Ce soir aux Etats-Unis et mardi sur SyFy France, l’adaptation de « L’Armée des 12 Singes » en série TV verra enfin le jour. On a vu le pilote jeudi soir en avant-première. Amorce-t-elle un objet qui approfondira sur plusieurs saisons les thèmes développés par Terry Gilliam et les Peoples, scénaristes du film?

A première vue adapter « L’Armée des 12 Singes » n’est pas vraiment une gageure, mais il peut être perçu comme une tentative racoleuse de donner du poids à ce qui pourrait s’avérer un produit lisse et formaté. Surtout sans l’implication de Terry Gilliam ou des scénaristes, David et Janet Peoples.

Heureusement, Travis Fickett et Terry Matalas, qui ont officié sur quelques épisodes de la plutôt ratée « Terra Nova » et quelques épisodes de « Nikita », ont su resserrer et épurer leur narration au maximum. D’entrée de jeu, ils posent un postulat bien balisé pour les séries à base de voyage temporel : prévenir des cataclysmes, en l’occurrence l’extinction de l’humanité. Dans la bouche de James Cole (Aaron Stanford), cela prend des atours de requiem : il est plus stable psychologiquement que le personnage de Bruce Willis, mais pas moins mystérieux ni torturé. Sa veulerie et son nihilisme, sachant que sa seule existence sera effacée avec la prévention du virus létal qui décime l’humanité, sont contrebalancés par des observations amusantes et calibrées. Sa rencontre avec le docteur Cassandra Railly (Amanda Schuller) est vite évacuée au profit de l’action et de l’avancée de l’intrigue, non sans une ellipse de 18 mois qui intervient très tôt.

Extrêmement rapide, « 12 Monkeys » fait jouer les paradoxes temporels à son avantage : d’abord pour convaincre Railly de l’authenticité de la mission de Cole, ensuite pour se sortir d’une mauvaise passe face à la cible nommée par les « marionettistes » de Cole, Leland Frost. C’est d’ailleurs là où le pilote accuse toutes ses limites, en faisant venir Zelyko Ivanek, tellement habitué à la diction et aux longs discours apathiques de méchant que l’on préfèrerait voir quelqu’un d’autre à la place. « 12 Monkeys » n’est pas fauché, mais ne fait pas étalage de scènes d’émeute en flashback ou d’affichage de sets luxueux comme l’autre série avec laquelle elle est programmée, « Helix ». Elle donne assez d’alchimie entre deux personnages très mal assortis pour qu’on puisse les suivre sur plusieurs épisodes, mais lève beaucoup trop peu de son voile. Et vu la multiplication de séries post-apocalyptiques ou de conglomérats privés tentant de jouer à Dieu (le postulat de « Helix »), l’accroche de « 12 Monkeys » est déjà usée jusqu’à la moelle. Et malgré la solidité du tandem principal -également un lieu commun des séries SyFy, hello « Warehouse 13 » – on attend en vain que la série commence à prendre un peu de hauteur par rapport au genre dans laquelle elle évolue. Las : en utilisant la frustration de fin de pilote pour introduire une piste roublarde, « 12 Monkeys » fait retomber le soufflé en utilisant la même recette que des centaines de thrillers télévisés. On ne passe que trop peu de temps en 2043, avec une équipe -parmi laquelle l’excellent Kirk Acevedo, qui retourne à la SF après « Fringe » – qui reste aussi puissante quant à sa capacité à faire bouger Cole d’année en année que désemparée face aux pistes pouvant les faire remonter jusqu’à la fameuse Armée des 12 Singes.

Ainsi, « 12 Monkeys » compte sur un démarrage de bonne facture, élégant et organisé dans le chaos de son intrigue. Mais le brinquebalant des mystères qu’il suggère empêche l’adhésion totale et surtout à se démarquer d’un des films de SF les plus vénérés des années 1990.

Mardi à 22h10 sur SyFy France, dans le cadre du « Super Tuesday », qui compte également la saison 1 de « The 100 » et la saison 2 de « Helix ».  Plus d’infos sur le site CanalSat