Réalisateur peu connu du grand public, Morten Tyldum réalise un très bon film qui, selon les rumeurs, tracerait tranquillement sa route vers les Oscars. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

En 1940, Alan Turing (Benedict Cumberbatch), mathématicien, est recruté par le gouvernement Britannique afin de récupérer et décrypter les codes allemands provenant de la machine Enigma. Dans un seul but : gagner la guerre.

Le sujet du film n’est pas simple. Au premier abord assez technique et redondant, il se révèle passionnant et traité de manière à ce qu’il soit accessible à tous. Son scénario original, tiré d’une histoire vraie, est bien construit et apporte une petite touche de nouveauté parmi ces nombreux films abordant la Seconde Guerre Mondiale. L’histoire est à la fois portée sur la guerre, en toile de fond, et sur l’homme en la personne d’Alan Turing. Elle nous dépeint sa condition en tant que homosexuel dans un pays qui les condamne. Par ailleurs, le film délaisse toute explication concernant l’avancée technique des machines ou du travail de décryptage. A tort ou à raison, cela peut en déranger certains pour une parfaite compréhension de l’intrigue. De plus, il est possible que le spectateur ne prenne pas pleinement conscience de l’importance de leur mission du fait de cette distance installée reflétant un non souci du détail.

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©StudioCanal

 

La réalisation, quant à elle, est plutôt conventionnelle mais bien maîtrisée. La narration, non linéaire, jongle entre le présent de l’histoire, les flashbacks et les ellipses ce qui conduit à un rythme assez lent qui n’est pas pour nous déplaire. Cependant vers la fin, certains pourront avoir la sensation que le film s’étire en longueur. Le cinéaste nous présente une belle reconstitution de l’Angleterre de l’époque en alternant images de fiction et images d’archives pour contextualiser le récit. Le tout parsemé d’humour qui vient alléger la gravité du sujet.

D’autre part, le long métrage permet à Benedict Cumberbatch de nous offrir une performance très forte dans le rôle du mathématicien. Il interprète magistralement toute la complexité du personnage, à l’image d’une des scènes vers la fin où il discute avec Keira Knightley. Son jeu nous confirme ici qu’il est l’un des acteurs majeurs de sa génération. Ainsi donc, Keira Knightley, touche féminine du casting, est rayonnante et nous prouve qu’elle n’est pas là pour faire de la figuration. Sans oublier les talentueux Matthew Goode et Mark Strong, légèrement en retrait. Les scènes d’émotions sont modérées et partielles mais nous exposent des moments touchants ; notamment une petite scène où Matthew Beard (jeune acteur qui s’impose de plus en plus ces derniers temps)  a droit au premier plan. A découvrir dès le 28 janvier.