Dimanche soir à 20h40, National Geographic Channel proposera la nouvelle version de la série « Cosmos », démarrée par Carl Sagan dans les années 1980. Aux commandes de cette réexploration, l’astrophysicien Neil DeGrasse Tyson, et un producteur inattendu : Seth MacFarlane. Oui, le même que « Family Guy » et « American Dad ». SmallThings a vu le premier épisode.

La vulgarisation scientifique est un domaine tout sauf aisé. Céder aux sirènes du grand spectacle, et la communauté scientifique reprochera le côté attraction où finalement on n’apprend/assimile rien ; à l’inverse, un commentaire trop austère va laisser froid les gens qui sont averses à la discipline présentée. Tout est question d’angle, et c’est ce qui rend « Cosmos : une Odyssée Personnelle » aussi séminal : en mariant ambition narrative, concept de science-fiction (le Vaisseau de l’Imagination, ici modernisé par un des designers de « Star Trek : Into Darkness »), Carl Sagan et sa productrice Ann Druyan (déjà à l’oeuvre sur le programme original) se sont assurés l’adhésion de la communauté scientifique comme du grand public, en tentant de susciter des vocations de par le monde. La remastérisation des épisodes et leurs réactualisations en tenant compte des dernières découvertes s’est assurée une longévité de franchise qui était assez forte pour justifier un reboot.

Neil DeGrasse Tyson reprend le flambeau. (Crédit : 20th Century Fox)

Neil DeGrasse Tyson reprend le flambeau. (Crédit : 20th Century Fox)

Il serait assez curieux de considérer le contenu du premier épisode de « Cosmos » comme dogmatique, alors même que l’introduction de l’hôte précise ne jamais rien tenir pour acquis, et donne un très bon aperçu de ce que l’on peut considérer comme de bons principes pour tout scientifique. Nul doute que ce qui a été expliqué pour ces 13 épisodes sera sans doute réactualisé assez vite, avec les progrès et découvertes de plusieurs équipes. Mais le débarquement de Seth MacFarlane sur le programme ne tente absolument pas de trivialiser la série, ou de la rendre plus légère aux entournures. Au contraire, son cachet a décuplé le budget, au point d’être le programme le plus cher jamais produit par National Geographic Channel. Et on voit l’argent à l’écran : avec l’évolution des environnements virtuels, DeGrasse Tyson nous fait découvrir notre signature cosmique dans un premier acte à grand spectacle qui n’a rien à envier aux meilleurs « space operas ». C’est d’ailleurs un habitué des séries de science-fiction, Brannon Braga (« Enterprise », « Flashforward ») qui réalise ce premier épisode: vu la médiocrité de ses précédentes productions, on peut affirmer sans trop s’avancer qu’il s’agira de sa meilleure contribution à un programme jusqu’ici.

Parmi les bonnes fées qui se sont penchées sur le programme, rien de moins que l’illustre Bill Pope (« Matrix », « Scott Pilgrim ») qui apporte texture et profondeur aux séquences spatiales, et le compositeur Alan Silvestri, dont la musique apporte des frissons garantis. « Cosmos » 2.0 met les cinéphiles de son côté et voit les choses en très grand visuellement…. mais affiche son ambition côté narration.

Car, pour appuyer un siècle de découvertes scientifiques, il faut aussi construire une narration humaniste. Ainsi, l’idée de réduire l’histoire de l’univers à l’échelle d’une année de calendrier humain est peut-être capillotractée sur le papier, mais fait mouche dans son exécution. Toute une partie de l’épisode est consacrée à un des premiers à croire en un univers infini, l’Italien Giovanni Bruno, figure qui est moins connue du grand public que les Copernic et Galilée. Mais « Cosmos » lui rend un hommage particulier en le présentant comme victime de l’obscurantisme religieux de l’époque de manière animée. Bruno devient un précurseur, un grand rêveur, et… une sorte d’évangéliste de la Science. En assumant pleinement ce rôle et en ajoutant de l’émerveillement palpable, « Cosmos » fait preuve d’une haute tenue narrative qui laisse le téléspectateur sur le carreau.

cosmos

Plus que l’intelligence avec laquelle sont présentés et découpés les grandes notions de ce premier épisode, « Cosmos » n’est ni un film du CRDP, ni un grand Barnum hollywoodien faisant un « Big Bang » de tout. Il réussit à toucher le spectateur, déjà conquis avant même que DeGrasse Tyson explique sa filiation avec Sagan, père spirituel de sa discipline et sa carrière, en utilisant les mêmes codes narratifs que ceux pour la transmission des grands mythes. Sauf que le « Cosmos » présenté est loin d’en être un : en donnant un aspect mythologique à sa réalité, les producteurs rendent de la majesté aux programmes de découverte. Et ça, c’est la vraie bonne nouvelle de ce reboot. Oubliez « Game Of Thrones » : l’évènement de la mi-saison, c’est bien cela.