Rémi Bezançon avait mis quasiment tout le monde d’accord avec Le Premier Jour du Reste de Ta Vie en 2008. On en oublie Ma Vie en l’air en 2005 et Un Heureux Evénement en 2011, deux films générationnels plutôt réussis. Avec Nos Futurs, Bezançon ne joue pas la facilité.

Yann a la trentaine et n’aime rien et parait éteint. Il retrouve Thomas, un ami d’enfance. Ils s’étaient perdus de vue depuis le lycée, se retrouvent et partent en quête de leurs souvenirs en organisant une soirée comme à l’époque.

Les premières images avaient tout de suite mis le grappin sur mes désirs et souvenirs. Retrouver ses potes d’enfance, refaire comme avant, repenser au passé, à la vie qui passe sont les thèmes qui me parlent. J’ai toujours voulu faire ce genre de film. Penser que Bezançon allait écrire le film que vous vouliez faire était une bénédiction. Fort heureusement pour moi, le film que j’attends n’a toujours pas été fait. Et malheureusement pour le public, le film est loin de la note d’intention de la bande annonce.

nos futurs

©Gaumont

Tout commence plutôt bien avec un film qui traite des trentenaires paumés comme on en a vu souvent dans des films peu réussis. Pierre Rochefort joue avec sa candeur pour faire vivre Yann Kerbec, en couple avec la jolie Mélanie Bernier. Un anniversaire surprise ne vient pas le sortir d’une certaine léthargie émotionnelle. Il décide de revoir son vieux pote Thomas (Pio Marmaï, toujours excellent) qui n’a pas bougé d’un poil, vivant toujours dans le même appart pourri à boire et fumer et à bosser dans un fast-food. Les deux amis se remémorent à peine le bon vieux temps. Il est étrange de voir que Yann et Thomas ne se jettent pas dans les bras l’un de l’autre. Pire, leur complicité sonne faux. Beaucoup de choses sonnent faux dans Nos Futurs à commencer par les blagues souvent très mal rythmées ou peu incarnées par une vraie énergie. Pas une seule vanne ne semble faire mouche. Pierre Rochefort perd beaucoup d’intensité au fil des scènes à frôler l’acteur très limite dans son jeu quand Pio Marmaï est d’une rigueur et d’une stabilité reines. A ce titre, les acteurs peinent à trouver leur place. Kyan Kojandi reste un acteur au stade du caméo dans le film. Il a deux scènes. Plus le film avance, plus cette fête de retrouvailles s’annonce quand même assez jouissive.  Dans un road-trip assez frais, Nos Futurs nous embarque t dans une quête du souvenir. Mais Bezançon en a décidé autrement et transforme Nos Futurs en drame maladroit où chaque moment tendu par une ambiance morose est loupé. Mille fois hélas, Nos Futurs se perd dans une affreux mélo-drame très mal dosé. Bezançon loupe le coche d’emporter sa comédie vers un drame humain et prenant. L’étrangeté de la construction de son récit en troisième partie de métrage allourdit le propos et ne réussit pas à obtenir l’adhésion. Certaines scènes sont même anormalement longues (la scène de la boite de nuit, dispensable) La révélation de Nos Futurs est importante, on ne la dévoilera pas mais elle évite au film de devenir une bête fiction sur la crise de la trentaine, c’est le seul bon point. Par contre, elle déçoit puisqu’elle annihile toute ambition racontée depuis  heure. Elle rend incohérent beaucoup de choses..

SPOILER IMPORTANT (passer la souris pour voir le texte)

Car Nos Futurs parle du deuil, celui que Yann doit faire après la mort de Thomas il y a de ça plusieurs années. Le fait qu’il reste un éternel adolescent n’était pas anodin. Thomas est une illusion. Le road-trip n’a plus lieu d’être. Pire, certains personnages ne sont alors que des représentations fictives. Outre le deuil, Nos Futurs parle du souvenir. Le passé reste le passé et ne doit plus être un obstacle. Certains drames humains (dont un qui touche le personnage joué par Mélanie Bernier) sont des appendices toujours et encore maladroits, mal jaugés, mal placés.

Nos Futurs est un film ambitieux mais raté. A vouloir faire une comédie différente, Bezançon ne réitère pas l’exploit de raconter l’émotion humaine dans un récit riche. Une seconde vision sera peut-être la plus à même de rendre justice à ce film qui ne veut pas raconter une crise de trentenaire mais plutôt la gestion des souvenirs et la nostalgie du passé. Sur le papier, c’était brillant. Sur l’écran, Bezançon loupe la passe de 4.