Nous y sommes. La Phase 2 des films Marvel se termine avec la sortie de la très attendue suite du plus gros carton commercial du studio, à savoir Avengers puis Ant-Man dans quelques mois….

…S’ensuivront d’autres péripéties préparatrices de la troisième mission collective des héros, Infinity War, mais au vu des évènements à venir (notamment Civil War l’an prochain et l’annonce d’un nouveau Spidey), on peut déjà prévoir que beaucoup de choses auront changé dans l’univers Marvel d’ici là. En tout cas plus qu’entre les deux premiers Avengers.

Après les évènements d’Avengers, notre équipe de héros (Iron Man, Hawkeye, Captain America, Hulk, Black Widow, Thor et Nick Fury, c’est bon j’ai tout?) se retrouvait plus soudée que jamais. Mais Iron Man, malgré les débordements de son dernier film solo, ne s’est toujours pas remis des invasions extraterrestres et lance un nouveau programme de maintien de la paix pour protéger son monde, le programme Ultron. Mais la création de Tony Stark pourrait bien lui échapper…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les premières minutes de l’Ere d’Ultron font très peur. Whedon, en effet, a l’air de vouloir en mettre trop vite plein les yeux du spectateur, l’action est surnumérisée, les blagues plus ou moins réussies s’enchaînent à un rythme bien trop rapide et la notion de danger pour les personnages est inexistante, on a vraiment l’impression de se retrouver devant un film pour enfant et la sensation, au vu de la réussite épique du premier film, n’est pas très agréable. Le but est de récupérer un objet à Hydra, un sceptre un peu magique qui sort d’on ne sait où, et le suspense quand à la réussite des héros est invisible. Heureusement, Joss Whedon n’en est pas à son coup d’essai (mais plutôt à son dernier tir, d’ailleurs), et le film parvient vite, après cette scène introductive peu maîtrisée et étourdissante, à retrouver un certain rythme et un ton plus adapté à son public.

Ultron

©Marvel

Car oui, et c’est assez rare de la part d’un Marvel récent pour être souligné, ce second Avengers est une réussite. Réussite, d’abord, due à la performance de James Spader en Ultron, personnage qui reste le mieux écrit de tous les films Marvel, et qui a le mérite d’être un vrai méchant, à la fois surpuissant et atteint de faiblesses psychologiques qui le rendent crédibles. On est bien loin de Loki, de son manque cruel de charme et de réalisme. Par ailleurs, le personnage d’Ultron est également bien servi par une scène introductive dantesque, et une première apparition très angoissante. Son processus de création par Stark et Banner est assez intéressant et plausible pour éviter le too much, et sa volonté de détruire le monde n’est en fait qu’une conséquence logique de la raison même pour laquelle il a été créé, à savoir protéger ce même monde. La vraie faiblesse des hommes, c’est eux mêmes, et en premier les Avengers qui créent du danger plus que ne l’évitent. Vous suivez ? En bref, la boucle est bouclée, le propos d’Ultron et son apparition dans l’univers Marvel permet au le studio d’aborder des thèmes plus matures et intelligents que d’habitude. On ne va pas s’en plaindre.

Fans du premier film, rassurez vous. L’humour que vous avez apprécié dans le premier opus est de retour pour ce second volet et, si il est, comme dit auparavant, très mal dosé dans la scène introductive du film, il se révèle par la suite un moteur rafraîchissant pour supporter ce film long de 2h20, comprenez un peu trop long. La preuve de l’importance capitale de cette humour restant la scène de milieu de film, première vraie confrontation physique de la forme évoluée d’Ultron avec les Avengers, scène qui manque tant d’humour qu’elle en devient lente et assez pénible, sauvée par une scène d’engueulade assez puissante. Le reste du film reste réussi en cela que, si le trop plein d’action peut fatiguer, les punchlines ne cessent de surprendre et d’amuser, surtout dans les situations les plus graves, la palme revenant sans doute à Hawkeye en fin de film, qui enchaîne tout de même beau discours héroique et longue tirade hilarante en moins de 10 minutes. Pas de doute, Whedon a bien compris ce qui avait fait la force de son premier film, et en tire brillamment parti tout au long de ce second opus.

