Il y a quelques mois, j’écrivais avec enthousiasme avoir acquis la version poche de La Vérité sur l’affaire Harry Québert, roman à succès de Joël Dicker, lauréat de plusieurs prix littéraires en 2012, tels que le Goncourt des lycéens, et le Grand Prix de l’Académie Française, rien que ça. Cependant, le livre m’a laissée, à mon grand regret, de marbre. Pire : impossible de le terminer.

Un écrivain new-yorkais victime de la page blanche, qui retourne voir son mentor dans un petit village tout mignon où il a fait son éducation. Une histoire d’amitié et d’admiration entre deux hommes liés par l’amour des livres et de la création. Un drame découvert et une enquête qui commence, mêlant divers personnages tous plus louches et plus blessés par la vie les uns que les autres. Une histoire d’amour impossible. Clairement un must-read pour moi. Qui s’est révélé d’une longueur et d’un désintérêt regrettable.

Soyons clairs, loin de moi l’idée d’accabler ce livre, qui n’a de toute manière pas besoin de moi pour figurer ou non dans les meilleures ventes depuis des mois. Pour moi, l’auteur est passé à côté de son intention de départ, que je trouvais géniale. Il se perd dans cette non-enquête qui ne soulève jamais rien de bien nouveau. Le lecteur tient toutes les cartes dès le départ, l’auteur n’en apporte guère d’autres. Bien sûr, Harry Québert n’est pas le meurtrier. Bien sûr, le héros finira par écrire THE bouquin à propos de cette affaire. L’auteur soit disant génial a le charisme d’un Marc Lévy et les passages que l’on découvre de son futur livre laissent perplexes. A part minauder auprès de son ancien professeur et espérer que la vérité sur l’affaire lui tombe toute cuite dans le bec, que fait-il ? De plus, l’hypothèse selon laquelle un écrivain mettrait son nez dans une affaire abandonnée par la police et aiderait à la résoudre, fait doucement rire. Joël Dicker ne fait pas suffisamment preuve de second degré pour que l’on admette ce postulat. Il nous l’impose comme quelque chose d’évident ; cela agace. Les flics du village ont certes l’air ralentis, mais Joël Dicker ne s’est clairement pas renseigné sur le déroulement d’une enquête policière. C’est lent, ça n’avance pas… On revient toujours sur les mêmes personnages. On suppose bien qu’aucun de ceux soupçonnés au début n’a tué Nola, mais pfffff on perd patience et personnellement, je n’ai pas eu le courage d’attendre d’apprendre qui était le coupable. Je lirai sans doute les dernières pages, juste histoire de savoir.

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Quant à l’histoire d’amour, elle tient une place trop importante qui la rend absolument insupportable. Cette Nola, la jeune fille de quinze folle amoureuse d’Harry Québert, que l’on retrouve enterrée dans son jardin, est d’une incrédibilité à toute épreuve. A aucun moment on ne gobe qu’une fille pareille puisse exister. Ayant vécu tous les malheurs du monde (battue par sa mère, constamment pleine de bleus, pauvre Cosette au restaurant du village…), Nola n’est pas celle que l’on pense. Elle est si courageuse, si forte, oui, mais surtout si nunuche ! Les passages épistolaires entre elle et Harry Québert sont pathétiques et ennuyeux. Moi qui ne déteste pas les histoires à l’eau de rose, là c’est trop. Cette histoire d’amour n’est pas impossible de fait : elle est impossible à croire ! Les mièvreries des deux personnages sont repoussantes. L’histoire, qui pourrait être belle, d’un homme accusé d’avoir tué le grand amour de sa vie, retombe comme un soufflet. Le mystère de leur amour et les doutes quant à son dénouement perdent rapidement en intérêt.

Je ne regrette pas ce que je disais dans mon article au sujet de la sortie poche du livre. L’atmosphère d’Aurora est joliment rendu. Soyons clairs encore une fois : Joël Dicker pose les bases d’un très très bon roman. Je suis restée enthousiaste pendant quelques chapitres, même si les petites phrases d’introduction, extraits de discussions entre Harry Québert et Marcus me laissaient plus que perplexe… Des idées et formulations vues et revues. Le professeur si doué et si écrivain dans l’âme, qui pose des questions toutes plus basiques les unes que les autres à son élève, qui fait preuve d’une débilité notoire.

« – Marcus, savez-vous quel est le moyen de mesurer combien vous aimez quelqu’un?
– Non
– C’est de le perdre »

Waou, merci Harry !

J’avais cela dit déjà flairé le ton très naïf de l’auteur, qui m’a beaucoup surprise, ainsi que la somme de clichés assénés dès le début du roman. Les personnages sont d’un schématique atterrant. Cela leur fait perdre en crédibilité. Impossible de s’attacher ou même s’identifier à eux : ils ne sont que des idées de personnages avec des traits de caractère fixes sans aucune subtilité : l’écrivain solitaire, la jeune fille éplorée, la mère en colère…

« Au point de vue du suspense, c’est très réussi. Dommage que les relations entre le vieil écrivain et le romancier soient tellement tartes. » (Paris Match)

De la lecture de La Vérité sur l’affaire Harry Québert, je me faisais une sincère joie. Comme je l’ai dit, tous les ingrédient sont pour moi rassemblés. Au-delà du style naïf de l’auteur, un ton étrange et surfait, qui fait penser à la traduction d’un roman américain. Mais non, Dicker est francophone, et a écrit en français. J’ai dû vérifier plusieurs fois pour en être sûre. Ce ton absolument impersonnel ne trouve son identité finalement que dans les lettres éplorées d’Harry et de Nola. On perçoit une sensibilité, qui ne trouve pas son expression dans le roman ailleurs que dans le style épistolaire. Les clichés se suivent et ne se ressemblent pas. L’histoire d’amour est clichée, la personnalité de l’écrivain est clichée, la représentation du monde de l’édition est clichée, les policiers sont clichés… et j’en passe !

Je n’ai donc pas terminé la lecture de La Vérité sur l’affaire Harry Québert. Je suis très sévère mais j’ai pris du plaisir à la lecture de trop rares chapitres, notamment au début de l’enquête et les premières révélations d’Harry au sujet de Nola. Le roman s’installe, à la suite d’interminables chapitres sur la jeunesse de Marcus et sa rencontre « tarte » avec Harry. Marcus est décrit comme un imposteur qui ne cesse de mentir sur lui-même. Soudain, il devient un écrivain surdoué et connu de tous. Comment se passe cette transformation ? On ne sait pas… Le personnage pas sûr de lui au syndrome de l’imposteur qui parvient à se réaliser : une idée intéressante qui aurait pu être développée comme elle le mérite. Mais non.

Suite à ces chapitres, on se réjouit de voir débuter l’enquête. Les retours dans le passé sont une excellente idée : on fait la connaissance des personnages des années auparavant et on assemble les éléments qui vont nous aider à rassembler le puzzle. Et puis c’est la catastrophe : le roman devient interminable, on soupçonne le même personnage pendant des plombes, Nola prend davantage de place, et au secours ! Je n’en puis plus. J’arrête ! Si quelqu’un connaît la fin, je suis preneuse…