Après avoir revisité l’arc Ultron avec un succès critique un peu moyen, Marvel Studios est de retour avec l’adaptation d’un autre grand pavé : Civil War. La promo et les comics nous promettaient une guerre cinématographique sans merci, violente et avec quelques pertes civiles si possibles, comme Ultron d’ailleurs. Deux heures et quelques après la fin du visionnage, un constat s’impose …

Ce qu’on ne pourra reprocher à Marvel Studios depuis Iron Man, c’est son manque de constance cinématographique. Utilisant un modèle aux atouts commerciaux indéniables, le studio dirigé de main de fer par Kevin Feige s’est assuré une belle rente quasi-viagère. Ainsi utilisent ils un schéma fonctionnel d’utilisation de ressorts dramatiques (les vrais, tirés des comics, mais alors tirés de très très loin quoi) pour y insuffler du fun en barre et éviter tout choc que le jeune public pourrait ressentir au visionnage. Qu’on se le dise, on le sait depuis bien longtemps, Marvel Studios n’est pas le genre de studios à prendre des risques artistiques, l’important c’est le fun du spectateur et pis c’est tant mieux si il crache le cash (et il aura bien raison de le faire). Et quand on tire le bilan des Marvel movies, peu s’en tirent avec les honneurs mais la côte de popularité du studio est limite indécente. Winter Soldier et Avengers sont dans le haut du panier, les trois Iron Man gardent la tête haute et le reste est limite passable. Le box-office fait remarquer également qu’à part Avengers et Iron man, peu de films sont des vrais succès (comparés aux films DC actuels).
Civil War ne fait pas exception dans la prise de risques. Tout commence alors qu’une menace de plus, tout droit tirée de Winter Soldier, remet les Avengers en question : ils font trop de dégâts, trop de boum boum, il faut qu’ils se calment un chouïa. Ça tombe bien, le gouvernement et pas mal de monde sur Terre sont d’accord, les dégâts à New York, Sokovie (retenez bien Sokovie hein, on vous en parle plusieurs fois dans le film C’EST PAS POUR RIEN), ont été trop importants en pertes civiles et il faut calmer le jeu. Sauver la terre entière c’est très bien mais évitez les dommages collatéraux quoi. Pas facile. En tout cas pas assez pour Captain America qui décide de pas signer le décret qui mettra les Avengers aux ordres du gouvernement. Mais c’est assez facile pour Iron Man qui accepte la mesure gouvernementale et alors CIVIL WAR. Oubliez donc le fil rouge des comics, on utilise simplement le mot Civil War pour appâter le chaland.
Le débat, le combat, la GUERRE (mot très fort pour les petits batailles qu’on nous sert quand même) est avant tout idéologique, c’est une question de valeur et de méfiance du gouvernement ou non. Du coup, comme ils ont raccourci l’intrigue du comics, le refus du Captain, d’habitude si America, paraît bizarre sur le papier mais on fait l’impasse sur le fond comme d’habitude, il faut rire.
CIvil War

« Je peux faire ça toute la journée », dit-il après s’être battu 10 minutes.

