Quand Christophe Gans se décide à adapter La Belle et la Bête, on s’attend à quelque chose d’impressionnant. Mission presque réussie.

belle et la bête

©Pathé

Ils sont peu à mettre l’argent sur la table pour proposer autre chose que de la comédie à stars ou du drame social. Besson, Jeunet ou Gans sont les trois qui osent faire différent. Critiques acerbes, succès absents, les trois ont tout eu dans leur carrière, mais au moins ils ont le mérite de faire des films différents. Gans est le dernier à proposer son œuvre avec La Belle et la Bête, gigantesque production de 35 millions deuros.

35 millions, c’est le budget de Supercondriaque avec Boon et Merad, autant vous dire que l’argent n’est pas le problème dans le cinéma, ce serait plutôt l’idée et l’envie. Christopher Gans a l’envie et les idées ! Ça transpire quand on lui parle. Elevé aux films fantastiques et ex-rédacteur dans des revues spécialisées, Gans a proposé Crying Freeman, Le Pacte des loups ou encore Silent Hill. Chaque film était bourré de références, d’hommages ou de clins d’œil, la Belle et la bête n’échappe à ça. Déjà, le film de Jean Cocteau a presque 70 ans, mais Gans sait qu’il s’attaque à un film intouchable. Débarassé du projet maudit Fantômas et désireux de revenir à un conte célèbre, Gans s’attèle à La Belle au bois dormant, mais devant le manque cruel d’ambitions scénaristique (la Belle dort….) il se tourne avec son producteur sur La Belle et la Bête et la version plus fournie écrite par Madame de Villeneuve.Un Cassel et une Seydoux plus tard et voici que La Belle et la Bête, tourné en 57 jours, débarque sur nos écrans.

Oui, le film est d’une beauté déconcertante… pour un film français. Gans s’est donné les moyens en éclatant la post-production à travers plusieurs compagnies d’effets spéciaux spécialisées dans un genre (l’animation d’animaux, le décor, l’eau etc…). Le résultat est bluffant. Les décors sont des tableaux vivants, on ne devinera pas que le film a été tourné en studio principalement. Chaque paysage regorge de détails et ne sonne pas faux. La réalisation est d’une fluidité exemplaire et le travail graphique et esthétique est une réussite. La Bête n’est pas d’une originalité folle, ni impressionnante, ni fade, elle est presque moins importante que tout le reste. Certains choix sont quand même douteux comme le fameux manteau que porte la Bête dans la scène de la poursuite sur la glace.

belle et la bête

©Pathé

Ce qui est navrant cependant, ce sont les acteurs servis par des dialogues insipides proches d’une improvisation ratée. La scène parle d’elle-même, on ressent le suspens, la tension, le pourquoi du comment, mais le dialogue vient souligner, appuyer et rendre le tout raté. Ajoutés à cela des acteurs trop mécaniques, théâtraux, à la limite du hors-jeu et vous comprendrez que le syndrome « cinéma français » est encore là. On ne récite pas une ligne de dialogue comme au théâtre, même si on est dans un film d’époque. On le ressentait dans le pacte des Loups, on le ressent encore ici. Léa Seydoux est mauvaise, Vincent Cassel également et on ne parle pas d’André Dussollier qui fait le minimum syndical. On se dirait presque qu’Audrey Lamy est la plus convaincante malgré un rôle agaçant à son image.

Le scénario est prétexte à souligner la pauvreté de l’histoire, on ne ressent ni poésie, ni dramaturgie. Gans arrive néanmoins à ne pas surutiliser les Tadums, personnages rigolos qui auraient pu annihiler le ton du film et à rendre sa Bête assez mystérieuse.

Nourri par des références évidentes aux films d’héroïc fantasy des années 60, à la version de Cocteau, au cinéma de Terence Fisher, le film La Belle et la Bête est riche mais n’atteint pas la qualité attendue. Il ne se passe quasiment rien de palpitant et la narration éclatée en trois pôles se raccroche trop au conte pour perdre cet aspect un peu désuet et contraignant.

Le film gagne en dimension avec un final époustouflant techniquement. On a rarement vu ça dans un film français. On atteint le niveau des productions hollywoodiennes avec un budget trois à quatre fois moins importants. Gans réussit tout de même son pari de rendre hommage à un fabuleux conte, encore faut-il être client. C’est peut-être pour ça que je n’ai pas été émerveillé.