Enfin sur nos écrans, le film de David Ayer, Suicide Squad, nous avait été vendu comme la révolution. Le verdict est sans appel, nous sommes loin du produit survendu.

Il faut insister sur l’aspect produit. A coup de matraquage promotionnel, Suicide Squad était révolutionnaire, la solution aux films de superhéros, le Deadpool version DC, la touche de fraîcheur et de badasserie indispensable dans ce monde où les héros sont boudés car ils portent une cape et presque anoblis quand ils sont chez Disney. Jared Leto était un Joker survitaminée, Margot Robbie nous vendait une Harley Quinn rêvée et Will Smith portait sa rédemption à bout de bras en mettant le masque de Deadshot.

La grande gueule de David Ayer qui crie Fuck Marvel peut difficilement être le cri de ralliement du public de Suicide Squad. DC et Warner n’ont toujours pas misé sur le bon cheval avec ce projet. Moins casse-gueule qu’il n’y parait, Suicide Squad partait tout de même avec un handicap de taille : faire un film de supervilains. Le casting avait du charisme (oui même Jai Courtney, qu’on défend ici), le réalisateur n’était pas mauvais et la lettre d’intention était hautement jouissive.
Avec tout le ramdam publicitaire, le film paraissait gagnant d’avance. Hélas, le film n’est pas l’uppercut prévu.

Oui, le film est bien fichu, pas honteux, bien incarné mais non, le film n’est pas aussi frais que ça, loin d’être l’anarchie redneck d’Hollywood. A l’image de sa première bande-annonce, le début du film nous impose un style sur-découpé, souligné par des effets numériques qui piochent dans le jeu-vidéo. Pendant 30 minutes, les personnages sont présentés façon catalogue. La musique, le montage et la narration sont appuyés. Cette monstration, cet étalage nous mâchent tout le travail d’exposition. Il y a bien un travail de mise en contexte avec Amanda Waller qui lie le film à l’univers DC en nous plaçant après la mort de Superman dans Batman V Superman mais jamais nous ne sommes en mesure de vraiment palper que nous sommes dans le même univers que Zod, Doomsday… et Captain Boomerang. La seule fois où on sent un film de comic book comme on les a connus dans les années 90 est quand Harley et le Joker sont en proie à Batman. On sent vraiment le côté pulp ressortir.

suicide squad

Dans un style proche de son trailer, Suicide Squad déroule donc son histoire et sa mise en place. Et par un tour de passe passe narratif assez brouillon, la menace principale du film apparaît. L’Enchanteresse réveille son frère, monstre de CGI un peu ignoble. Ensemble, ils vont utiliser l’éternel vortex / rayon bleu / portail qui s’élève vers les cieux pour… bah on ne sait pas vraiment. Et pendant 1h30, ces méchants resteront sur place à s’occuper de leur rayon.
Symptomatique des films qui n’ose pas installer une vraie menace, Suicide Squad se perd alors dans son propre système. La menace installée mais assez inoffensive, l’esquade sort de prison pour aller à la rencontre de cette menace. Et ce, pendant 1h30.

Les relations entre les personnages font tout le sel du film qui ne se dote aucunement de moments de bravoure et de scènes clés. Il y a bien le Joker qui vient appuyer le récit de quelques apparitions, histoire d’apporter un peu de consistance et de dramaturgie à Harley Quinn (formidable et parfaite Margot Robbie). Mais c e personnage joué avec panache (mais aucun brio) par Jared Leto n’a véritablement aucune incidence et aucun poids sur l’histoire en elle-même. Personne ne le croise et personne ne sent qu’il existe.
Reste alors Deadshot que Will Smith a su incarner avec justesse et qui est le personnage leader. Si ce rôle aurait pu faire du bien à la carrière de l’acteur, c’était sans compter que le personnage cannibalise un peu les attentions (et c’est ce qu’on ne voulait pas). N’échappant pas à la règle de « il faut montrer la tête de l’acteur star même si son costume à un masque », Deadshot a la panoplie du héros : le trauma difficile à enlever qui viendra gâcher le climax, le leadership et la touche finale. Plaque tournante des relations, Deadshot n’est pas le moins réussi. Captain Boomerang, Katana, Killer Croc et Diablo n’ont pas grand poids dans la balance. Malgré tout, leurs intentions sont toujours à la limite de l’acceptable, la grande force de Suicide Squad est d’imposer un chaos quasi permanent. Il n’y a aucune bonne décision, le mauvais choix sera toujours le « meilleur ». Joel Kinnaman joue un Rick Flag quasi parfait, charismatique mais pas aidé par une story-line un peu bancale.

suicide squad

Il y a un vrai problème d’écriture puisque le menace, l’objectif et l’état d’urgence sont sacrifiés sur l’autel d’une ambiance anarchique qui se dilue au fil des minutes. La MTV touch de début de film est totalement absente en fin de bobine. Suicide Squad est même bien trop sage. Sang, sexe, violence sont absents. Le film devient alors un film de bandes classique avec un bad guy venu de nulle part, sans poids, qui terminera sa course dans une scène au ralenti très dispensable à la portée dramatique terriblement plate et sans originalité. Et on parlait, le trauma de Deadshot, nous revient pour ajouter une touche de drame qui fait un peu tache. Au final, Suicide Squad n’a rien de rafraîchissant, il est juste une bonne alternative au genre.

Avec tous ces arguments qui portent atteinte au film, cette critique est là pour rappeler qu’il faut prendre beaucoup de pincettes quand un film et un studio et l’immatérielle « hype » viennent transformer une attente en promesse. Et en sortant de la salle, on est déçus d’être déçus. Pourquoi Warner et DC ont-ils encore échoué dans une tentative intéressante ? Ce n’est pas un ratage mais, à l’instar de Batman V Superman, les défauts éclipsent un peu les nombreuses qualités. Suicide Squad a un casting parfait, un univers jouissif mais le cadre global semble mal défini la faute à un script assez faiblard. Les films Marvel ont un script peu original mais solide, très basique, très balisé. Quand un film DC a toujours du goût (bon ou mauvais), les Marvel version Disney sont fades. Et bordel, que DC et Warner ne se sentent pas obligés de subir la pression, qu’ils fassent un film détendu, sobre. Le matériel de base est tellement intéressant qu’il n’y a rien à ajouter pour en faire une réussite. Le public jugera, on entendra beaucoup les fanboys, la guerre Marvel / DC est encore loin d’être finie mais en trois tentatives, on comprend désormais que DC n’a plus le droit à l’erreur et on sent que le box-office de Suicide Squad sera révélateur, peut-être, de futures changements et décisions à prendre.


SPOILER

La scène d’introduction de Captain Boomerang est très rapide et met en scène son arrestation par… Flash.

Batman arrête Deadshot.

Les scènes vues dans le trailer concernant le Joker et Batman sont les seuls du film.

La scène pst-générique met en scène Bruce Wayne et Amanda Waller. Wayne ordonne Waller de lui fournir les dossiers de métahumains dont Flash et Aquaman… Classique. Sa dernière phrase sera : si vous ne vous occupez pas de votre équipe, la mienne s’en occupera.