Avec Transparence, Alex Christofi nous livre un premier roman décalé, plein de charme et d’humour. Un ovni de cette rentrée littéraire paru le 3 septembre 2015 aux éditions Fleuve.

A vingt-deux ans, Günter Glass n’est pas ce qu’on pourrait appeler un jeune homme plein d’avenir et brillant par son ambition. Binoclard et ventripotent, des résultats scolaires trop moyens pour entrer à l’université, sa seule culture lui vient de masses d’informations wikipédiesques « mal digérées », comme il le dit lui-même.

transparence-christofiCandide et somme toute attachant, la mort prématurée de sa mère laisse le jeune homme désemparé face aux vicissitudes du quotidien et à ses nouvelles responsabilités. Bien pauvrement armé pour faire son entrée dans l’âge adulte, sa fascination pour le verre et sa bonne volonté semblent lui montrer la voie idéale : il sera le parfait  laveur de carreaux. Mais pour cette naïve et heureuse nature dont la personnalité est aussi pure que le verre, le chemin ne sera pas si simple.

Transparence, Splendeurs et misères de Günter Glass roi des carreaux : un titre original et amusant  pour un roman qui ne l’est pas moins. Ce récit singulier s’ouvre par le prologue d’Angela Winterbottom. Témoin de la vie de Günter Glass, elle est l’instigatrice du récit et nous accompagne par ses commentaires, parfois insolites, sous forme de notes de bas de pages. A cette voix vient se superposer, en parallèle, celle de Günter Glass, qui nous conte cette vingt-troisième année de son existence au fur et à mesure de l’enchaînement des événements.

Avec cette vision du monde qui n’appartient qu’à lui, il émaille son récit de réflexions incongrues, naïves sur la vie, les croyances, les nouvelles politiques ou les habitudes de ses compatriotes britanniques. Ces multiples références font de Transparence un roman profondément ancré dans le monde contemporain, le regard candide de Günter soulignant les incohérences de notre société.

Son ton résolument bon enfant, dénué de tout ressentiment ou critique, fait de Günter Glass un personnage fondamentalement drôle et attachant. Son imperfection, son inadaptation au monde qui l’entoure, le rendent, pareil au verre, transparent d’honnêteté, dénué d’antipathie. Au fil de son parcours, il croise une galerie de personnages tout aussi  hétéroclites qu’hauts en couleurs. Chacun d’entre eux ajoute une touche de nuance au vécu de Günter, enrichissant son expérience. D’une rencontre à l’autre, du premier colocataire au premier amour, notre laveur de carreaux trace maladroitement son chemin.

Avec Transparence, Alex Christofi nous offre avec ingéniosité une vision du monde décalée, réfléchie sous différents biais par les multiples facettes de la vie de Günter. Ce personnage candide, qui porte le verre dans son nom, nous renvoie un reflet critique de notre monde.

Une fable moderne, pleine  d’une plaisante fantaisie, loufoque et hilarante dans ses références, qui se lit d’une traite, le sourire aux lèvres.

« John Blades, officier de l’ordre de l’Empire britannique, l’homme qui nettoyait la moitié des gratte-ciel de Londres, m’avait appelé, moi, Günter Glass, de la société Lave-Glass à Salisbury. J’aurais dû pousser un hululement de joie ou serrer le poing d’un geste triomphal, mais je me contentai de traverser le couloir sur la pointe des pieds pour gagner les toilettes. La tisane avait toujours eu un effet diurétique sur moi. »