A l’aube de la reprise de la saison 5, revenons en longueur et en largeur sur la série zombie préférée des Américains.

Avec cette série, AMC, hébergeur également de l’excellent Breaking Bad, tente de renouveler un peu le genre du cinéma zombie en lui laissant toute une série. Plus que la baston post-apocalyptique, la série choisit également de se concentrer sur les personnages en eux- mêmes. Une idée intéressante sur le papier, mais qui une fois tournée a du plomb dans l’aile.

ATTENTION : DES SPOILERS PEUVENT APPARAITRE

The Walking Dead, c’est d’abord un projet piloté par Frank Darabont, le réalisateur du culte La Ligne Verte. Et puis, comme nombre de grands réalisateurs aujourd’hui ( Fincher, Scorsese… ), il a décidé de se lancer dans la production sur le petit écran.

Dans l’Amérique actuelle, l’un des plus grands cauchemars de l’humanité s’est réalisé : un virus est en train de contaminer le monde, et fait des millions de morts. Sauf que au lieu de mourir gentiment, tous ces gens ressuscitent, sous la forme de zombies (appelés « walkers » dans la série), créatures sensibles au bruit qui les fait rappliquer en masse dès que quelqu’un a la mauvaise idée d’allumer sa stéréo, mais surtout des zombies affamés qui adorent la chair humaine. Et autant dire qu’ils sont prêts à tout, car si seule la partie primaire du cerveau est réveillée, et pas la conscience, ils vont relativement vite, et en nombre sont très difficiles à écarter, d’autant plus qu’une morsure garantit une longue agonie jusqu’à la mort et la zombification. Pour éviter ca, rien de plus simple : leur exploser la tronche, au sens littéral du terme.

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©AMC

Dans cette Amérique dévastée tente de survivre un petit groupe de survivants, avec un noyau récurrent suivant les saisons, et rencontrant d’autres personnages entre temps. Rick Grimes (Andrew Lincoln) en est le personnage principal, shérif de son état (et armé d’un magnifique Magnum) et leader naturel du groupe, père de l’insupportable gamin/ado rebelle Carl (Chandler Riggs) et mari de la toute aussi insupportable pulsionnelle Lori (Sarah Wayne Callies). On apprend juste avant les évènements qu’il est laissé pour mort, enfin selon son meilleur ami Shane (Jon Bernthal), le bourrin qui réfléchit avec ses muscles plutôt que son cerveau, et qui n’en voit pas que des inconvénients… Glenn (Steven Yeun), ex-livreur de pizzas, rencontre providentielle de Rick dans la première saison, grand angoissé quelle que soit la saison, Dale (Jeffrey DeMunn), la figure du sage, un peu opportuniste et caricatural avec un van et une chemise à rendre jaloux le Joueur du Grenier, Carol (Melissa McBride), victime de son mari avant de s’affirmer un peu plus par la force des choses, Merle (Michael Rooker), le raciste violent du groupe, figure punk par excellence, au destin difficile, mais qui ne l’empêche pas de disparaître à la fin de la saison 1 pour ne le retrouver qu’au début de la saison 3 et Andrea (Laurie Holden), figure typique de la blonde imbuvable en manque d’affirmation personnelle. Ajoutez-y Daryl (Norman Reedus), frère de Merle, plus réfléchi que ce dernier, armé d’une arbalète franchement badass et chasseur hors pair en adéquation totale avec l’ambiance, et le seul personnage, avec Rick, dont le développement a un peu d’intérêt et d’importance, et vous aurez le tableau. Se joignent à la troupe, à partir de la saison 2, Hershel (Scott Wilson), nouvelle figure du sage hérité de la vieille Amérique des années 70, patriarche chez qui se réfugie Rick avant de devoir partir de chez lui avec ses filles devant une attaque de zombies, Michonne (Danai Gurira), la samouraï du groupe, et d’autres plus secondaires tels Tyreese l’idéaliste (Chad.L.Coleman), Beth (Emily Kinney), fille de Hershel, ou sa soeur Maggie (Lauren Cohan), le flirt de Glenn. La figure du méchant, outre les zombies, est incarnée à partir de la saison 3 par le mystérieux Gouverneur (David Morrissey), personnage lui carrément idéaliste mais aussi froidement réaliste, et aux pulsions particulièrement sadiques.

