La famille Crawley a ouvert pour l’avant dernière fois les portes de Downton Abbey. Et maintenant, il ne reste plus qu’un seul épisode, à Noël. Car Downton Abbey ne nous fera plus jamais rêver.

Pendant six saisons et des épisodes spéciaux de Noël, on a partagé le cynisme de la comtesse douairière Grantham, le modernisme de Matthew, la bonté du patriarche de Downton, l’américanisme de sa femme, la cruauté de Mary, la malchance d’Edith et le souvenir de Sybil. On a également pleuré les déboires de Mr. Bates, sympathisé avec Carson, adoré la gentillesse d’Anna, jalousé la cuisine de Mrs. Patmore, et même apprécié Thomas.

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Peu de séries peuvent se vanter d’avoir une véritable conclusion, et pourtant l’œuvre de Julian Fellowes, multi récompensée, finit selon la volonté de son auteur. Elle peut se targuer d’être restée fidèle à l’esprit du départ. Déjà, dans le respect de ses personnages. Vous savez comment tout le monde détestait le caractère de Mary mais enviait sa beauté ? Eh bien, oui, cela n’a pas changé. Et comment Edith, à chaque fois qu’un brin de bonheur l’illumine, il s’éteint de suite ? Encore une fois… Et le vil Thomas Barrow ne se faisait jamais punir pour ses coups bas ? Il est toujours là. Mais justement, cette stagnation laisse un peu sur sa faim.
Quelque part, j’aurais aimé qu’Edith trouve le bonheur à la place de Mary. Ne vous détrompez pas, j’admire Mary sur de nombreux points, mais Edith apparait juste comme plus méritante. En plus, si Matthew Goode en Henry Talbot m’avait réjouie lors du spécial de Noël l’an dernier, sa présence au cours de cette saison était guère satisfaisante (et il manque à The Good Wife, c’est tout) dans la manière dont ils ont géré la relation avec Mary et ce mariage soudain. Okay, tout le monde a rigolé quand il a sorti le permis de mariage, non ?! Même si, je l’avoue, la scène au cimetière a ouvert les vannes de mes larmes.
Au contraire, celui que j’ai soutenu avec surprise, c’était Bertie Pelham (Harry Hadden-Paton). Son rejet d’Edith, peu surprenant, m’a tout de même déçue. Après, quand on y repense, l’histoire se passe en 1925, donc mon Dieu, c’est bien normal d’être à cheval sur les convenances. Au final, sa réaction tout à fait logique fait preuve de modernisme.

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Concernant le personnel « d’en bas », maintenant que l’affreuse affaire avec Bates s’est achevée et qu’ils vivent plus ou moins dans le bonheur avec Anna, il n’y a plus trop de scandale. Sauf si on considère que la petite blague sur la chambre d’hôte de Mrs. Patmore tient du scandale. Les épanouissements individuels de Daisy et Mr. Moseley au-delà de Downton marquent la fin d’une ère, dans une société qui semblait pourtant immuable, les domestiques commencent à s’émanciper. Le changement avait déjà été amorcé par Gwen, mais il affecte encore plus de gens. On connaîtra probablement l’avenir de la jeune Daisy dans l’épisode de Noël ainsi que celui de Thomas, dont l’arc sur cette saison relevait énormément de l’émotion.

Théorie fumeuse : lors de la promotion de la saison 5, un article avait tourné la relation entre Tom et Mary comme une romance. Et bien que cela m’avait fait hausser les sourcils au début, l’idée ne m’a pas déplu. Bon, bien sûr, cela ne s’est pas réalisé, mais quelque part, je regrette. L’un apportait à l’autre la touche de réalité pour évoluer dans leur situation un peu spéciale. Ils s’appréciaient sincèrement alors que la difficulté de Mary est connue de tous, et même si cela aurait été un peu glauque avec Sybil qui était la sœur de Mary, etc., etc., la vérité c’est qu’ils s’entendaient très bien et qu’il avait un véritable soutien entre eux et aucune pitié ou mépris. Puis le niveau de romantisme exceptionnel s’ils étaient réunis après leurs tragédies respectives. Bref…

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Downton Abbey a commencé comme cette mini-série britannique en costumes où il ne se passait rien, mais que les gens regardaient quand même. Eh bien, cinq ans plus tard, il ne se passe toujours pas grand-chose si ce n’est l’évolution de notre manoir anglais favori, et les gens continuent de regarder. Loin d’être parfaite, la série réussit pourtant à cacher ses défauts. Quand les pas de lord Grantham sur la petite musique vive ouvrent les portes de Downton, on se sent immédiatement embarqué dans ce retour dans le temps. La beauté des plans de cette série n’a jamais déçu, leurs divers accents non plus, eh oui, ils nous manqueront.

(P.S. : Bien sûr, quelque part en décembre, l’épisode de Noël apaisera un peu cet adieu, mais ce sera insuffisant… Sinon, Hugh Bonneville reviendra à l’écran dans la prochaine saison de Galavant !)