Charlie a 16 ans, il arrive au lycée et n’a pas d’amis. Du moins pour l’instant, il tente de faire la connaissance de Patrick alias Nothing, jeune homo discret et de sa demi sœur Sam, jolie brin de fille aux abords insouciantes. S’en suit une année d’amitié, d’amours et de rencontres pour Charlie qui va peu à peu s’ouvrir aux autres.

Rien ne peut laisser penser que The Perks of Being a Wallflower  (les avantages d’être une giroflée) est un film intéressant. Ce n’est pas faux de penser que c’est une énième chronique adolescente mais y’en a t-il eu beaucoup au cinéma finalement. A part les teen movies à l’humour gras, aux filles trop jolies et aux mecs trop obsédés, aucun n’est vraiment ressorti du lot. The Breakfast Club ? Quelques Larry Clark ? Flipped ? Ghost World ? Il y avait toujours un regard différent presque marginal, ici les jeunes sont normaux… Tout du moins en apparence bien entendu. Le monde de Charlie parvient à rendre justice à cette période de la vie où tout semble si compliqué mais beau à la fois.

Le film possède un joli casting avec un Logan Lerman (Percy Jackson) plus que parfait. Sa petite bouille de jeune premier sied parfaitement au rôle de Charlie, discret, timide, renfermé quand Emma Watson incarne une bien jolie Sam, représentation de la girl next door version nineties. A leurs cotés, Ezra Miller brille en Patrick, homo désinvolte mais qui reste d’une rigueur rare. Les personnages ne sont pas extravagants, ils sont pour la plupart calmes, posés mais néanmoins vivants, ils évoluent dans un code connu de tous, entourés d’idiots comme partout mais surtout au lycée où le moindre accroc vire à la guerre nucléaire.

Le livre de Stephen Chbosky est adapté par nul autre que lui-même derrière la plume et la caméra il avait donc toutes les cartes en main pour proposer la meilleure adaptation possible. Il s’en tire plutôt bien avec des plans d’une beauté palpable comme celle du tunnel ou encore certaines fulgurances dans les scènes extérieures ou les flashbacks.

Le film parvient à accrocher dès les premières minutes malgré l’utilisation de la voix off qui semble être la marque de fabrique de tous les films sur la « vie ». Le procédé est toutefois adroitement détourné puisque Charlie s’adresse à quelqu’un (il écrit des lettres à un « cher ami »). On retrouve tous les codes de la comédie adolescente avec les premiers jours au lycée, les doutes, les bizutages, la cantine et les surnoms débiles. Si comme moi vous êtes accro à ce genre de chroniques mélancoliques, ce film est un pur délice.
Porté par une BO éclectique et datée, le film, dont l’histoire se passe début des années 90, a un charme certain qi parvient à titiller la fibre nostalgique du spectateur, et quand Charlie se retrouve dans des situations typiques du genre, on jubile : quand Sam et lui se retrouvent dans sa chambre, quand il y a un action ou vérité…

Le background du personnage est bien distillé avec des flashbacks quasiment jetés le long du métrage, on ne s’y attarde que très peu et c’est au détour d’une phrase, d’un dialogue que le passé de Charlie s’éclaire. En fin de métrage, une grande brèche s’ouvre et on comprend son secret. Tout semble prendre sens sauf qu’il est difficile de faire le lien avec les évènements racontés. Ce secret prouve t-il que Charlie aime les gens cassés par la vie ? Quid de Michael, son ami disparu, quelle est sa vraie place ? Le personnage garde une part d’ombre et le spectateur se questionne encore.

Cette partie finale apporte une nouvelle dimension au film mais semble un peu artificiel. Le personnage n’a t-il pas trop de pathos pour rester crédible ? La question se pose encore. En tout cas, Le Monde de Charlie est un beau film très honnête dans son propos et son discours.