Une horloge qui affiche 7h60, un pneu qui tue des gens, un palmier qui devient un sapin, c’est ça l’univers de Quentin Dupieux. Avec la sortie de Wrong Cops, retour sur la filmographie du monsieur.

Quentin Dupieux est l’homme qui se cache derrière Mr Oizo, auteur du tube planétaire Flat Beat en 1999. 2001, il réalise un premier non-film intitulé Non Film. 6 plus tard, Steak le fait connaitre.
Le film met en scène Eric et Ramzy et raconte comment, en 2016, on peut changer de visage pour ressembler aux caïds. Ce n’est pas vraiment le sujet qui importe mais la manière de raconter l’histoire. Depuis Non-Film en 2001, Dupieux est le roi du non-sens. Mais si Steak parait étrange et incompréhensible, Rubber l’est beaucoup plus. Dès les premières minutes, le flic nous dit face caméra que nous allons voir un film étrange. En fait, on découvre qu’il parle à des spectateurs réunis dans un désert pour suivre avec des jumelles la vie d’un pneu serial-killer. Clairement méta, film dans le film, Rubber parle de cinéma sans donner une once d’aspect critique. Rubber se moque des codes, mais n’est pas parodique. Dupieux a cette force de détourner les schémas classiques du cinéma sans y apporter la moindre cohérence. Il y injecte de l’absurde, beaucoup d’absurde plus ou moins réussi et drôle. Rubber reste plat dans son message mais abouti dans son concept. Weird.

Il ne faut pas chercher plus loin quand on regarde un film signé Dupieux. Rubber raconte une histoire oui, mais ne va pas plus loin que son concept d’absurdité. Steak, film plus grand public, n’a pas l’épaisseur d’une vraie comédie. C’est bourré d’idées, mais la narration pêche par excès de confiance. Wrong raconte l’histoire d’un mec qui perd son chien. Pourquoi aller plus loin que ça ? À l’image de ses interventions, Dupieux semble se suffire à lui-même. Dotés de mise en scène plutôt travaillée à l’image plutôt jolie, les films de Dupieux racontent une histoire en une heure trente sans véritable narration extraordinaire. On est proche d’une linéarité de l’action ponctuée d’appendices narratifs accessoires.
Steak, Wrong ou Rubber a un pitch central et les personnages naviguent à l’aveugle autour de lui. Rien n’a vraiment d’incidence sur le reste. Le pitch est simpliste, la narration aussi alors les personnages semblent vivre dans un monde compliqué où la raison et la logique sont autres. Rubber part d’un postulat fantastique qui reste encore à ce jour l’un des plus intéressants de l’univers Dupieux.

Steak parvenait à offrir un univers où les codes rappelaient les comédies absurdes et proposait des gimmicks plutôt sympathiques. Rubbver et Wrong jouent la carte de la sobriété absolue. Calme, lent, les films nous embarquent doucement vers le non-sens. On reste devant les films de Dupieux par curiosité et non par intérêt. On reste, on se dit qu’il y a bien une finalité, quelque chose derrière. Non, les films de Dupieux n’ont pas de finalité, de message.
Wrong Cops sort mercredi 19 mars et la bande-annonce montre un film sûrement plus abouti, plus grand public. Mais voir Eric Judor avec un bandeau à l’œil, Marilyn Manson en ado attardé et le flic de Wrong est synonyme de joyeuse foutrerie quand même.

Que retenir de Dupieux ? Que dire pour donner envie de découvrir les films de Mr Oizo ? Wrong Cops semble avoir bonne presse et une couverture médiatique plutôt inédite alors pourquoi pas se laisser tenter par une Dupieuserie ? Auteur de génie, non-auteur ridicule ? Dupieux reste inclassable.