Les Bêtises est le premier film des soeurs Philippon, et a fait la clôture du Champs-Elysées Film Festival. A quel point le film reflète son titre ? Verdict.

Les Bêtises est l’histoire de François Louis, un Gaston Lagaffe des temps modernes : plein de bonne volonté, mais maladroit comme c’est pas permis. Adopté tout jeune, il voit sa demande de rencontre avec sa mère biologique refusée. Il se met alors en tête de la rencontrer de lui-même : prenant la place d’un serveur mandaté par la famille pour une fête, il va tenter d’approcher sa mère, non sans provoquer quelques catastrophes au passage…

Un scénario ultra classique, donc. Trop, beaucoup trop classique. Les Bêtises cumulent toutes les erreurs d’un premier film et réussissent la prouesse de les condenser en 1h20 (durée déjà trop courte en soi). Parce que le schéma du gars un peu boulet qui se prend les pieds dans le tapis à chaque pas, c’est du connu, et les réalisatrices donnent le sentiment de vouloir nous faire avaler la pilule avec une histoire de recherche de la mère. Un scénario qui aurait pu être intéressant si bien exploité, notamment dans le côté quête initiatique de la maturité, associée à une vraie introspection, le tout traversant le film en filigrane. Hors ce filon n’est utilisé que comme un malheureux prétexte pour laisser libre cours à l’imagination des réalisatrices quant aux bêtises (les jeux de mots seront légion dans cet article sur le mot) que François peut faire. Et évidemment, cerise sur le gâteau, on ne peut pas échapper à la reprise de la chanson du même nom de Sabine Paturel (le premier qui sort Bébé Lilly aura droit à un châtiment en place publique), utilisée ici comme un déclencheur sentimental à gros sabots, histoire de nous montrer qu’on assiste à une histoire d’amour manquée entre la mère et le fils. Pas très subtil. 

©Rezo Films

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A part pour un ultime pied de nez en fin de film, qui on l’avoue nous a surpris sur le moment, le film tombe dans tous les clichés possibles, et en perd son (peu d’) originalité : la chanson, l’histoire d’amour mielleuse qui se développe au long du film, la candeur si pure du gars pour tout faire marcher chez la fille introvertie, le fils « puce électrique » et le fils « mollasson », et même l’histoire de ce fils caché fait figure de déjà-vu. De même dans la mise en scène : tous ces plans extrêmement cadrés et colorés font immédiatement penser à Wes Anderson, le personnage de Jérémie Elkaïm n’a besoin que d’une pipe pour ressembler à la figure de proue de Mon Oncle de Tati, cinéaste que l’on retrouve dans cet aspect « jour de fête » (sic) amené par la foule de figurants costumés. Pas d’originalité, des sidekicks complètement sous-exploités (le père vient donner une punchline à la fin, les deux fils fatiguent dès la première réplique, trois plans à tout casser sur la mère qui est pourtant l’une des attractions principales majeures du film), Les Bêtises se perdent tellement dans la broderie comique que les enjeux en sont totalement effacés : au bout de deux, trois vannes plus ou moins drôles, on sait qu’on va se sentir autant gênés et à même de s’arracher les cheveux que les gens à qui François mène la vie dure. Sans magie, presque répétitif, se cachant derrière son titre de film comique, le métrage des soeurs Philippon nous ennuierait presque par son manque de raison d’être… (et pourtant il ne fait qu’une heure et vingt minutes !)

Dans tout ce fatras, Jérémie Elkaïm, ployant sous le poids d’un film qui repose quasi-essentiellement sur lui, semble complètement perdu, et sa tête d’enfant naïf qui paraît presque forcée nous tire plus de peine que de rires. Le sourire de Sara Giraudeau est bien rafraîchissant, mais sa touchante timidité disparaît sous les bêtises de Jérémie Elkaïm. Quant aux autres acteurs, ainsi qu’on l’a dit, on a du mal à définir qui sont les figurants et qui sont les seconds rôles…

Pour repartir du bon pied, il est urgent que les soeurs Philippon trouvent leur propre originalité, à mettre en équilibre avec celles et ceux qui les ont influencées. Sans ses maladresses (double sic), Les Bêtises serait presque touchant, dans sa thématique du retour à la mère et de l’amour perdu. Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage.