Les teen-movies continuent à vivre même s’ils n’atteignent pas toujours nos écrans nationaux, et parfois, l’un d’entre eux sort du lot.

Ari Sandel adapte pour le grand écran l’ouvrage de Kody Keplinger avec un scénario signé Josh A. Cagan.

Dans tous les groupes d’amis, on retrouve un(e) DUFF, acronyme de « Designated Ugly Fat Friend », qu’on le veuille ou non, que ce soit nous-mêmes ou quelqu’un d’autre. Comme l’explique le film, cette personne n’est pas forcément moche ni grosse, non, il s’avère juste que grâce à elle, ses amis apparaissent sous leur meilleur profil et paraissent plus beaux et populaires. Ils ne se sentent pas non plus menacés de perdre leur statut social puisque le DUFF ne cherche pas à voler sa place.
Bianca Piper (Mae Whitman) apprend son statut de DUFF quand son voisin bogoss depuis toujours, Wesley (Robbie Amell), l’énonce comme l’évidence même. Elle comprend du coup que ses deux meilleures amies l’utilisent pour leur image, et sans elles, personne ne la remarque réellement. Elle va donc engager Wesley pour lui donner des tuyaux sur comment devenir une fille populaire et canon contre son aide pour passer les examens de science. Effectivement, la séance de relooking rappelle un peu celle de Trop bien pour elle, et on devine dès le début la fin de l’histoire. Mais entre temps, de bonnes idées ressortent malgré quelques clichés comme l’éternelle blonde de service qui symbolise la grande méchante du film et la bande-son pop-rock dynamique.

©CBSFilms

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The DUFF représente une simple satyre sociale de la vie au lycée, entre les bandes des élèves cools et ceux plus marginaux. Avec la référence non déguisée au Breakfast Club, les répliques font mouche et apportent une véritable réflexion sur la confiance en soi. Bien entendu, les éloges reviennent surtout aux acteurs principaux. On savait déjà que Mae Whitman possédait un brin de folie doublé d’un humour placide qu’on a pu voir dans Arrested Development ou Scott Pilgrim. Mais ce n’est pas tout, puisque son évolution dans Parenthood (RIP) montrait également son aspect dramatique. Dans le rôle principal, elle s’en sort à merveille comme la girl next door. A ses côtés, Robbie Amell surprend. L’ancienne star de The Tomorrow People, exemple type des héros de la CW, réussit à rendre l’archétype du capitaine de football en un personnage humain, étonnamment drôle, mais aussi sympathique.
Et entre eux, l’alchimie prend fort même si ce sont des acteurs de 27 ans qui jouent des personnages 10 ans plus jeunes. Les piques qu’ils se lancent car qui aime bien charrie bien, s’échangent à un rythme soutenu. Puis qui n’aime pas un film où Allison Janney incarne le rôle de la mère divorcée, soutien comique ? Certes, on n’oublie pas le gros bémol, Ken Jeong qui en fait encore des tonnes…

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Impossible de ne pas repenser à Beyond Clueless en voyant ce film, pour réaliser à quel point ces dernières années les thèmes des teen-movies ont peu changé. Les enjeux restent les mêmes, l’intégration au sein de l’établissement, la création de liens amicaux mais aussi romantiques, l’évocation des ébats sexuels, et bien sûr, le fameux bal de promo, la cerise sur le gâteau. Mais là où on sent que le temps a tout de même passé, ce sont dans les catégories moins définies que les athlètes, les ringards, les intellos, etc. Ici, la frontière est plus floue avec les geeks chics, les bitches friendly sans pour autant l’être, bref, on retrouve de la demi-mesure. Bianca elle-même assume sa non-conformité aux critères esthétiques habituels, mais reconnait grâce à ses amis, ses autres qualités. Elle reflète la nouvelle image des héroïnes moins naïves et moins cruches, plus facilement identifiables.
Evidemment, les beaux discours se multiplient dans ce teen-movie, sur l’acceptance de soi, s’épanouir même en étant différent et d’autres messages positifs. La voix off de Bianca rappelle d’ailleurs celle d’Olive dans Easy A, qui ironise sur le lycée sur un ton désabusé et qui avait lancé cette vague de renouveau dans le genre. De fait, The Duff mélange savamment humour et tolérance. A cela s’ajoute une note moderne, l’emploi comique de la technologie avec une Madison (Bella Thorne) qui rêve de devenir star de la télé-réalité, les mentions à Twitter, Instagram, Snapchat et toutes les plateformes de réseaux sociaux imaginables, et vous obtenez une comédie lycéenne légère et plutôt maline. Bonne surprise.

(P.S. : Malgré la différence impressionnante de taille entre Amell et Whitman, ils vont quand même bien ensemble.)