Autant le dire tout de suite, on passera très vite la première saison. En effet, celle-ci ne dure que 6 épisodes, le temps de voir Rick revenir d’entre les morts et d’entrer à cheval dans Atlanta ravagée et de se joindre au groupe où miracle ! se trouvent sa femme et son meilleur ami. Et nous d’exploser de rire quand on voit que en seulement deux épisodes, il a perdu son job et sa baraque et qu’en plus il est cocu par son meilleur ami. C’est lent à se mettre en place, une saison de 6 épisodes pour former un groupe, c’est trop long, et si le rythme n’y est pas, c’est déjà mauvais signe. De plus, les dialogues sont aussi vides que la tête d’un zombie. Sur qui doit-on compter pour mettre un peu d’illusion d’intensité ? Mais oui, sur Merle, le raciste, histoire que Rick lui mette un pain, et ca s’arrête là. Les personnages, à commencer par le shérif lui-même, sont désespérément artificiels et soporifiques dans leurs discours. A faire entre potes avec des pizzas sous la main car sinon vous succomberez au sommeil.

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©AMC

Mais c’est dans la fin de la saison 2 que la série révèle tout son potentiel, comment dire, malicieux. En effet, cette série, qui attire, croyez-le ou non, 10 à 12 millions de téléspectateurs par épisode, est la spécialiste du cliffhanger, cette pratique qui consiste à finir un épisode ou un film sur un énorme truc concernant le destin des personnages ou même de l’histoire. A chaque épisode on y a droit, et ce n’est pas franchement justifié. La saison 2 sort des cliffhangers à tout va sur des punchlines qui n’en sont pas de Rick, et tourne principalement autour de ce que cache Hershel, chose que l’on découvre seulement à mi-saison et qui s’avère franchement prévisible une fois qu’on a cerné le personnage du patriarche. Ajoutez à cela la nouvelle intrigue « Feux de l’amour » de la saison sur la sexualité de Lori, qui dure en fil rouge du début de la saison 2 à la fin de la saison 3 et vous obtiendrez 10 épisodes (sur les 13 de la saison) qui vous donneront presque envie de laisser la série, qui tombe dans la violence gratuite. Déjà que la série est violente par le traitement réservé aux zombies, mais tous les survivants ont la fâcheuse manie de se taper voire se tirer dessus ; le concept « l’homme est un loup pour l’homme » (toute portée philosophique mise à part parce que faut pas déconner) est maladroitement exploité, et empiète carrément sur la présence déjà trop limitée des zombies. Et puis arriva l’épisode 11 de la saison 2. Comme si la série sentait qu’il fallait un petit coup de fouet, elle met en scène la mort d’un des personnages les plus attachants, et un bon dernier affrontement entre survivants et zombies pour une bonne transition entre les saisons 2 et 3 sur une punchline (« This isn’t a democracy anymore ») qui aurait dû arriver un peu plus tôt dans la série. Cette dynamique est bien conservée au début de la saison 3.

 

