Avec la sortie du film 50 nuances de Grey le 11 février, retour sur l’article de Céci Lia fait à la sortie des livres.

A part l’espoir de ressentir quelques petits frissons, soyons honnête, rien ne nous pousse naturellement à acheter Cinquante nuances de Grey pour le lire, si ce n’est le fait qu’on en entend énormément parler. Le genre « érotique » n’a jamais été ni bien vu, ni mis en valeur, alors pourquoi celui-ci ? On pense évidemment à un gros coup marketing, et un efficace bouche à oreille, sans s’attendre à une grande qualité littéraire, mais après tout pourquoi pas…

Alors, comment cette Erika Leonard James est-elle devenue mondialement connue grâce à son roman érotique ? Et, surtout… Pourquoi ? (Nous ne garantissons pas de trouver la réponse à cette dernière question)

Le comment est très simple. E.L. James, femme au foyer, traverse, dit-elle, une « crise de la cinquantaine » qui lui donne très envie de décrire, dans des fan-fictions érotiques, les ébats des personnages de Twilight.

C’est tout naturellement que les relations sexuelles plutôt violentes de Bella et Edouard, desquelles la pauvre Bella ressort toujours pleine de bleus et l’air traumatisé, mais toujours folle de désir pour son vampire chéri, entraîne E. L. James vers l’écriture de nouvelles érotiques légèrement sado-masochistes… Sans envie particulière de les faire publier, elle se contente de les mettre en ligne pour un public restreint. Mais qu’à cela ne tienne, un éditeur va finir par repérer son potentiel marketing et voilà comment Cinquante nuances de Grey est né.

Un article du « Mirror » évoque les trois gros points forts du livre : « Packaging. Timing. Controversy. » Un bon vieux bouche à oreille par-dessus cela, qui déclenche la curiosité des médias, et nous y voilà.

Mais pourquoi ? Pourquoi celui-ci en particulier ? Sans l’avoir personnellement lu, j’ai envie de croire qu’il a une vraie valeur ajoutée en terme de densité d’histoire, de style, et des personnages étoffés…

Essayons d’en percer le secret : notre nouvelle chroniqueuse, Ceci Lia, a enquêté pour nous…

cinquante nuances

 Cinquante nuances de Grey, le livre qui émoustille la planète…

On aura entendu beaucoup de choses sur le livre le plus vendu au monde en 2012 (livre tendance mommy porn, roman libérateur et obsédant, histoire érotique pour nana…). Moi je ne crois que ce que je vois. J’ai donc lu pour vous Cinquante nuances de Grey. Et voilà de quoi il est question…

L’histoire est d’une simplicité déconcertante, un enfant de 5 ans aurait pu l’écrire (je parle du scénar de base, pas des scènes de fesses). Anastasia est une jeune étudiante en Littérature de 21 ans, ni belle ni moche (brune aux grands yeux bleus, donc complètement canon malgré ce que veut nous faire croire l’auteur), timide, maladroite (la tête à claque de base) pour qui tous les mecs craquent quand même.

Un jour, elle se retrouve obligée de remplacer au pied levé sa BFF (Best Friend Forever), qui est rédac chef du journal de la fac, pour aller interviewer un super grand mania d’une super grosse boîte, qui bosse pour des trucs hyper importants mais on sait pas trop quoi, car au fond on s’en tape pour la suite de l’histoire. Dans la vraie vie, ce type aurait été vieux, proche de la retraite, le cheveu grisonnant et la bedaine saillante. Mais dans le livre, Christian Grey est un BG de 27 ans, gaulé comme un dieu grec, le regard de braise,  la chevelure de rêve et un sourire trop charmeur pour être honnête. Et son kiff à lui, c’est le sado-masochisme. Mais ça, elle ne le sait pas encore.

Voilà, ceci étant dit, on sait déjà que la nana va y laisser sa jupe.

Après une interview catastrophique, nos deux bombasses sexuelles se séparent. Mais ils sont en fait tous les deux tombés sous le charme l’un de l’autre. Une rencontre fortuite les réunit. Ils s’échangent leurs 06, et quelques jours plus tard, lors d’une soirée bien arrosée, Anastasia, complètement cramée par l’alcool, appelle Christian. Ce qui pourrait nous apparaitre comme un détail insignifiant dans la vraie vie, déclenchera, dans le bouquin, le début des « hostilités ». Démarre alors une romance improbable. L’amour flamboie dans la savane. Pour elle c’est sa toute première histoire d’amour, pour lui il s’agit de la seizième fille qu’il réussira à soumettre pour son bon plaisir. Il n’envisage pas les relations avec les femmes autrement qu’en les asservissant, et elle est trop amoureuse pour refuser d’entrer dans l’univers un peu flippant et obscur où il cherche à l’entraîner.

Cinquante nuances de Grey se lit vite. Une écriture simple et énergique, une histoire basique mais prenante.

A la lecture de ce pavé, la question principale que je me pose c’est pourquoi ? Pourquoi tant de scènes de cul, dont la quantité n’apporte pas grand-chose à l’histoire (environ 550 pages, et toutes les 10 pages il y a une scène de fesses, donc je vous laisse faire le calcul du nombre de descriptions auxquelles nous avons droit). Pourquoi l’auteur ne s’attarde-t-il pas plus sur la psychologie des personnages ? Grey aime le SM un point c’est tout, Anastasia accepte tout parce qu’elle est raide amoureuse. Et après ? Et surtout, pourquoi un tel engouement planétaire ?

Trop de cul pour trop peu de psychologie, à la longue c’est ennuyeux et ça n’apporte rien. Et, cerise sur le gâteau : ce schéma dominant-soumise est révoltant et dégradant. L’image parfaite de la quiche de base, niaise, naïve et amoureuse, qui se laisse embobiner par un BG autoritaire. Belle image que celle de la femme représentée dans ce bouquin. Et bien évidemment, notre schéma de société est tel que l’inverse n’aurait pas été possible, car dans notre société l’homme a le droit d’être SM car c’est viril, alors allons-y gaiement. Par contre, si la femme veut dominer l’homme, c’est une salope nympho.

S’agissant là du premier tome d’une trilogie, je vais être magnanime et attendre la suite qui peut-être nous réservera quelques bonnes surprises.

A part ça, lisez Cinquante nuances de Grey, déjà pour dire que vous avez lu ce best-seller et mourir moins con. Dépêchez vous, plus qu’un mois et demi avant la fin du monde. Et ensuite parce que la lecture est tellement fluide qu’il s’agit tout de même d’un bon moment de détente sans prise de tête.

Sur ce, moi je m’en vais lire Causette.

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