Grégoire Delacourt est décidément un auteur dont on n’arrête pas de parler. Suite aux sorties poche de ses succès La Première chose que l’on regarde et La Liste des mes envies, puis son procès avec Scarlett Johansson, voilà déjà son nouveau roman pour la rentrée littéraire chez JC Lattès. Mais quel roman… Une véritable claque.

Combien valent nos vies ? Antoine, courtier en assurances, en a une idée bien précise. De sommes en sommes, il déroule le fil de sa vie. Depuis son enfance où ont manqué l’amour d’une mère et le courage d’un père, à la rencontre de Nathalie, jusqu’à l’irréparable commis… La famille d’Antoine est une famille brisée en son cœur. Un drame dont ils ne pourront pas se relever. Suite à cela, la fratrie tente de se reconstruire et devient très soudée. Un cocon qui ne suffira pas à Antoine, qui grandira bancal, pessimiste. Il ne sera pas capable de conserver la relation de couple la plus importante de sa vie. Le petit garçon perdu ne quittera jamais l’homme.

Dans ce roman, Grégoire Delacourt nous propose d’assister à la dégringolade de son personnage, poussé à la folie par le manque d’amour ressenti depuis tout petit.

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Découpé en trois parties bien distinctes, On ne voyait que le bonheur ne nous épargne rien. Le récit prétendument factuel d’un manque d’affection maternel quotidien se transforme en un témoignage sinistre d’une plongée dans la folie. La folie comme résultat, présentée presque comme une fatalité. Et c’est cela qui dérange le plus dans ce roman de Grégoire Delacourt.

On ne voyait que le bonheur nous parle de ces drames que la vie peut porter avec elle, des douleurs dont on ne se relève jamais. Comment il faut composer avec elles néanmoins, et les dégâts que tout cela peut faire. Comment on se construit plus tard, cette enfance brinquebalante derrière soi. Quel amour on est capable de ressentir, et de donner ensuite. Quelles sont les conséquences de tout cela chez un homme : toutes les conséquences, jusqu’à l’irréparable. Mais qu’est-ce qui est véritablement irréparable ? Et quel pardon possible au sein d’une famille ?

Un roman choc, auquel on continue de penser la dernière page terminée. Le côté excessif que l’on pourra lui trouver fait cependant le lien entre Antoine, ses démons, et notre propre expérience familiale et amoureuse. Comment se défaire de ses casseroles, ou comment grandir, avancer, et faire le bien autour de soi, si l’on ne peut dépasser les cicatrices de l’enfance ?

Grégoire Delacourt fait preuve d’une sensibilité et d’une subtilité hors du commun. Antoine prend vie devant nos yeux au fil des pages. On l’imagine petit garçon dans les premiers chapitres, puis arrive le moment où l’on ne peut que s’en désolidariser. Ce moment arrive assez tôt dans le roman. Delacourt joue aussi avec la capacité du lecteur à s’identifier au personnage principal. Un livre-expérience à côté duquel il ne faut pas passer.

Grégoire Delacourt

Grégoire Delacourt

On ne voyait que le bonheur – Sortie le 20 août – 19€