5è saison d’American Horror Story et nouvel univers, nouvelles attentes et nouvelles déceptions… Encore une fois, la série offre beaucoup de choses à des niveaux différents de qualité.

J’ai mis du temps à faire cette review car… j’ai mis du temps à finir cette saison. Moins emporté par l’intrigue que pur Freak Show, j’ai du batailler pour en finir avec Hotel.

L’information qui a fait le tour du web et agité les spectateurs est la venue de Lady Gaga prenant la place vacante de Jessica Lange. La surprise et l’appréhension étaient telle que la série a attiré de nouveaux spectateurs. Mais le constat est fait : la saison est moyenne. Il était inutile de faire une review épisode par épisode tant il n’y avait aucune substance critique pertinente.

Hotel raconte la vie de plusieurs personnages vivant ou gérant l’hôtel Cortez à Los Angeles. On comprend rapidement que l’endroit pousse au crime et que les victimes hantent les couloirs et les chambres de l’hôtel tandis qu’une horde de vampires tente de survivre.

Le pitch n’est pas très engageant et l’exécution l’est tout autant. Il faut bien attendre trois ou quatre épisodes pour voir un semblant de continuité et d’intrigues se dessiner. La grosse faiblesse de cette saison est qu’elle semble vide de sens. Chaque personnage semble errer et découvrir les macabres habitudes de l’hôtel et ne pas s’en soucier. La dizaine de personnages, tous très bien campés il faut le dire, vont et viennent sans que les interactions prennent sens. Lady Gaga est formidable, disons-le encore, elle envoûte chaque scène et embrasse l’intrigant monde d’AHS grâce à la personnalité fascinante de la chanteuse. Son personnage, tout en nuances, n’est clairement pas le plus travaillé mais le plus fascinant, à l’image de Gaga donc. Cette galerie de personnages fait la force de la série depuis 5 saisons. Reste que les intrigues semblent ne pas se dessiner cette saison. Chaque scène puise son essence dans la caractérisation des personnages mais jamais dans les entrailles de leurs actes. Une bonne partie des épisodes pourrait être vu dans le désordre que la cohérence serait loin d’être inexistante… puisqu’elle l’est déjà. Qui peut ressentir le mal être de John Lowe si celui-ci n’est pas le moteur de son malaise et si celui-ci n’a aucune portée dramatique suffisamment exploitée pour en faire un martyr ? Qui de Donovan, Will ou Gabriel est le plus ressemblant à Tristan qui lui même est joué par le même acteur jouant Valentino  ? Je dérive mais les acteurs que Ryan Murphy engage sont coincés dans un modèle de physique assez perturbant…

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Hotel se permet de donner enfin un rôle intéressant à Evan Peters. Marsh est une personnalité fantasque et torturée qui permet de donner un peu de folie à cette saison qui en revendiquait sans la confirmer. American Horror Story a toujours voulu aller loin que ce soit formellement ou fondamentalement. C’est souvent réussi (Freak Show, Asylum), souvent très bien dosée (Murder House) et rarement accessoire (contrairement à Coven). Le sublime transparaissait à chaque trouvaille visuelle, artistique ou scénaristique. Hotel n’atteint jamais le sublime sauf quand la série touche à ce qu’elle sait faire de mieux : les portraits des personnages. Liz Taylor (bluffant Denis O’Hare), la Comtesse (Lady Gaga) ou Iris (Kathy Bates) ont le droit à des flashbacks baroques, poétiques, brutaux. Ces figures à la dimension fatalement tragique parcourent la saison et donnent toute son identité à cette saison. Il faut du temps pour saisir que Hôtel est un foutoir de psychologies diverses qui n’ont aucun vrai but si ce n’est celui de vivre avec. Encore une fois, American Horror Story ne dresse pas de portraits de gens normaux et pointe du doigt les psychoses d’une société moderne. Les vampires sont ceux qui vendent leur âme à la société de consommation, qui passent du côté obscur et qui ne peuvent survivre qu’en cherchant l’argent… pardon, le sang. Les fantômes sont ceux qui restent las, abrutis par une perte, un choix, une catastrophe et qui ne savent pas lâcher prise.

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Il reste des moments forts mais disparates dans cette saison : le dîner avec les grandes figures criminelles comme Gacy, le Zodiac, Aileen Wuornos, ou encore les meurtres orchestrés sont jouissifs, dérangeants mais aussi finement mis en scène. On reste encore dans le too-much mais la mise en scène appuyée ne peut être autrement. On reste dans un fort désir de marquer l’oeil plus que l’esprit. Le regard du spectateur est la source du modelage de l’esprit. American Horror Story propose et c’est au spectateur de disposer, de faire le tri et d’interpréter lui-même la qualité de la série. Coven a ses défenseurs. Murder House partage beaucoup aussi. Hotel parvient à trouver sa route dans le dernier tiers de la saison, une certaine consistance. Les personnages communiquent mieux entre eux, les intéractions fonctionnent et la série prend enfin du sens.

Sommes-nous adorateurs d’un style, d’un message ou détestons-nous des personnages, de leurs choix alors que le monde présenté n’est que le miroir de notre société bien étrange?