Ce mercredi 28 Mai sort en salle Maléfique, de Robert Stromberg, qui offre une réécriture des événements de la Belle au Bois Dormant. Derrière un film de facture correcte et une histoire qui semble convenue se cache pourtant un propos plus profond que cela.

 

Dans La Belle au Bois Dormant, Maléfique avait cela de terriblement maléfique que le seul motif connu de son courroux était qu’elle n’avait pas été invitée au baptême d’Aurore. Le concepteur du personnage de Maléfique dans le dessin animé l’avait d’ailleurs imaginée comme « un vampire géant ». Ainsi, la Maléfique que nous connaissons est une sorcière qui fait le mal sans réel motif – hyperbole, peut-être, de l’image de la femme hystérique, folle à lier, dès qu’elle hausse la voix parce qu’elle se sent lésée.
Robert Stromberg prend le contrepied du dessin animé en se penchant sur l’histoire de Maléfique. Le point le plus surprenant dès le départ est qu’on apprend que c’est le nom d’origine du personnage, malgré sa connotation péjorative. Ainsi, il n’est plus question de fée qui se serait tournée consciemment vers le mal. Le nom de Maléfique perd donc son sens, en quelque sorte : la fée qui nous est présentée est redoutable car elle est la plus puissante des fées, mais elle est profondément bonne. Ce n’est qu’à cause de la cupidité et de la traîtrise humaine que Maléfique deviendra justement maléfique.

Elle Fanning

Elle Fanning

Cette progression vers le mal est montrée par des éléments visuels : un paysage qui s’assombrit, des épines immenses et menaçantes qui poussent …  Ainsi, c’est réellement son esthétique qui fait le point fort du film. On trouve un bestiaire très intéressant, qu’on aimerait peut-être voir plus en détail. Le physique des acteurs est lui recherché : la jeune actrice, au charme incroyable, qui joue Maléfique jeune – alors que le récit ressemble à un joli conte – laisse place à Angelina Jolie et ses pommettes saillantes, ce qui permet de laisser entrevoir la puissance que la voix off a mentionné un peu plus tôt. Maléfique est en outre accompagnée de deux ailes qui tiennent plus de l’aile de griffon que de l’aile de fée, et dont les mouvements traduisent l’état d’esprit du personnage, emmené brillamment par Angelina Jolie.
Même si le film est court, on pourra être soulagé de savoir que les bandes annonces n’en ont finalement pas trop révélé. Le scénario est certes parfois convenu, et il est très possible que beaucoup ait été coupé au montage (il avait été annoncé que le film durerait aux alentours de deux heures, et certains annoncés au casting, comme Peter Capaldi, sont introuvables – ou alors si peu présents qu’on les remarque à peine). Il y a des maladresses de réalisation, également, et la 3D n’est encore pas absolument nécessaire. Mais Maléfique assume son parti-pris esthétique jusqu’au bout. Il y a une cohérence dans l’oeuvre qui fait que jamais on ne pense que ça va trop loin. Il y a un cahier des charges, et il semble avoir été respecté.
Là où Maléfique sort des sentiers battus, c’est dans son traitement des personnages. Le film s’inscrit à la suite de séries comme Once Upon a Time : il délaisse le prince charmant, pour se centrer sur les femmes. Ce n’est pas l’histoire de l’histoire d’amour entre un homme et une femme. Il se penche sur l’idée que l’amour est multiforme. En outre, il montre les femmes – qu’elles soient fées ou humaines – comme symbole de pureté. Maléfique est tellement pure que la traîtrise de l’homme la détruit intérieurement, la pousse vers le mal. Elle devient la personnification d’un mal dont elle est en réalité la victime : si sa magie est verte pour symboliser la jalousie, elle est plus un reflet du monde autour d’elle qu’une jalousie innée, encrée en elle.

 

riley et jolie

Sam Riley et Angelina Jolie

Maléfique suit l’histoire d’une femme et d’une jeune fille. Le seul personnage masculin qui peut trouver grâce aux yeux du spectateur est Diaval, le corbeau (joué par Sam Riley). Mais ce n’est plus le personnage féminin qui est prêt à suivre le héros au bout du monde, mais le personnage masculin, qui sera loyal à l’héroïne jusqu’au bout. Encore une fois, Maléfique se joue là des codes : c’est un corbeau, et donc un animal de mauvais augure, qui se révèlera être le plus loyal, et le plus droit dans son attitude – Prince Philippe n’a en soi rien à se reprocher mais il est montré avec une niaiserie qui tend explicitement vers la caricature.
Le film va même plus loin que cela : on peut y voir la métaphore de la survie de la femme après un viol – qui serait la scène où Maléfique perd ses ailes. L’oeuvre de Robert Stromberg devient donc le récit de la reconstruction d’une victime du viol. En cela, le message est extrêmement positif et féministe : on peut se reconstruire après une épreuve pareille, et non, le pardon n’est pas une option pour l’agresseur. C’est une métaphore filée qui ne plombe pas le film mais qui fait sens quand on repense le film avec cette idée en tête. Ce message est encore plus marquant au vu des massacres de femmes récents, perpétrés parce que des hommes pensaient qu’elles n’étaient pas dans leur bon droit de se refuser à eux.

 

Ainsi, Maléfique est une œuvre correcte, qui me restera à l’esprit parce qu’elle délivre un message fort, dans la lignée des dessins-animés de Disney, qui s’attachent à faire passer des messages de tolérance. Ici, on a un film plus sombre, porteur d’un propos plus sombre. Mais c’est avant tout un film sur la force de la femme.