On n’a pas le droit de s’en plaindre. Je veux dire, j’adorerais dire que Civil War ne prend jamais son spectateur pour le faire se sentir concerné et que c’est très dommage au vu de la puissance des enjeux. Mais j’ai pas le droit ! J’ai pas le droit, et c’est bien normal parce que c’est la politique de Marvel Studios depuis Iron Man 1, le film cool qui marquait le début de tout ce ramdam commercial et (un peu quand même) cinématographique. J’en ai tout simplement pas le droit parce que critiquer ce film (enfin, sa première moitié, on verra le reste plus tard) sur ce sujet là reviendrait à critiquer toute la politique de Marvel et de la comparer avec une autre et NON ON COMPARE PAS ON A DIT, on ne peut pas comparer un film qui a une âme avec celui-ci…
La vérité, c’est que critiquer Civil War parce qu’il est fun (et c’est du fun qui marche bien, hein, on est plus proches d’Avengers que d’Ant Man dont l’humour décérébré me file encore des frissons affreux sur l’échine) reviendrait à dire que je n’ai pas signé le contrat avec Marvel depuis le début : bref, tirer sur une ambulance, je ne peux pas reprocher au film de ne pas adhérer à ma vision des superhéros, sinon je vaux pas mieux que ceux que j’engueule quand ils disent que Man of Steel est trop sérieux. La vérité vraie, c’est que Civil War est fun parce qu’il veut être fun, et que ça marche.
Mais c’est normal, que ça marche ! Si l’humour fonctionne aussi bien dans Civil War c’est parce que Marvel Studios a récupéré LE personnage qui peut faire une blague en combat sans plomber l’ambiance. Après des années de tâtonnements avec Iron Man (ça marchait pas mal au début), les Gardiens de la Galaxie (je trouve que ça marchait pas mais j’ai tort) et Ant-Man (héhé), Spider-Man, celui de Peter Parker (les studios devaient pas être chauds-chauds pour mettre Miles Morales après l’accueil printanier de l’acteur qui incarnait la Torche chez Fox il ya un an…), est enfin ici et il est absolument merveilleux. Oui, je suis fanboy du personnage mais je sais reconnaître les défauts du premier Amazing alors je suis pas totalement corrompu : ici, le personnage concentre en lui même tout l’intérêt que j’ai eu pour le film. Tout en Spidey est bien vu, du personnage de Peter Parker qu’on voit deux minutes mais qui est brillant, bien écrit et joué avec tout ce qu’il faut de maturité dans le teen pour que les gens qui le trouvaient trop jeunes l’adoubent, à Spidey en costume lui-même, si drôle quand il se plante ou balance des punchlines savoureux en combat. Il apparait donc au détour d’une scène chez Tante May (Marisa Tomei), un peu ajoutée comme un appendice obligée dès que les droits étaient obtenus par Marvel…
Tout est drôle chez Spider-Man, jusqu’à son entourage (on peut râler de voir une tante May aussi jeune et sexy mais cela apporte tant d’idées de vannes savoureuses qu’on accepte vite l’idée), si il y a une chose que l’on peut accorder aux frères Russo (et je suis assez réservé quand il s’agit de le faire) c’est qu’ils ont tout compris au personnage. Seulement, il devait être trop rigolo pour le film, du coup ils le larguent une fois l’excellente scène de combat de milieu de film (la seule qui soit pas filmée avec Parkinson et montée à la hache) terminée. Pourquoi ? Mais parce qu’il est fun !
Et pour rajouter sur le côté « bonus » de Spider-man dans Civil War, c’est qu’il est là en CGI pour la bataille qui nourrit les bandes-annonces depuis le début de la promo, cette bataille dans un aéroport vidée qui dure vingt mintues et qui est bien fichue à défaut d’être prenante et majeure. En effet, les dégâts devant être écartés, difficile de livrer une bataille épique, on sent presque les coups retenus des héros. Au final, Civil War se transforme en Avengers ultra light. Aussi, le croisement, l’affrontement et la rencontre entre chaque héros est plutôt jouissive, Ant-Man contre Iron Man, Black Panther contre Bucky, Spider-man contre Ant-man… tout est bien géré et dosé. On cite une mention spéciale à Ant-man qui devient un géant. C’est toujours fadasse mais on prend un mini pied plutôt sympathique.
Attends, Adrien, me direz vous, pour peu que vous connaissiez mon nom. Tu viens de dire que Civil War était fun donc ils n’ont aucune raison de virer Spidey. Et c’est bien, tu es attentif, lecteur. Mais si tu l’étais vraiment aussi tu verrais que j’ai teasé à un moment que j’allais parler d’autre chose plus tard dans l’article (teaser en plein article, bim, un peu comme dans le film où parfois ils disent « j’ai quelqu’un pour nous aider », puis ils arrêtent la scène cut pour préserver le suspens qui n’est pas là parce qu’on a vu la bande annonce). Et ce plus tard, c’est maintenant. On arrive au vrai problème de Civil War : c’est qu’il ne sait pas ce qu’il veut. Je pourrais même aller plus loin : c’est un film qui ne s’assume pas. Qu’on s’entende bien : c’est déjà ne pas s’assumer pour moi quand on désamorce systématiquement les ressorts dramatiques avec une blague pour que les gamins (grosse usine à fric) aiment le film. Mais il y a pire que ça. Pour être plus clair : le problème de Civil War, ce n’est pas qu’il est drôle, fun, lolesque. C’est que, déjà, il l’est souvent aux mauvais moments. Mais aussi qu’il arrête brusquement de l’être au milieu du film ! Tout à coup, les enjeux dramatiques rattrapent le film, les personnages endossent alors un costume de bonshommes rongés par la colère et le remords et le film justifie de manière hyper médiocre le fait qu’Iron et Captain se mettent sur la tronche (oui, parce qu’Iron qui pète un cable juste parce qu’il apprend que Bucky, qu’il sait manipulé, a tué ses parents il y a un bail de cela (notez bien que, pour les plus attentifs, on parle d’accident de voiture, que tout est encore une histoire de maman – coucou Martha -, et que ce twist n’est pas énorme), c’est un peu gros vu le personnage, certes propice à la connerie, mais intelligent qu’on nous présente depuis 2005). C’est un autre problème du film, il se répète en mettant tout sur le dos d’Iron Man comme c’est quasi systématique (Ultron, tout ça), le personnage est une sorte de roue de secours pour faire avancer une intrigue paralysée par une noirceur qui ne lui va pas du tout.
Civil War

