Doucement mais sûrement, à l’image de son contenu, True Detective a créé l’événement. De plus en plus discutée, débattue, la série a même fait creuser les méninges des spectateurs à force de jouer sur une ambiance de mystère et de spiritualité pesante.

Il n’était pas rare de voir les théories sur True Detective aperçues sur le web. La série a réussi à captiver beaucoup de monde pendant ces 10 épisodes. Matthew McConaughey et Woody Harrelson ont incarné à merveille les inspecteurs Cohle et Hart.

Commençant en 1995 pour se poursuivre en 2002 puis 2012, True Detective est l’histoire d’une enquête qui prend des proportions importantes dans la vie des deux flics Hart et Cohle. Si le premier est un père de famille heureux avec son épouse et accompli avec son amante, Cohle est lunaire, dans son monde, mais très brillant.

À la vision du premier épisode, on s’attend à ce que la série soit incompréhensible, lente, longue, character-driven, surjouée par des acteurs en quête de performance. Finalement après quelques épisodes, on se rend vite compte que True Detective est une chronique affreusement bien fichue de deux hommes qui se laissent bouffer par une enquête non résolue. Pris à la gorge par le charisme des deux acteurs, étouffé par le décor de la Louisiane, terre meurtrie, intrigué par l’affaire, le spectateur se retrouve au milieu d’un univers qu’il ne peut lâcher. La structure narrative de la série joue aussi beaucoup. Les entretiens en face à face des deux flics par deux enquêteurs en 2012 qui reviennent sur les événements de 1995 semblent dispensables, mais ils soulignent que le gap entre 1995 et 2012 n’est pas anodin. Cohle n’est plus du tout le même et Hart semble résigné. Au fil des épisodes, on comprend vite que les deux hommes jouent leur carrière, leur vie et leur relation.

La vie privée des deux personnages prenait souvent le pas sur l’enquête qui n’avançait guère durant l’épisode. A peine un indice ou une scène de fin remettait le spectateur dans l’affaire mais il était vite pris dans les affaires de cœur et de cul de Hart et les affaires psychologiques de Cohle. On ne peut même pas juger s’ils sont bons tellement on les voit ramer. La série préférait et réussissait à devenir une étude de personnages terrifiante.
True Detective accélère son rythme et sa narration en milieu de saison, quand les deux personnages passent un cap en se retrouvant en 2002. Les indices laissés par-ci par-là ont donné du fil à retordre au public qui s’est senti grandement impliqué. Dommage que l’enquête, pourtant intéressante, n’a pas plus de poids vers la seconde moitié de la saison. Si l’histoire ne se passait pas sur 17 ans, on ne trouverait pas l’enquête vraiment contraignante et lourde. Encore pire, on ne comprend finalement pas vraiment le pourquoi du comment de ce serial-killer. Le poids grandissant de Cohle / McConaughey dans la machine True Detective fait pencher la balance. Le personnage est d’une profondeur abyssale mais on reste sur notre faim concernant son étude psychologique. On le voit presque davantage via les yeux de Hart qu’autre chose.
Dans ces derniers épisodes, True Detective tire déjà un lourd passif et parvient à devenir flamboyant dans son traitement. D’ailleurs, la mise en scène se permet un plan-séquence de 6 minutes immersif.
Ecorchés, les personnages se révèlent encore et toujours malgré des personnages féminins laissés-pour-compte. Le constat est clair, même si la femme de Hart, jouée par le splendide Michelle Monaghan, a un rôle pivot, les rôles féminins sont douloureusement des faire-valoirs. Du second épisode où Alexandra Dadario nous montre tous ses « talents » jusqu’à l’ultime épisode avec la redneck, aucune femme ne sort vraiment grandit de toute l’aventure.

Il est fort regrettable que la série rate un peu sa sortie puisque noyée dans un marasme indigent. True Dectective devient alors un buddy-movie qui flirte avec le mainstream. On est loin de Los Angeles Heat, je vous rassure, mais l’équipe créatrice n’a pas réussi à conclure efficacement ces personnages. L’enquête suit son cours et prend une tournure nullement surprenante. Mais quand, dans les dernières minutes, on se plait à une conclusion quasi épico-mythologique et romanesque, on retombe un peu dans du banal. La série ne s’essouffle pas mais elle trouve vraisemblablement plus de matière dans ses personnages que dans son enquête.

true detective

Alright, alright, alright
©HBO

True Detective reste une œuvre remarquable et passionnante. McConaughey a bien choisi ses projets en trois ans de temps. Il peut commencer une nouvelle grande carrière désormais ; Merci à lui d’avoir apporté tant à ce personnage. La série sort en blu-ray et DVD le 11 juin (30 euros, les deux formats, pas mal !)
La saison 2 sera une toute autre histoire avec d’autres acteurs.