Benoit Poelvoorde est un grand acteur. C’est dit. Avec des chefs d’oeuvre comme C’est arrivé près de chez vous, et même des comédies réussies comme Podium ou Les Portes de la Gloire, il a su montrer aux spectateurs de tous bords l’étendue de son talent, rarement discuté.

Seulement, l’acteur belge d’origine a un peu de mal à construire une carrière cohérente, alternant vrais bons films et navets invraisemblables à la Astérix aux Jeux Olympiques. Cette alternance peut être rapportée, bien sûr avec nuances et exceptions, à ses deux types de propositions, belges et françaises. Pour bien se rendre compte de cette opposition, il est heureux que le sort nous propose cette année, à deux semaines d’intervalles, deux films de Benoit Poelvoorde : une production d’origine belge, Le Tout Nouveau Testament, et une d’origine française, Une Famille à Louer. Une raison toute trouvée de revenir sur la pertinence d’une opposition, ou au moins d’une comparaison.

Le Tout Nouveau Testament : Dieu existe, et vit à Bruxelles. Il est cruel et n’hésite pas à faire souffrir sa fille, et les humains en général. Un jour, pour se venger, sa fille envoie par SMS les dates de décès de chacun. En fuite, elle va tenter de trouver ses nouveaux apôtres, et de rédiger son Tout Nouveau Testament …

Une Famille à Louer : un homme, la quarantaire, s’ennuie et déprime. Il a tout : argent, belle maison, majordome attentif… mais pas de famille. Il jette alors son dévolu sur une jeune prolétaire et ses enfants, et lui fait une étrange proposition : la payer pour qu’elle l’accepte dans sa famille…

Il s’agit de deux films que tout oppose, ce qui permet d’entrée d’observer les différences entre comédies belges et comédies françaises lambda. Le pitch des deux films, d’abord, n’a rien à voir et relève d’une différence d’intérêt thématique. Si le premier, belge, propose une comédie fantastique décalée souvent à la lisière du blasphème, le second, français, propose comme souvent une vision sociale de situations. L’opposition est ici, malgré le manque de vrai rapport entre les thèmes, tout à fait possible : le cinéma français propose rarement des comédies fantastiques, sans doute au vu du manque d’intérêt du spectateur, alors que le cinéma belge est souvent indéfinissable, les films, souvent d’auteur, se refusant à adopter un genre plein (voir par exemple l’excellent Kill Me Please, qui ne sait jamais sur quel pied danser, ou plutôt sait très bien danser sur les deux, en jouant sur les genres de la comédie noire et du drame, voir du film d’action). C’est précisément le cas du nouveau Jacob Von Dormael (réalisateur par ailleurs de l’excellente comédie-dramatique-fantastique-écclésiastique… vous voyez comme c’est dur… Mr Nobody), qui se base sur les ressors de la comédie pour en faire ressortir une réflexion sur Dieu, ce qu’on en sait, ses actions sur Terre et surtout comment le contrer.

 

Tout Nouevau Testament

@LePacte

Les deux films diffèrent également, et c’est bien triste à dire pour la carrière déjà un peu schizophrène de Benoit Poelvoorde, au niveau qualitatif. Et même, pour continuer sur notre lancée comparative, au niveau de la structure qualitative. En effet, si le film de Jean-Pierre Améris est un mauvais film percé de saillies intéressantes, Le Tout Nouveau Testament est un très bon film contenant parfois quelques passages maladroits. Ce dernier a déjà le mérite de ne pas se focaliser sur ses têtes d’affiches, on voit très peu le cast adulte qui contient pourtant, en plus de Poelvoorde dans le rôle de Dieu, Yolande Moreau, Catherine Deneuve, François Damiens… Leurs rôles, bien sûr, sont importants, mais le réalisateur a choisi de tout miser sur une petite fille, le deuxième enfant rebelle de Dieu après Jésus (dont les percées dans le film sont hilarantes), interprétée par la très talentueuse Pili Groyne, presque nouvelle au cinéma. A contrario, impossible de trouver un plan dans Une Famille à Louer qui ne contienne pas Poelvoorde ou Efira, de sorte que l’on en arrive presque à une sensation de gène. On hésite à parler d’improvisation, mais cette omniprésence des acteurs à la caméra apporte parfois des moments de balottement (notamment la semblant de scène de sexe entre eux), comme si les acteurs eux-même se trouvaient harcelés par la caméra et perdaient leur naturel, devenant des acteurs plutôt que des personnages, à l’alchimie par ailleurs douteuse.

Le film de Jean-Pierre Améris ne manque pourtant pas d’intérêt à première vue. Doté d’un casting intéressant, le film pose dans son introduction de vraies questions sur la solitude et sa possible justification en tant que mode de vie, sur les conflits sociaux rendant apparemment impossible deux milieux différents de cohabiter, et surtout sur l’acceptation d’une famille par un individu qui en a été privé. Malheureusement, le film échoue en cours de développement à proposer des réponses, ou au moins des ébauches, à la hauteur des questions, se contentant d’une intrigue de comédie romantique bas-de-gamme qui, au passage, manque d’annihiler tous les moments un peu dramatiques du film. Les réponses sont bien là, mais elles sont décevantes et relèvent du simple film populaire sans volonté d’aller plus loin. Tous le contraire du film de Von Dormael, qui malgré quelques erreurs et imprécisions (on n’est pas sûr de l’intérêt de la voix-off dans cette histoire, et la bande-son est un peu bancale) se délecte dans l’absurde et surprend de bout en bout, emportant le spectateur loin des sentiers battus (voir notamment la scène avec le gorille, mais aussi tout le traitement du personnage de Dieu).

 

Une Famille à Louer

@StudioCanal

Voici donc quelques pistes, ébauches de réflexion, qui ne sauraient bien sûr être exhaustives mais qui permettent de mieux saisir une opposition entre deux types de films bien sûr, mais aussi deux types de rôles pour Benoit Poelvoorde. C’est donc de deux types de cinéma que l’on parle, de comédie populaire et de film d’auteur un peu acerbe mais aussi délicat, qui ne semblent pas avoir la même visée artistique. L’acteur, bien sûr, se montre talentueux et souvent irréprochable dans les deux cas, mais simple se prendre plus au jeu du Testament, se contentant dans la Famille, un peu comme Jim Carrey et ses Pingouins, de proposer d’excellentes utilités sans jamais aller plus loin dans la subtilité dont il est capable, faute d’un script qui lui permette cela. On est en tout cas ravis de le voir encore au cinéma, et on attend avec crainte, certes, mais aussi une certaine forme d’impatience, le suite à son grand Podium.

AMD