Scénariste du film Jason Bourne : l’Héritage ou encore Real Steel, Dan Gilroy signe avec Night Call son premier film complètement maîtrisé sur le thème des médias et leur influence dans notre société.

Lou Bloom (Jake Gyllenhaal), voleur antipathique, arpente les rues de Los Angeles la nuit, à la recherche d’images indécentes qu’il vend à des chaînes de TV. Aidé par son assistant Rick (Riz Ahmed), il ne se fixe aucune limite.

Nous avons du mal à croire que c’est son premier film tant il connaît son sujet et le filme avec brio. La ville, personnage à part entière, est filmée exclusivement de nuit, à l’exception de quelques scènes. Elle offre le contexte idéal aux reporters avides de scandales. On peut y trouver quelques références, Taxi Driver ou Drive, mais ce serait à tort de les comparer. Night Call se distingue de par son thème concernant l’affluence des images chocs sur nos écrans chaque jour. Satire de notre société, le film s’interroge sur la diffusion des informations et ses limites. Puissant et dérangeant, le spectateur se retrouve confronter à une réalité glaçante : la liberté d’expression et le droit à l’information permettent une grande marge de manoeuvre. Souvent trop grande. La démesure du film n’a d’égal que sa véracité. Pendant deux heures, nous suivons l’histoire de Lou Bloom ; la caméra reste au plus près du personnage et ne nous épargne pas. Nous suivons même avec intérêt et culpabilité cette intrigue malsaine qui nous offre des scènes jubilatoires et des dialogues savoureux. La réalisation est soignée et nous plonge au coeur de chaque drame filmé : toujours plus près, toujours plus intense.

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©Paramount

La réussite du long métrage provient en majeure partie grâce au talent extraordinaire de l’interprète principal, Jake Gyllenhaal. Il s’offre ici probablement le meilleur rôle de sa carrière. D’une justesse captivante, il procure chez le spectateur un malaise constant qui ne nous lâche plus. Il enchaîne avec une facilité déconcertante différentes expressions, sans transition, à l’image de la scène où il crie devant son miroir (pétrifiant!). Intrigués par cet homme cleptomane et sociopathe, à un certain point nous ne distinguons plus le vrai du faux. Prêt à tout pour avoir l’exclusivité, son ambition et sa volonté d’y parvenir font froid dans le dos ; cette scène où il filme l’intérieur d’une maison après une tuerie est pour le moins marquante.

Dan Gilroy dépeint avec authenticité une réalité perturbante que nous ne pouvons ignorer. Le tout composé de quelques scènes complaisantes qui viennent « supporter » l’intérêt même du film : l’amour pour la violence, l’attrait pour l’horreur. A découvrir de toute urgence!

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