<3

Le pire c’est qu’il l’assume même pas, cette noirceur. Outre les fameuses blagues désamorçantes dont je vous parlais, on note aussi qu’aucun personnage important ne meurt malgré les combats allant clairement dans ce sens, et des dialogues introductifs aussi mensongers que ceux d’Avengers 2 qui nous teasait la mort d’un personnage culte pour finalement nous mettre le cadavre de Quicksilver sur les bras. Ici, Rhodes est blessé, merci les Russo mais on l’a vue, la bande annonce, et on s’en fout un peu de Rhodes en vrai (pardon d’avance aux deux trois fanboys qui hurlent au fond), et Peggy Carter meurt au début. Faut avoir vu la série pour pleurer j’imagine … Enfin, le film se finit par la poignée de main (pas physique hein, psychologique, sinon vous m’entendriez gueuler encore) des deux héros, qui se sont juste limite entretués pour finir par un « on a les mêmes valeurs en vrai on est potos, appelle moi quand tu voudras poutrer du méchant ». Un peu léger, d’ailleurs si on doit parler du conflit en lui même, il faut savoir que les enjeux politiques fascinants que le film aurait du développer sont expédiés en deux minutes pour toujours plus de Bucky au final (mais tuez le ce personnage les gars, il vous tue votre intrigue). Le problème de Civil War est qu’il a une superbe base mais par ailleurs, pour sortir au final un film à moitié réussi.
Subsiste, et c’est bien dommage, un Daniel Bruhl qui campe un méchant qu’on a déjà vu mille fois avant, qui n’a absolument aucun intérêt, virez le de l’intrigue et vous aurez le même film, avec la lassitude en moins face à son jeu de plus en plus catastrophique. Surtout que cette intrigue est celle qui nourrit le climax. Une fois de plus, Marvel Studios invente un méchant qui débarque comme ça dans l’intrigue, sans plus de cérémonie, le personnage qui tout le film se justifie et fait le mystérieux quand on lui demande si il a perdu quelqu’un à cause des Avengers pour que finalement, attention lourde révélation, on apprenne qu’il a perdu sa famille en Sokovie. Difficile de jouer la surprise vu le nombre de fois où le mot « Sokovie » est prononcé dans le film (et vu l’accent de l’acteur aussi). Civil War était déjà un affrontement dramatique en soi, pourquoi ajouter un méchant ? Pour qu’il pousse un rire diabolique ? Pour qu’on puisse avoir une menace tangible parce que le spectateur est trop bête pour saisir la tension sans un vrai méchant pour la caractériser ? Mais on est pas des imbéciles, t’essaies de cacher la tension avec des blagues mais on la voit quand même, t’inquiètes Marvel ! Surtout, le bad guy va tuer des clones de Winter Soldier, sorte de McGuffin ahurissant de non sens  qui parcourt tout le film à base de micro scènes et sans aucun poids avec la teneur principale de l’intrigue et de l’ambiance.
Pourtant, malgré tous ses défauts qui crèvent les yeux, on ressort avec une bonne impression de Civil War. En vrai, on s’amuse bien durant ce film, c’est écrit simplement mais assez justement et, surtout, Spidey est génial. Mais tout cela a t-il vraiment un sens cinématograhique? La consensualité est elle un défaut ? Possible…
PS : Il y a une scène après le premier générique animé où Bucky est recongelé et où la bande (qui était emprisonnée par Iron Man) se retrouve dans le royaume de Black Panther. Rien d’autre en toute fin de bobine.
AMD