Il existe deux types de remakes : les bons et les mauvais. En règle générale, la plupart des personnes n’aiment pas les remakes avant de les voir ; ce serait de la paresse de la part des chaînes ou des studios, histoire de se faire facilement de l’argent. J’avoue que quand j’ai appris qu’un remake de Fargo était dans les tuyaux, j’ai eu cette réaction. J’adore le film de base, et pour moi, ça me semblait impossible et vain d’en faire une nouvelle version. Sauf que je me trompais lourdement.

Pour plusieurs raisons basiques déjà. Tout d’abord, le projet est piloté par Warren Littlefield, un ancien dirigeant de NBC qui s’est assuré le soutien des frères Coen, producteurs ici, pour soumettre l’idée de faire de Fargo une série à FX – un pilote avait été tourné peu après la sortie du film mais n’avait pas pu voir le jour à l’époque. Ensuite, le casting peu à peu annoncé fin 2013 était très solide : Billy Bob Thornton, Martin Freeman, Keith Carradine, Bob Odernkirk, Kate Walsh, Oliver Platt et j’en passe ; des acteurs tous renommés, que ce soit sur grand (Billy Bob Thornton) ou petit écran (Martin Freeman pour ne citer que lui). Enfin, si je ne connaissais pas trop le travail de Noah Hawley (je savais juste qu’il avait bossé sur Bones), voir cette série diffusée sur FX aurait dû m’enthousiasmer ; c’est peut-être la seule chaîne à pouvoir regarder droit dans les yeux HBO, avec Archer, Justified, Louie, feu The Shield, et d’autres.

J’ai lancé le pilote sans trop savoir à quoi m’attendre. Toujours avec cette arrière-pensée débile que ce serait forcément moyen au mieux et navrant au pire. Sauf que Fargo la série a d’indéniables qualités qui sont en place dès son premier épisode : une écriture de qualité, jonglant en permanence entre l’humour et le drame ; un rythme, certes assez lent, mais qui permet à la série de bien mettre en place ses personnages et de les faire évoluer logiquement de situations en situations ; des acteurs au top ; et enfin, une réalisation aux petits oignons, qui peut parfois être un poil trop esthétisante pour rien, mais qui est diablement efficace.

Mais la principale qualité de Fargo la série est de ne pas coller stricto sensu au film. En effet, passé le pilote qui est assez proche de l’oeuvre d’origine, la série trace sa propre route, même si ça n’empêche pas Hawley d’inclure des références au film des frères Coen. On retrouve ainsi le ton absurde et décalé de ces derniers, la noirceur et la lâcheté de l’être humain (William H. Macy dans le film, Martin Freeman ici) et l’importance des conséquences de nos actes. Fargo est une série sur la fatalité et la destinée, allant au bout des actes de ses protagonistes, telle une pelote de laine que l’on déroulerait jusqu’à la fin. Si certaines scènes sont trop longues et assez inutiles – voire loupées, comme la fusillade de l’épisode 6 -Fargo a toujours le mérite d’être clair et fluide dans sa narration, sans jamais chercher à embrouiller le spectateur tout en ne le prenant pas pour un idiot. Elle enchaîne même les séquences jouissives, comme les scènes décalées de Lorne Malvo (joué par Thornton) ou encore quand le duo de tueurs à gage (Mr. Numbers et Mr Wrench, très bien joués respectivement par Adam Goldberg et Russel Harvard) sèment la terreur en ville.

fargo

©FX

L’autre grande qualité de la série est le jeu de ses acteurs, tous plus remarquables les uns que les autres. Allison Tolman en flic teigneuse, choquée par la perte de son mentor et qui se forme petit à petit, est magistrale dans son jeu, parlé ou non. Billy Bob Thornton hérite d’un rôle qui lui va comme un gant, celui du psychopathe classieux, vrai personnage « coennien » par excellence, prompt à lâcher des punchlines philosophiques ou à emmerder son monde pour s’amuser avant de tuer de sang-froid une dizaine de personnes ; amenant le chaos dans une ville tranquille, c’est lui qui porte la série sur les 5 premiers épisodes, de par son charisme et ses lignes de dialogues. Ensuite, le relais est pris par Martin Freeman. Alors, je dois être honnête avec vous : Freeman ne m’a jamais vraiment impressionné. Dans The Office, je le trouve hilarant, mais depuis, je trouve son jeu toujours identique ; non pas qu’il joue mal, au contraire, mais il ne jouait pas assez bien à mon sens pour porter une série ou un film sur ses épaules. Dans Fargo, et notamment à la fin, j’ai redécouvert Martin Freeman : le voilà capable de donner corps à un mec qui se métamorphose, se vengeant de son passé et se découvrant une ambition sans borne et une violence jusque-là refoulée ; et il le fait excellemment bien, prêt à tout pour survivre, notamment dans les trois derniers épisodes. Pour les rôles principaux, il n’y a que Colin Hanks que j’ai trouvé bon sans plus – mais son rôle n’est pas vraiment celui d’un homme d’action à sa décharge. Au niveau des rôles secondaires, la distribution est solide, comme plus tôt dans l’année dans True Detective : citons juste un Bob Odenkirk parfait en boulet, une Kate Walsh délicieuse en veuve cinglée et nymphomane ou encore un Oliver Platt parfait en magnat de la ville mystique qui pète un plomb.

Malgré une fin trop rushée et qui tombe à plat, Fargo se pose en candidat crédible pour le titre de meilleure série de l’année, et même devant True Detective pour votre serviteur. Hawley a réussi un tour de force assez bluffant et m’a réellement impressionné en maîtrisant presque totalement la série de bout en bout. Fargo le film peut reposer en paix : la série lui rend le plus beau des hommages.