Les quatre saisons de l’été, nouveau roman de Grégoire Delacourt, vient de sortir chez JC Lattès. Quelques mois seulement après le percutant On ne voyait que le bonheur (critique ici) qu’il nous avait proposé à la rentrée littéraire. Amatrice tardive du travail de Delacourt, ses premiers romans, les plus connus, ne m’avaient pas touchée. Mais Les quatre saisons de l’été, de toute évidence taillé pour rencontrer le public le plus large possible à l’approche des vacances, m’a donné beaucoup d’émotion.

Quatre saisons… Quatre histoires, quatre personnages, reliés par une même quête, celle de l’amour. Reliés aussi par ce 14 juillet 1999, le dernier du siècle, qui a des airs de fin du monde. Ce jour, autour duquel l’action des quatre histoires se recentre, est choisi pour filer la métaphore de la fin, qui devient parfois le début d’autre chose. La fin de l’innocence et le début des tourments amoureux pour le personnage pré-adolescent. La fin d’une série d’échecs amoureux et le début d’un nouvel espoir pour le personnage d’Isabelle, quittée par son mari, qui retrouve son premier amour d’enfance. La fin de la routine triste d’un couple de cinquantenaires pour Monique, qui part à la recherche d’aventures amoureuses au bord de la mer. La fin d’une vie pour Rose et son mari, et le début d’un amour figé dans l’éternité… Ces quatre destins en marche de 16 à 77 ans (à peu près…) portant tous le même désir : trouver ou retrouver le grand, l’unique amour de leur vie. Tandis que certains se brûlent les ailes dans cette recherche, d’autres seront surpris au-delà de leurs espérances.

quatre-saisons-de-l-eteLes quatre saisons de l’été décline le thème du premier amour de vacances en quatre versions très différentes. Ces relations qui naissent pendant l’adolescence et lors d’un moment très particulier de l’année où tout semble léger et possible. Lorsque la réalité rattrape ces couples, qu’en reste-t-il ? Des promesses pour toute une vie, pas toujours tenues, dont on se souvient longtemps ? Une déception incurable ? Ou au contraire une base solide pour le reste d’une existence ensemble ? Tout est possible, nous raconte Grégoire Delacourt dans ces quatre histoires qui s’entremêlent. Après tout, elles ne sont pas si différentes. Les personnages posent les uns sur les autres un regard tendre et indulgent.

Les quatre saisons de l’été laisse la part belle au langage des fleurs. Les fleurs que l’on choisit pour qu’elles parlent à notre place. Celles qui sont offertes pour signifier ce que l’on a pas eu le courage de dire. Par leur intermédiaire, Delacourt parle des moments charnières de notre vie que l’on a pas su retenir, mais que l’on oublie jamais. Ces regrets constitutifs de nous, qui nous hantent et définissent parfois le reste du chemin.

L’histoire des Quatre saisons de l’été qui m’a le plus touchée est celle du couple de septuagénaires. Ensemble, ils décident de mettre fin à leurs jours en ce dernier 14 juillet du siècle. Ils considèrent avoir vécu suffisamment et n’ont pas envie de se voir décrépir davantage. Le récit de leur rencontre lors de la Seconde Guerre Mondiale est extrêmement touchant. Leur union ne relève pas d’une décision, elle est tout simplement une évidence. Ce destin qui les lie l’un à l’autre les dépasse un peu. Grégoire Delacourt garde cette histoire-là pour la fin du livre. Comme un rappel qu’il existait à une autre époque des amours qui réfléchissaient moins, construits après la guerre dans un élan d’espoir et de foi en la vie, ces âmes qui ne voient pas l’intérêt de vivre l’une sans l’autre.

Grégoire Delacourt, auteur des Quatre saisons de l'été

Grégoire Delacourt, auteur des Quatre saisons de l’été

Les quatre de saisons de l’été est tout sauf un roman léger. On pardonne à l’auteur ses quelques clichés et ses moments lyriques, pour se laisser happer par ces histoires qui nous touchent chacune à leur manière. Ces désillusions amoureuses inévitables, ces décisions que l’on prend qui nous font passer à côté de certaines choses, les regrets… Grégoire Delacourt donne à tout cela une dimension universelle tout en mettant en valeur la singularité de chaque histoire. On apprécie la poésie de ces phrases, sa capacité à décrire les sentiments avec précision et sensibilité, qui fait que l’on se sent concerné tout du long.

« Nous nous sommes regardés longuement, davantage comme deux vieilles connaissances d’école, aimables et curieuses, que deux amoureux impétueux ; et ce regard était tout à la fois notre gêne, notre émoi, notre échec et notre trahison. Il a soudain ouvert la bouche. Tu. Mais il fut incapable de poursuivre. Alors, par-dessus la table qui nous séparait, j’ai avancé ma main. »