L’Institut (HBO Max) : longue descente qualitative
Avant L’Institut, Stephen King n’a jamais été aussi présent que ces derniers mois avec Life of Chuck, The Monkey, Marche ou Crève, The Running Man. Mais c’est en série que son roman est adapté.
Histoire & Casting
L’Institut s’appuie sur le roman paru en 2019 du maître de l’horreur. Elle met en place un double fil narratif : d’un côté, un garçon surdoué, Luke Ellis (bluffant Joe Freeman), est enlevé et réveillé dans un lieu mystérieux — « l’Institut » — rempli d’enfants dotés de capacités inhabituelles. De l’autre, un ancien policier, Tim Jamieson (interprété par Ben Barnes) arrive dans une petite ville voisine, pensant fuir ses démons… jusqu’à ce que sa route croise celle de l’Institut.
Au centre de l’Institute, il y a Mme Sigsby, jouée par Mary‑Louise Parker (Weeds, entourée par deux bras droits, Hendricks (Robert Joy) et Stackhouse (Julian Richings, et sa gueule).
Ambiance : un démarrage prometteur
Le premier épisode installe effectivement un décor énigmatique et inquiétant : l’Institut, ses couloirs blancs, ses enfants aux dons, l’atmosphère de huis-clos. On ressent dès le départ que quelque chose ne tourne pas rond, que l’enjeu est majeur (kidnapping, exploitation d’enfants, pouvoirs surnaturels). On plonge dans un récit « old school » où les « gentils » et les « méchants » semblent clairement dessinés : d’un côté l’institut, ses cadres et scientifiques, de l’autre les enfants, leurs pouvoirs, la fuite. Cette dichotomie est assumée, on aime retrouver un peu de simplicité avec peu de faux semblants.
On peut aussi repérer une filiation visuelle ou thématique à des séries comme Lost (les mystères d’un lieu clos, les indices disséminés) et Severance (décor unique, règles floues) et aussi l’impression de « quelque chose se cache derrière », d’un monde plus vaste que ce qui est montré.
Ce début est efficace, car il fixe rapidement le décor scénaristique, les enjeux (évasion / affrontement), et l’on se sent embarqués…
La série s’essoufle, faute de cartouches
Mais… malheureusement, à mesure que les épisodes avancent, plusieurs faiblesses apparaissent.
La fuite de l’institut reste l’axe principal, presque unique : dès le départ, on comprend que l’objectif est de s’échapper, et l’on revient souvent à cette fuite comme moteur narratif. Or, après l’excellent démarrage, on a l’impression que la série ne se donne pas vraiment d’autres « cartouches » narratives pour élargir ou approfondir. L’enjeu reste celui-ci, et peu de nouvelles pistes apparaissent qui élargissent vraiment l’univers ou les personnages de façon surprenante.
Le rôle de Ben Barnes / Tim Jamieson, bien que prometteur (histoire parallèle, conflit intérieur), est sous-exploité : on aurait pu espérer que sa trajectoire devienne un second cœur dramatique puissant, mais elle reste trop secondaire, ou trop rapide, et l’on peine à y croire pleinement. Et malgré sa bonne bouille, il manque un peu de charisme. Même chose pour Mary-Louise Parker qui cabotine mais qui n’arrive pas à exprimer la moindre émotion. Elle perd toute crédibilité au fil des épisodes.
On avait en tête un univers peut-être plus riche, plus complexe avec notamment une avancée vers la raison de ces tests. Et quand on dévoile ce qui se cache derrière l’agissement de l’Institut… on reste sur sa faim. Une mise en bouche et rien d’autre. On pense qu’il y a bien plus au-delà des murs de ce bâtiment mais on ne nous offre rien ! Le danger est que l’on se retrouve avec une série correcte mais assez banale et qui en devient trop prévisible. On aligne les situations mal écrites, mal exploitées, les rebondissements pauvres, et aucune tension n’apparait.
En somme : la promesse était forte, le matériau aussi, mais la mise en œuvre manque de prises de risque, d’ampleur, et souffre d’un manque d’élargissement narratif. Le spectateur pourrait se dire « ok, je comprends, mais et après ? ». Et si vous cherchez une série qui vous surprendra, qui développera des personnages complexes, qui prendra des virages inattendus ou proposera une ambiance visuelle forte et originale , ce n’est pas la bonne.
Et vous savez le pire dans tout ça ? C’est la même équipe que From. Et on a le même générique trois fois trop long. Et, au final, la même série qui ne tient pas ses promesses.
Une saison 2 de The Institute est prévue.



