœur des secrets et de l’intime.

« A sense of ghost », comme l’expression est joliment trouvée !

Avec retenue, dénuement et poésie, elle livre des morceaux épars de sa vie. Cette autre vie en dehors du cinéma. Les moments inoubliables, les anecdotes, les impressions d’enfance et tout ce que l’on tente de saisir de ses parents ou de soi-même. Et derrière ce récit semblable à une mosaïque, persiste la douleur. La douleur de secrets trop longtemps enfouis, la douleur de l’absence d’une sœur.

Qui je suis est un étrange portrait. Insaisissable et touchant, sans fioritures, il nous fait effleurer le mystère Rampling. Charlotte lève un coin du voile mais toujours se cache derrière les souvenirs. Pourtant, on la devine et elle nous émeut. Le mystère finalement n’est-il pas aussi une part de Charlotte Rampling, de ce regard qui a si souvent fasciné le cinéma ?

Pas besoin d’en dire plus, c’est à lire sans hésitation…

«Parfois j’aimerais que la vie entière soit contenue dans mon regard.

Ce qui ne peut se dire, il faut le rêver. Rêver c’est chérir son secret. »