Ressources inhumaines est le premier roman de Frédéric Viguier, publié en cette rentrée littéraire par les éditions Albin Michel. L’auteur choisit le thème de la vie en entreprise au sein d’un hypermarché. Ressources inhumaines nous parle de manipulation, de harcèlement, mais aussi de ces existences qui ne tournent qu’autour du travail.

Ressources inhumaines est ce qu’on appelle un roman coup de poing, qui entraîne le lecteur dans plusieurs directions différentes. Chaque thème qui s’y trouve abordé aurait pu être traité dans un livre à part entière, ce qui rend le roman de Frédéric Viguier peut-être un peu trop dense. Il n’en reste pas moins un habile exercice de psychologie. Si ce premier roman manque un peu d’une subtilité qui l’aurait rendu virtuose, il n’en est pas moins réussi. Au fil des chapitres, on slalome entre les thématiques du monde du travail, de la manipulation, de la paranoïa, de l’amour et de la solitude… Si certaines thèmes sont généreusement traités, d’autres sont seulement effleurés, ce qui leur donne une puissance qui laisse bouche-bée en fin de lecture.

ressources-inhumaines-viguierRessources inhumaines se découpe en deux parties extrêmement différentes. Dans la première, l’héroïne-dont-on-ne-connaît-pas-le-nom, « elle », a vingt ans. Stagiaire dans un hypermarché, elle gravit vite les échelons pour devenir en quelques semaines responsable du rayon textile. Cette réussite, elle la doit à Gilbert, son mentor et amant. On fait la connaissance d’une jeune femme froide, volontaire et muée par une force intérieure qui ne semble pas avoir de but. Ce qu’elle cherche, ce n’est ni le succès ni le goût du travail, mais l’envie d’écraser l’autre.

On la retrouve vingt ans plus tard dans la seconde partie du livre. Après une montée des échelons fulgurante, elle semble avoir stagné à son poste. Elle prend toujours ses conseils auprès de Gilbert, qui a quitté l’hypermarché mais y a toujours des intérêts. Un jour, un nouveau stagiaire fait son apparition. Ce dernier fera naître chez elle des sentiments inédits, qu’elle refusera dans un premier temps. Attirant et mystérieux, il semble aussi ambitieux et manipulateur qu’elle. Sera-t-il celui qui saura la comprendre telle qu’elle est réellement et qui se cache sous l’épaisse carapace ? Ou sera-t-il celui qui la fera dégringoler… ?

Ce découpage en deux parties est la meilleure idée que Frédéric Viguier pouvait avoir. Alors que l’on commence à avoir notre compte d’anecdotes de mouvements internes au sein de l’hypermarché, l’intrigue prend un tout nouveau souffle. Ce virage nous entraîne vers des considérations psychologiques et philosophiques qui, tout en nous donnant à mieux comprendre l’héroïne, nous permettent d’aborder d’intéressantes questions de société : le management, le burn-out, le fait de dédier sa vie à son travail… Par conséquent, le personnage principal de Ressources inhumaines qui perd en crédibilité au début du roman, nous paraît beaucoup plus humain dans la seconde partie. A travers ce cas extrême, le lecteur peut être amené à s’interroger sur sa propre vie, ses propres choix. C’est en tout cas ce que j’ai ressenti. Si le livre est un peu long et rébarbatif à mi-parcours, il mérite que l’on s’accroche pour avoir accès à sa partie la plus réussie.