Le drame britannique de James Kent qui décrit avec justesse et sensibilité l’effort de guerre et ses dommages collatéraux sortira sur nos écrans le 23 septembre.

Mémoires de jeunesse retrace un pan de la vie de Vera Brittain, dans les années difficiles de la première guerre mondiale.

La vie traditionnelle d’une famille anglaise à la campagne se révèle bien moins ennuyeuse que ce qu’il ne parait, surtout quand la féministe de bonne famille (Alicia Vikander, certes Suédoise, mais qui sait jouer à merveille les Britanniques) se destine à une grande carrière académique, notamment à Oxford, si son père l’accepte. Mais la guerre va la rattraper et changer son destin. Son frère (Taron Edgerton, Kingsman) et son fiancé (Kit Harrington, Game of Thrones) s’engagent pour la patrie, et elle sent qu’il est également de son devoir de participer à l’effort de guerre, en tant qu’infirmière. Mémoires de jeunesse relate les souvenirs et l’expérience de Vera Brittain, à l’aube de la première guerre mondiale, suivant sa vie et ses propres mémoires publiées en 1933, l’un des rares d’un auteur féminin. L’adaptation porte un soin remarquable sur l’esthétisme avec une photographie magnifique. La caméra de James Kent donne vie à l’histoire, avec un détail accordé aux décors et costumes qui en ravira plus d’un.

©BBCFilms

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L’interprétation d’Alicia Vikander éblouit de justesse, on la sait capable d’élégance et de réserve comme dans A Royal Affair, mais aussi de détermination comme dans Le septième fils (où Harrington faisait une apparition), et dans Mémoires de jeunesse, elle réussit une fois de plus à attirer l’attention sur elle et à compenser la fadeur de son partenaire à l’écran. Toutefois, tout n’est pas que glamour, car un voile de tristesse couvre l’ensemble. Tout le monde ne ressort pas vivant de la guerre… Le reste du cast ne s’oublie pas, de Dominic West à Hayley Atwell en passant par Miranda Richardson et Colin Morgan, toutes les générations de talents anglais répondent présents pour cette adaptation d’un livre iconique.

Si la partie romance dégouline parfois d’un trop plein de convenance, de courtages obsolètes, la seconde partie prend aux tripes, et pas seulement à cause des blessures de guerre. La poésie qui accompagne les deux heures du film récitée par ses personnages s’écoute comme les poèmes de Brighstar, et le spectateur contemple avec empathie les quelques années qui s’écoulent pour cette jeune femme jetée dans la réalité de la guerre. Vera Brittain se présente comme une pacifiste, et malgré certaines horreurs montrées dans le film, le message reste clair, la souffrance qu’on éprouve à la perte de ses proches est universelle, que ce soit du côté de l’ennemi ou du sien. Comme on l’apprend dans nos cahiers d’histoire, la première guerre mondiale sans être la plus meurtrière, a été la plus brutale… et le choix de préférer exprimer la douleur d’une guerre plutôt que les actes héroïques sur le front fait bien comprendre le parti pris de l’auteure. Le ton largement féministe du film n’étonnera personne, sachant qu’il s’agit de Juliette Towhidi qui signe le scénario, et qui compte dans ses crédits Calendar Girls.

(P.S. : en Angleterre, il est sorti il y a plus d’un an, je ne pensais pas qu’il allait enfin sortir en France…)