Le volume 11 de Tokyo Ghoul, de Sui Ishida, est sorti aux éditions Glénat. Et comme vous pouvez vous en doutez, nous sommes à mille lieux de l’esprit bon enfant du Kawai. Mais plutôt dans les bas-fonds de l’horreur. Ce 11ème volet nous montre que Ken, le héros le plus malchanceux du monde, va toujours plus loin dans sa nature de « goule de feu » incontrôlable. Qui du monstre ou de l’humain va s’en sortir ?

Tokyo Ghoul est actuellement l’un des mangas les plus célèbres du monde. Sa notoriété foudroyante a infecté le net, au point que de nombreux MEME et Fanarts de tous poils sont apparus, quasiment en même temps que « l’Attaque des Titans ». Car le principal archétype de l’histoire, basé sur le mythe du Docteur Jekyll et de Mister Hyde, est très bien exploité. Le héros, Ken, un garçon timide de 19 ans, se fait littéralement dévorer par Lize, une goule qualifiée de « goinfre » et qui représente bien l’archétype de la femme fatale. Le héros tourne mal, bien évidemment (et ce n’est pas un spoiler à ce stade de l’histoire, étant donné que tout le web est déjà au courant !), ce qui pourrait représenter l’aliénation du corps et de l’esprit, lorsque la découverte de la sexualité tourne mal. Oui, c’est peut-être capillotracté, mais comme Ken se mettait vraiment à découvrir une femme pour la première fois, le parallèle est tentant. D’autant plus que les goules ont un comportement très proche des vampires, dont la connotation sexuelle est déjà très prononcée. Mais la proximité avec les zombies est également frappante, même si The Walking Dead passe vraiment pour des Bisounours quand on voit la somme d’horreurs et de sang présents dans Tokyo Ghoul. Bref, ce n’est pas une promenade de santé.

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Les mangas horrifiques ne manquent pas, évidemment. Citons par exemple l’abominable mais magnifique Berserk, qui sûrement détruira votre âme, mais qui restera l’un des chefs d’œuvre de la bande dessinée orientale. Laissez derrière vous tout espoir, le glauque est un pléonasme en termes de manga d’horreur.

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Mais revenons à Tokyo Ghoul. Nous avions critiqué le tome 1 et nous retrouvons donc Ken, 10 tomes plus tard. A ce stade, le héros développe l’étendue de son pouvoir grâce à son « Kagune », une arme que chaque goule possède. Elle représente souvent un animal, proche de l’insecte, et ce n’est pas pour rien que Ken se transforme en scolopendre, qui est sa marque de fabrique. Car Lize, responsable de son état suite à son attaque et après qu’il se soit fait transplanter un rein venant d’elle, lui offre également son Kagune, à la suite d’un accident. Celle-ci, enfermée dans un laboratoire pour des expériences, ne sera délivrée que par Yomo, mais est-elle toujours en vie ?

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Ken Kaneki a bien progressé en tant que goule depuis le premier tome. Il n’est pas une goule à part entière, mais est un « hybride », c’est-à-dire qu’ il conserve encore une part d’humanité. Seul l’un de ses yeux devient rouge à fond noir, quand il a faim. Il rencontre sur son chemin d’autres hybrides comme lui, mais sa souffrance est peut-être amplifiée par le fait qu’il continue de souffrir comme un humain. Il n’y a pas de plus cruelle manière de représenter l’innocence perdue. Ses cheveux noirs ont blanchi suite à de graves tortures qu’il a subies, perpétrées par Yamori, un épouvantable sadique. Il s’agit bien sûr du syndrôme de Marie-Antoinette, lorsque les cheveux blanchissent soudainement suite à un traumatisme. Car bien que Ken soit gravement blessé ou amputé, sa nature de goule font que ses membres repoussaient à l’identique. La mort délivrante ne venait donc jamais, pendant qu’il se faisait torturer. Pour mettre un terme à la douleur, il devait compter à haute voix et répondre à l’infâme question : « Combien font mille moins sept ? »…

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Le génie de Sui Ishida, l’auteur de Tokyo Ghoul, c’est qu’il n’y a pas de manichéisme dans son œuvre. Comme 100% des mangas. Et c’est ça qui est vraiment appréciable. Le lecteur a autant pitié des goules que des humains qu’elles dévorent, car bien sûr, les goules ÉTAIENT des humains, et c’est encore plus déchirant de les voir défendre des membres de leur famille qui n’ont pas encore été infectés. Et ça peut vous briser le cœur de voir Ken, déchaîné en tant que goule, brutalement s’agenouiller, la tête contre le sol, et dire tout simplement : « Pardon ! Pardon ! Je ne veux plus manger ! ». C’est pour ça que j’adore ce manga, en comparaison avec les histoires de zombies dont Hollywood nous abreuve depuis quelques années, des zombies qui ne disent pas plus de deux mots, comme « cerveauuuuuuuu » ou presque. Ou bien qui nous inonde d’ histoires de vampires complètement insipides sur lesquels toutes les adolescentes fantasment (je ne citerai AUCUN film ou livre dernièrement ! Mais vous m’avez comprise).

Le dessin, effectué à coups de pinceau à l’encre de Chine, m’a plutôt plu. Cela traduit bien la vitesse et la violence des combats entre les goules et les inspecteurs. Ken arbore un étrange masque en forme de long bec lorsqu’il prend sa forme de scolopendre, et je n’ai pas pu m’empêcher de penser à ce masque de Commedia Del ’Arte. Mais ce n’est pas de ça dont ‘il s’agit. Cela ressemble (à mon sens) aux masques à longs becs que portaient les médecins… au Moyen Âge, au temps de la peste noire. L’analogie, qui vient de mon analyse et qui n’est pas du tout confirmée par l’auteur, me semble assez juste pour bien représenter de quoi il s’agit ici.

Le tome 11 de Tokyo Ghoul est davantage un tome de transition, où l’on ne sait pas trop ce qui va se passer. Mais personne ne peut encore dire à l’heure actuelle comment ça va se terminer. Et le net n’est pas prêt de cesser de s’enflammer pour cette goule de feu, aux cheveux blancs. La suite, donc, au prochain épisode ! En attendant, deux saisons de Tokyo Ghoul existent aussi en dessin animé. Pourquoi pas y jeter un coup d’œil, bande de sadiques que vous êtes ? …