La série montre alors enfin un vrai potentiel intéressant. Les cliffhangers de chaque épisode sont plus justifiés, et la matière de certains personnages comme Rick est mieux exploitée. On remarque d’ailleurs que Andrew Lincoln a fait un sacré travail sur sa voix pour durcir, dans tous les sens du terme, son personnage. On peut encore regretter quelques faiblesses dans certains épisodes qui ralentissent un peu la trame, mais globalement, la série tient debout après avoir beaucoup vacillé pendant les 20 premiers épisodes. On se débarrasse de quelques personnages devenus lourds pour faire place aux nouveaux et aux principaux. Ce regain est bien aidé par l‘arrivée du personnage du Gouverneur, un personnage en apparence accueillant, mais aux secrets lourds et à la personnalité bien plus sombre que ce qu’il pense montrer. La prise d’importance de Michonne et le retour de Merle donnent à la série un peu plus d’impitoyablité, ce dont elle avait besoin. Le choix de montrer également depuis le début qu’il n’y a pas que de la solidarité dans une apocalypse zombie, mais aussi de la peur et de la défiance, s’avère de moins en moins flou et de plus en plus clair, et rend quelques finals d’épisodes haletants. Deux défauts cependant : ca a beau être une série sur les zombies, il y a encore beaucoup de complaisance dans la violence, que l’on pourrait associer à cette crainte et cette défiance, me direz-vous, mais globalement, parfois, ca fait beaucoup (ah oui, à ce propos, rendons hommage aux maquilleurs et au spécialiste des décors de cette série, qui ont dû se tuer à la tâche). Ensuite, eh bien le scénario de la saison 3 est globalement trop similaire à celui de la saison 2 : au lieu de la ferme de Hershel, c’est cette fois une prison. Mais le traitement est mieux, et l’environnement carcéral est bien plus adéquat par l’univers sombre qu’il représente.

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©AMC – Le mid-season de « The Walking Dead » est intense !

La saison 4 à présent. Le Gouverneur est toujours là, plus ou moins, et la menace n’est toujours pas écartée, d’autant que les zombies sont collés au grillage de la prison, ayant repéré de la viande de survivant ambulante. Carl fait toujours sa crise d’ado qui donne envie de l’étrangler. Mais tout le monde va bien. C’est la fête, barbeuc’ et tout et tout. Mais tout repart de plus belle avec la propagation d’une maladie à l’intérieur d’une prison qui fait des ravages. Le ton et l’angoisse monte, et c’est remarquablement bien filmé. Jusqu’à atteindre le climax, l’épisode 8, le choc dont toute série se pourvoit à l’heure de Game of Thrones. Cet épisode marque aussi la disparition de deux figures importantes, dans un combat spectaculaire, et avec eux s’éteignent cette flamme qui entretenait le bon niveau de la série. Malgré ensuite quelques morceaux de bravoure, la série retombe dans ses travers d’épisodes lents, clichés, et profondément ennuyeux avec l’arrivée de nouveaux personnages artificiels et une intrigue girly impliquant Glenn, avant la grosse fin ouverte sur une dernière punchline de Rick. A l’image de la série, cette saison est un bon gros cliffhanger.

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Il aura donc fallu plus de 20 épisodes à cette série pour enfin démarrer et donner aux spectateurs ce qu’ils attendent d’une série qui au fond n’est qu’un divertissement sur un thème somme toute récurrent ces 30 dernières années au cinéma, l’apocalypse zombie. La fin de la saison 2 et le début de la saison 3 redonnent de l’espoir avec des personnages qui prennent enfin le rythme de leur univers, des dialogues moins gnangnan, et des scénarios adaptés à notre horizon d’attente, tendance qui malgré tout a du mal à se raviver dans la saison 4, trop irrégulière entre soubresauts et ennui… mortel. Enfin, les acteurs ont comme les dialogues mis du temps à se mettre dans le bain : Andrew Lincoln a montré qu’il avait des qualités, pas du tout exploitées au début de la série avant de s’épanouir par la suite, Norman Reedus joue avec justesse le sombre mais fragile chasseur de zombies, et Danai Gurira symbolise bien (avec Rick bien sûr) l’esprit de la série avec son katana. Toutefois, le reste des personnages apparaît trop happé par les évènements pour disposer d’une certaine profondeur : les Chandler Riggs et Emily Kinney apparaissent d’une utilité limitée, certains personnages, au fil de la série, comme le médiocre Jon Bernthal ou l’imbuvable Sarah Wayne Callies sont apparus carrément insupportables à l’appréciation, et des personnages comme ceux de Michael Rooker ou David Morrissey (au demeurant quand même bien exploités) ont été coupés en plein élan artistique. Cela laisse peu de place, malheureusement, à l’attachement aux personnages. Espérons que la saison 5 redémarre sur des bases solides, rythmées et intéressantes ! Rendez-vous demain !