Un film japonais se déguste tel un met savoureux. On sait qu’il nous fera pleurer avant d’arriver à la fin. Et le dernier film de Naomi Kawase intitulé Les délices de Tokyo n’échappe pas à la règle. Sortie en salles le 27 janvier.

Les dorayakis sont des pâtisseries traditionnelles japonaises qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits, « An ». Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de convaincre Sentaro, le vendeur de dorayakis, de l’embaucher. Tokue a le secret d’une pâte exquise et la petite échoppe devient un endroit incontournable…

©HautEtCourt

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Preuve en est qu’on peut vous prend par les sentiments quand on vous offre une sucrerie. Les dorayakis vous gagnent, surtout en hiver quand les brioches faites sur place sont encore chaudes et réchauffent la pâte fourrée. Les délices de Tokyo représente en toute élégance le cinéma nippon. Sobre et touchant, intergénérationnel et social. Les seniors qui cherchent un emploi posent un véritable problème au Japon, avec un loyer trop élevé surtout à Tokyo, ils doivent travailler bien après la retraite, souvent dans des postes peu reluisants pour arrondir les fins de mois. Dans le cas de Tokue (Kirin Kiki), son exclusion de la société a un véritable motif. Justifié ? Peut-être que oui, peut-être que non, il est difficile parfois de dépasser les conceptions fausses des gens pour se faire sa propre idée. C’est l’obstacle principal à l’intégration de Tokue, surtout dans un Japon où tout repose dans le non-dit et où l’image d’une personne est capitale pour le succès des affaires.

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Naomi Kawase cerne bien l’esprit japonais encore une fois, entre ce mélange urbain et le havre de paix naturel déjà décrit dans Hanezu : l’esprit des montagnes. Sa force ? La sensibilité qui se dégage de ses films. Dans les trois personnages solitaires et isolés pour des raisons différentes, le spectateur leur voue une affection particulière. Surtout à la grand-mère modèle, Tokue, capable de cuisiner comme personne et qui lègue son savoir à un homme mûr rebelle (Masatoshi Nagase) qui reste tout de même à l’écoute, surtout des âmes perdues comme Wakana (Kyara Uchida, la véritable petite-fille de Kirin), collégienne aux rapports houleux avec sa mère. Le caractère de Tokue, à parler aux oiseaux et à croire dans les bienfaits de la nature, ouvre à une esquisse typiquement japonaise, avec les cerisiers en fleurs. Au fil du film, tempéré par le déroulement des saisons, les personnages évoluent sous son regard bienveillant.

Il s’agit d’un beau conte, ponctué d’humour et d’espoir et plein de générosité, empreint d’une résignation forcée. Comme si quelque part, il nous disait « malheureusement, cela se passe réellement ainsi… » et on n’a pas d’autre choix que de l’accepter.

(P.S. : C’est émouvant, c’est honnête, et ça donne envie de manger japonais, qui dit mieux ?)