Wes Craven disparu, Scream achève sa première saison quelques jours plus tard, comme un dernier adieu.

On attendait beaucoup de cette série par MTV. On se demandait si le concept de slasher pouvait être décliné sur 10 épisodes. Si le genre appelle à plusieurs suites, c’est souvent avec d’autres personnages et le même tueur. Le concept sériel était donc un défi avec une bande d’acteurs qui doit faire face à un tueur pendant 10 épisodes.
Si Harper’s Island avait été une belle réussite, il y a quelques années, si Sunset Beach a tenu en haleine certains téléspectateurs (dont moi) avec sa période « tueur masqué » (c’était le frère jumeau de Ben, voilà pour le spoiler), le slasher est timide sur nos écrans. Eye Candy, sur MTV, a même échoué dans le genre avec une Victoria Justice plutôt à l’aise.

Scream la série ne se passe pas à Woosboro, ne met pas en scène une quelconque Sidney Prescott ou apparentée. Nous suivons Emma dans la petite ville de Lakewood. Quand une de ses amies se fait massacrer par un tueur masqué, l’ombre d’un ancien criminel défiguré refait surface et les secrets qui vont avec.

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À partir de l’introduction de Brandon James, ce fameux homme défiguré, on sent un fléchissement dans notre intérêt envers la série. Téléfilm slasher ou rip-off de Pretty Little Liars / Eye Candy, Scream perd son aura pour devenir un produit calibré MTV. On le redoutait, mais la série part déjà dans des travers que l’on ne manquera pas de souligner au fil des épisodes.
Ça aurait pu bien commencer avec une première scène choc rappelant que les 4 films Scream savaient bien débuter leur histoire. Mais ce prologue est interminable, tout est trop beau, trop cliché et mal foutu et loin de la puissance de la scène avec Drew Barrymore. S’en suit la classique introduction des personnages avec la pétasse, le beau gosse, la gentille, le bon pote, le mystérieux nouveau et l’héroïne Emma plutôt sympathique au demeurant. C’est d’ailleurs important d’avoir des personnages sympathiques… Il faudrait le rappeler le plus souvent possible à ceux qui écrivent ce genre de produit formaté. Des beaux gosses en forme de tête de cul et des filles sans rien dans la tête seront les premières victimes et on s’en réjouira !

Ce premier épisode suivra la route balisée du slasher avec des jeunes qui font la fête, mais aucune scène choc ne viendra sortir le public de la torpeur. Comme le dit Noah, seul personnage sympathique, on est là pour s’attacher aux persos, et dans une série slasher, on ne peut pas tous les tuer et surtout on ne veut pas savoir qui l’a fait (whodunit) mais quand il le fera. Il a tort. À partir de cet instant, Scream la série déroule ses épisodes sans trop de meurtres, à peine verra-t-on une menace planée. Le problème majeur de ce genre de série est que la psychologie émotionnelle des personnages n’est jamais logique. Quand un de tes proches est tué, tu ne vas pas reprendre ta vie aussi rapidement. Quand plusieurs de tes proches sont tués, là, tu ne sors plus de chez toi.

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Les secrets de chacun étoffent l’intrigue en multipliant les coups bas pour mieux incarner la suspicion. Cependant, la mi-saison venue, on attendait plus que de simples joutes verbales. Le tueur masqué n’est d’ailleurs pas très actif contrairement à celui des films qui courrait, pourchassait et se prenait des meubles. Autre différence est l’utilisation de la technologie. À l’heure des smartphones, il est difficile de passer outre. Un moyen a été trouvé pour que tout le monde se retrouve connecté : un intranet scolaire où tous les élèves peuvent se parler via une messagerie. bye-bye les numéros et bonjour les profils masqués. Ça facilite grandement les interactions et permet de rendre plus difficile la recherche et l’identification du suspect. La technologie a rendu les intrigues de thriller ou de whodunit plus complexe à crédibiliser. Quand le whodunit rencontre le slasher, le spectateur se retrouve dans un concept ludique où les suspicions font tout le sel du visionnage. Au fil des épisodes, on se plat à croire untel, à discréditer l’autre. Il est simple d’éliminer certains. Une scène en solitaire élimine tout soupçon. C’est idiot, mais c’est pourtant vrai.

Après 7 épisodes, la série s’emballe enfin. Il reste alors 3 épisodes pour accélérer les choses et là, on se retrouve enfin dans un rythme très cinématographique. Les masques tombent sauf celui du tueur, on élimine les suspects, on en trouve d’autres, l’héroïne est dans l’urgence, les alliers se découvrent. D’ailleurs, Willa Fitzgerald ne s’en sort pas trop mal en Sidney télé, sa moue triste et son regard de chien battu peinent quand même à la rendre assez forte. Les personnages stéréotypés du début font place à des archétypes plutôt intéressants. L’idiot sportif est en fait un allié de choix, la bitch cache une psychologie bien fichue et chacun trouve une place dans le grand puzzle Scream. On se prend de plus en plus au jeu malgré les insupportables bêtises et incohérences comme briser une carte sd avec un marteau sur un plateau en verre, ouvrir une porte en la bloquant avec son pied, les ordinateurs qui peuvent tout faire en deux tapotages… Comme tous les films du genre d’ailleurs, on se plaît à trouver les personnages ou réactions idiotes et on aime quand un personnage va se faire trucider. Ce plaisir existe dans Scream la série. Les morts s’enchaînent (plus ou moins graphiques), le plaisir augmente et le final approche.

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Cet ultime épisode possède un climax assez pauvre. L’identité du tueur n’est pas une grande révélation et se termine en eau de boudin là où le premier Scream, par exemple, étirait un climax fort excitant. La série n’a finalement compté que des morts collatérales ou presque. La saison 2, prévue l’été prochain, sera différente d’après les souhaits de la production. Même acteurs, différents rôles ? Avec Scream Queens à la rentrée, Scream a pu offrir du basique cet été, mais va devoir sûrement revoir sa copie pour prendre en compte des codes du genre qui sont mis à mal depuis American Horror Story et bientôt Scream Queens. Scream a proposé une saison 1 plus que correcte qui n’a jamais trahi sa note d’intention sauf peut-être pour le fameux bain de sang prévu pour le final. 10 épisodes qui prennent leur temps, bien réalisés et finalement pas prises de tête.