En 2010 sortait Insidious, réalisé par James Wan, et véritable bombe horrifique et visuelle. En 2013 sortait Insidious : Chapitre 2, toujours du même réalisateur, moins terrifiant mais plus réfléchi, explorant les zones d’ombres du premier film pour mieux en dévoiler la noirceur. En 2015, le 8 juillet, sortira Insidious : Chapitre 3, préquelle des deux autres, et le premier réalisé par Leigh Whannell, scénariste des deux premiers films et acteur fétiche de Wan. La nouvelle pouvait inquiéter : quid du résultat ?

Quelques années avant la famille Lambert, una famille détruite se retrouve accablée par les esprits. Il s’agit encore une fois de démons venus du Further, mais d’un nouveau type. Il faudra au moins d’aide d’Elise Rainier pour mettre fin à ce cauchemar, et éviter qu’une jeune fille sombre dans les ténèbres… 

Les 20 premières minutes d’Insidious, Chapitre 3 inquiètent vraiment pour la suite : à la manière du début de Lazarus Effect, screamers abusifs et bons sentiments dégoulinants agacent le fan de la série comme le néophyte, ce dernier se demandant bien l’intérêt de la saga si tout y est similaire. Le fan que je suis, lui, est surtout interloqué, sachant de Whannell a bossé sur la saga au même titre que James Wan, ne pouvant donc vraisemblablement pas trahir le très bon matériau original.

Effectivement, il ne le peut pas. Il est capable de lui rendre un bel hommage tout en innovant, et c’est précisément ce qu’il va prouver avec la suite de son film. C’est après le brutal accident subi par le personnage principal que les choses s’accélèrent pour cet Insidious, Chapitre 3, et que le réalisateur montre qu’il est vraiment capable de terrifier son spectateur. Un esprit démoniaque et terrifiant que représente le man who can’t breathe, un esprit à moitié corporel, et surtout des allées et venues renouvelées dans le Further font alors de ce film, et surtout de son troisième acte, une réussite au niveau horrifique.

 

Insidious 3

L’esprit désincarné de la jeune fille @Blumhouse

 

Certes, on n’est pas encore au niveau du Red Devil  du premier opus, mais Whannell a le mérite de prendre un vrai risque avec l’apparition d’un nouvel esprit, inédit, risque qui au final s’avère payant (on retiendra par exemple sa sublime dernière apparition, étreinte si symbolique et intéressante, et témoignant du sensibilité qui n’avait pas transpiré dans les premiers opus). On ajoutera, au risque de paraître un peu de mauvaise foi, que James Wan avait de toute façon placé la barre tellement haut dans le premier film qu’il n’avait lui-même pas réussi à l’atteindre dans le second, pourtant plein de bonnes idées.

Au niveau horrifique et dans le développement de l’univers de Wan, ce troisième chapitre est donc efficace. Mais Insidious, c’est aussi un travail de mise en scène, mais aussi et surtout de l’humour. Pour le premier facteur, que les aficionados se rassurent : Whannell est aussi doué que son mentor avec une caméra, alternant plans-séquences inspirés qui rappellent le meilleur de The Conjuring, et bonnes idées de son cru, comme le regard d’une scène sur un écran portable. Si les tons pâles qui faisaient le charme du premier et du second opus sont disparus, c’est aussi ce qui permet de constater l’hommage vibrant qu’a voulu proposer Whannell, mais sans volonté de redite. Tout cela bien sûr accompagné par la musique angoissante qui, elle, est toujours écrite par Joseph Bishara, malgré l’absence de l’habituelle Tiptoe through the Tulips, expliquée par le réalisateur par le fait qu’elle appartenait, selon lui, aux intrigues de la famille Lambert.

Pour ce qui est de l’humour, on est heureux de voir ici que Whannell n‘a rien perdu de son talent scénaristique : si l’humour est ici bien, comme on peut y être habitué, cristallisé par notre couple de techniciens du paranormal un peu niais, le film va ici plus loin en y apportant un côté méta qui n’est pas sans avoir un  certain charme, méta amené par le fait que le réalisateur, comme dans les premiers opus, interprète un de ces deux rôles. Par ailleurs, et c’est ici une nouveauté, notre couple n’est plus le seul à faire rire, et la médium, toujours formidablement interprétée par Lin Shaye (autre preuve que Ouija n’était qu’un accident), a elle aussi son moment de gloire, aussi hilarant qu’inattendu. Enfin, cet humour est parfois fonctionnel à l’aide de clins d’oeil, par exemple le nom du chien de la médium, Warren, autres héros de James Wan.

 

Insidious 3

Le casting @Blumhouse

 

Un mot enfin des acteurs du film. Le réalisateur l’avait dit, les Lambert ont déjà trop souffert dans les deux premiers opus, ils ne sont donc pas présents dans ce nouveau chapitre. Exit donc Patrick Wilson et Rose Byrne, et bonjour à la superbe et talentueuse Stephanie Scott, nouvelle victime de ce préquel, accompagnée par Dermot Mulroney. On le sait, Whannell a pendant le tournage conditionné ses acteurs à la frayeur, enfermant par exemple (avec son autorisation, bien sûr) Scott dans une pièce sombre pendant une demi-heure, la faisant écouter du Death Metal peu avant la scène de possession. Par ailleurs, toutes sortes de farces terrifiantes durant le tournage ont amené les acteurs à se sentir vraiment dans l’atmosphère : force est de constater que la technique fonctionne, le talent des nouveaux acteurs étant alors exacerbé.

En bref, le film est réussi. Il a été entendu qu’en cas de succès il relancerait de nouveau la franchise, promettants lors aux fans d’autres films de cette saga qui pour l’instant fait un sans-faute. Honnêtement, on ne demande que ça.

AMD