On vous le dit tout de suite : Camille Chamoux sera notre petite « découverte » du mois de mars. Déjà parce qu’on vient de voir ce one-woman show très réussi, qui est son deuxième (après Camille attaque), mais aussi parce qu’on vous présentera bientôt le film Les Gazelles dans lequel elle tient le rôle principal (sortie le 26 mars).

Camille-Chamoux-Nee-sous-GiscardCamille n’est « pas très à l’aise dans son espace temps ». Et pour cause : elle est née sous Giscard. Elle est de la génération X, celle de la grande désillusion, et de la nostalgie. Nostalgie omniprésente, presque aveuglante, qui empêche d’aller de l’avant parfois.

Camille Chamoux nous livre un spectacle hilarant. Les sujets abordés sont très bien décryptés. Avec l’illustration par la chanson de Renaud, on se souvient qu’en effet on regrette toujours un peu la génération d’avant. Mais c’est bel et bien l’être humain qui est comme ça, non ? Après sa très juste définition de l’adulte (« enfant qui a capitulé »), on se retrouve tout à fait dans ses bottes. La qualité de ce spectacle réside surtout dans ses nombreuses références : on se reconnaît vraiment bien en elle, et on reconnaît nos potes aussi, quand elle parle des siens. Les trentenaires fous de brocante, dont l’appartement dans le 11ème ressemble à celui de leurs grands-mères chez laquelle pourtant ils se faisaient royalement chier enfants. La jeune maman trentenaire qui admire le caca mou de son bébé et qui est très « fatiguée » (comprendre dépressive). La trentenaire qui trouve beaucoup son compte dans les analyse psychanalytiques des « piliers de comptoir qu’elle rencontre, que chez son psy à 80 balles la séance… J’en passe et des meilleures. Née sous Giscard contient juste assez de références pour que cette fameuse génération s’y reconnaisse, mais pas trop non plus. Le spectacle ne perd donc absolument pas en légèreté.

Tandis que la génération X se reconnaît très bien, la génération Y n’est pas larguée, loin de là. Elle y verra ses propres amis, tous ou presque prenant les traits de Camille Chamoux le temps d’une soirée. Elle comprendra qu’elle n’a beau pas s’appeler « X », elle est nostalgique elle aussi, et elle aussi trouve que tout fout un peu l’camp.

Un vrai jeu d’acteur : Camille Chamoux ne s’économise pas et nous joue pleins de personnages colorés. Une vraie réflexion dans l’écriture : on sent qu’elle a bien mis en perspective tous les doutes et traits de caractère de cette génération qui se pense moins chanceuse et trouve le monde injuste, comme un enfant gâté… Née sous Giscard ne se contente pas la réflexion sur la génération en tant que telle : c’est aussi un spectacle sur le passage à l’âge adulte de façon générale, qui se passe finalement toujours un peu pareil. Ainsi, Camille gamine ressemble beaucoup à sa petite cousine Hortense, et son amie Florence qui vient d’avoir un bébé, ressemble étrangement à la propre mère de Camille.

Et pour ne rien gâcher : un vrai jeu avec le public. Quand on arrive, Camille Chamoux est déjà là : elle arpente la scène, un mug de thé à la main. Elle met de la musique, elle nous accueille. Excellent ! Inédit pour moi, et j’ai trouvé ça très malin pour nouer le contact. Le Théâtre du Petit Saint-Martin s’y prête parfaitement bien : on se sent totalement intégré au spectacle, on s’identifie à elle, on a très envie de lui répondre quand elle nous parle ! Un vrai moment de plaisir. Je ne vois aucune raison de s’en priver !

Camille Chamoux, Née sous Giscard, au Théâtre du Petit Saint-Martin, du mardi au vendredi à 21h, samedi 16h et 21h. Relâche les 25 et 27 février et les 6, 13 et 18 mars.