Le drame de Todd Haynes qui fait tant parler de lui en cette période de récompenses s’intitule Carol, l’adaptation du roman de Patricia Highsmith, aussi connu sous le titre de The Price of Salt, avec dans le rôle titre Cate Blanchett comme on ne l’a jamais vue.

Cette année, il y a deux films que j’attendais quand j’ai appris qu’ils allaient sortir. Carol et Brooklyn. Et j’ignore pourquoi, mais les deux œuvres me paraissent similaires. Ce sont tous les deux des films adaptés de romans (que j’ai lus l’un après l’autre aussi), d’époque, des romances, et avec deux héroïnes qui parlent peu mais qui mûrissent grâce à des gens qu’elles vont rencontrer. Si les deux films ont été salués dans tous les festivals où ils ont été présentés et sont promis à un bel avenir durant cette période de cérémonies en tous genres, Brooklyn ne sortira pas chez nous avant mars, mais Carol, particulièrement salué à Cannes ne va pas tarder d’ici le 13 janvier.

©UGCDistribution

©UGCDistribution

Déjà, commençons par le « l’héroïne parle peu ». Oui, en fait, le silence permet au spectateur d’imaginer ce qu’il veut entre deux répliques. Libre place à l’interprétation de leurs sentiments. En fait, la subtilité qui se détache de ce film, c’est que Carole et Therese (le fait que son prénom soit prononcé à la française me donne envie d’écrire Thérèse, donc je vais faire ça) se placent au même niveau d’objet et de sujet du désir, ce qui les met sur un pied d’égalité dans l’expression de leur passion. Dans le livre, Carole se trouve vraiment comme l’idole qui s’admire de loin du point de vue de Thérèse. Bien entendu, à travers son objectif, le spectateur se retrouve quand même du côté de Thérèse, mais les plans varient et permettent au spectateur de la voir comme objet. Remarquons notamment que le terme de lesbien n’est jamais employé durant le film, et qu’il ne s’agit que d’une histoire d’amour, jolie de surcroît.
L’histoire se concentre sur le moment T, on ignore tout de leur enfance, Thérèse est complètement dépourvue de passé même si on imagine que tout n’a pas dû être facile pour elle, et ce qu’elles ont fait pour en arriver là, mais tout tourne autour du divorce de Carol et de cette amitié curieuse un peu surréaliste entre les deux femmes. Tout au long du film, Thérèse (qui est censée avoir 19 ans selon le livre) grandit sous l’œil de la caméra en découvrant des obstacles qu’elle n’aurait jamais imaginé en tombant amoureuse.

©UGCDistribution

©UGCDistribution

Ensuite, l’époque des années 50 est représentée superbement, non seulement par le grain de l’image en 16 mm, mais aussi par les costumes et les coupes rétros, l’ambiance des motels où stationnent des Packard, l’élégance à tout moment et les cigarettes à l’intérieur, donc merci Todd Haynes d’avoir renouvelé l’exploit de Mildred Pierce ! Et merci aussi à Carter Burwell pour la magnifique BO qui colle mélodieusement au film et nous transporte en plein dedans. Grâce à ces éléments, on tombe facilement amoureux de l’ambiance. Les regards emplis d’envie mais aussi d’émerveillement valent mille paroles, et l’alchimie entre Rooney Mara et Cate Blanchett réagit à la perfection, mais malgré tout, au final, leur histoire parait tellement naturelle qu’on oublie pourquoi elle est si atypique. Carol pourrait être un drame social et engagé, mais il ne cherche pas à changer les mœurs, juste à dresser un constat, comme Haynes l’avait déjà fait dans Loin du paradis. Certes, le film traite d’homosexualité, mais avec une poésie qui rappelle Le secret de Brokeback Moutain. L’ouverture d’esprit commence très simplement.

©UGCDistribution

©UGCDistribution

Et personnellement, c’est clairement ce qui m’a le plus plu dans Carol, c’est cette douceur qui se dégage. La manière dont les personnages parlent, le contexte de l’époque avec la patriarcat puissant mais dont Carol réussit à s’échapper. C’est d’autant plus réaliste que les protagonistes ne se placent pas forcément en antagonistes, car malgré le rejet évident de certains, ils y ajoutent une touche d’acceptation résignée. En plus, bien que les deux héroïnes ne proviennent pas du tout du même milieu social, et leur différence d’âge, elles ne se compliquent pas la vie avec des questions métaphysiques et se contentent de vivre. En terme d’adaptation, ils utilisent plus Kyle Chandler que ce qui est indiqué dans le livre, mais qu’importe, toujours à bon escient. Jake Lacy, bien qu’apparaissant très éphémèrement, permet un beau dialogue.

(P.S. : Puis je vais dire une ânerie, mais j’ai l’impression que comme Freeheld, Carol est estampillé « lesbian approved » car il y a Sarah Paulson au casting, et du coup, ça donne au film une certaine légitimité…)