ultron

©marvel

Passons aux personnages, critère aussi très important pour juger un film de super-héros tel qu’Avengers. Notre équipe, il faut bien le dire, n’a pas vraiment évolué depuis le premier film et c’est assez regrettable. Si Hawkeye n’a jamais été aussi intéressant depuis sa possession dans le premier film, les autres sont restés tels quels, ce qui peut passer pour certains personnages qui n’ont pas connu de film solo depuis (Black Widow et Hulk, sur lesquels on reviendra plus tard car ils sont aux sources d’un autre problème), la chose est moins acceptable pour les autres : d’abord, Iron Man, malgré la fin du troisième opus, n’a strictement rien appris de ces erreurs et reste ce personnage linéaire et faussement torturé que Robert Downey Jr (qui par ailleurs a l’air à peu près aussi lassé de jouer le rôle que nous de le regarder) nous a toujours proposé. Mais la palme du personnage inchangé reste Captain America, qui malgré sa confrontation à des éléments plus sombres dans l’assez raté Winter Soldier, n’a pas changé d’un poil, reste ridicule autant dans ses valeurs que dans sa manière de les défendre, en faisant un personnage en désagréable et incohérent décalage avec le monde qui l’entoure. C’est sans doute le respect du personnage des comics par Whedon qui excuse la chose, objectera-t-on sans doute, mais un comic peut aussi être amélioré et soigné dans ses faiblesses, ce qui n’est jamais le cas au vu du portrait on ne peut plus linéaire du personnage en question. Au lieu de demander à être aussi puissant en combat, Chris Evans aurait peut-être dù toucher un mot au réalisateur à propos du manque d’intérêt de son personnage, qu’il interprête par ailleurs plutôt bien. Enfin, un mot sur les nouveaux personnages, Quicksilver, Scarlet Witch et enfin The Vision. Si le premier personnage reste assez insignifiant dans le film, bien qu’intreprété avec brio par Aaron Taylor-Johnson (dont on essaie toutefois avec affront de nous faire croire à ses origines russes en le faisant imiter un accent des plus… originaux), la seconde en revanche est très intéressante et promet de belles scènes, sa personnalité complexe étant bien rendue par la superbe (même sans Photoshop, M.Whedon) Elisabeth Olsen. Enfin, le personnage de The Vision, dont on taira les origines dans le film, reste un élément déclencheur assez efficace dans le film, malgré une tenue des plus ridicules.

Au delà de ça, quelques regrets et critiques peuvent être formulés sur le nouveau pan de l’univers Marvel. D’abord, la structure scénaristique reste un peu à dénoncer, Ultron mis à part le film ne surprend jamais, et propose exactement les mêmes grandes lignes que l’opus précédent. Cela à quelques détails agacants prêt, à savoir, principalement, cette description stupide, incohérente dans l’univers et surtout très ennuyeuse d’une romance entre Hulk et Black Widow. Le coup de la main sur la plus grande main, ça marche dans King Kong et chez Disney mais ça ne fonctionne pas du tout avec les personnages qu’on nous décrit, et plombe le récit, malgré une alchimie notable entre Scarlett Johansson (par ailleurs très convaincante dans le film outre les errements romantiques décrits) et Hulk, dont Mark Ruffalo, bien que correct, n’aura jamais réussi à se hisser au niveau de la performance d’Edward Norton dans le premier film. La fin de ce second film corrige assez bien cette erreur américano-romantique, mais le goût amer de cette idée, mauvaise dès le départ, reste très présente. Enfin, on regrettera, malgré quelques fulgurances au niveau de la mise en scène (Whedon sait filmer ses héros de manière égale et épique…), une esthétique trop classique, comme de coutume chez Marvel Studios (… mais Whedon ne sait pas proposer autre chose qu’une lumière jaune et des personnages lissés par Photoshop).

En tant que fan de l’univers de DC Comics plutôt que de celui de Marvel (ça doit se voir un peu), force est de constater que je me suis tout de même beaucoup amusé durant ces 2h20. Le film m’a même permis enfin de me rendre compte qu’il était inutile et ridicule de comparer qualitativement ces deux univers qui, malgré leur compétition au box office, ne se ressemblent en rien au niveau du genre (pour ce qu’on en a vu avec Man Of Steel). Des superhéros oui, mais représentés avec fun et héroïsme chez Marvel, pour toucher le plus de public possible, tandis que DC fait le choix de l’intelligence, de la démystification et de la complexité, parfois au mépris des attentes des spectateurs et de leur amusement. Si les deux formules sont honorables, je préfère d’un point de vue la première, ce qui ne m’a pourtant pas empêché d’apprécier Age of Ultron, autre preuve plus subjective de la réussite du film. Qui ne m’empêche pas de m’interroger sur la qualité du troisième opus à venir, réalisé par d’autres que Whedon, pour l’instant nettement moins talentueux. A voir.

AMD