Depuis la fin de la trilogie The Dark Knight, Christopher Nolan était très attendu avec son Interstellar. Nous avons pu assister, chanceux que nous sommes, à l’avant-première de ce nouveau bébé. Verdict

Dans un futur proche, la situation est très préoccupante : la Terre est surexploitée et ne sera bientôt plus viable pour la vie. Pour preuve, la poussière envahit les récoltes, qui elles baissent d’années en années. Cooper, un père de famille ex-pilote, vivant avec son beau-père Donald, son fils Tom et sa fille Murphy, est chargé par le Professeur Brand de partir dans l’espace, accompagné de la fille de Brand, Romilly, et Doyle, afin de découvrir une nouvelle planète habitable pour l’humanité…
Qu’on se le dise, 2001 : L’odyssée de l’espace, de Stanley Kubrick, sorti il y a 46 ans de cela, constituait une révolution dans le genre du film de science-fiction sur l’espace. Et il en est toujours un modèle : le dernier film du genre en date, Gravity, avec son médiocre duo d’acteurs et son absence de scénario ne faisait clairement pas le poids. Toutefois, avec Interstellar, Christopher Nolan réussit un certain exploit, qui est celui d’emprunter des choses à 2001 pour mieux réactualiser l’oeuvre de Kubrick. Se retrouvent donc dans Interstellar le thème de l’immortalité, du retour dans le passé etc. Comme Kubrick, Nolan a fait de Interstellar une fresque, longue fresque même (2h49) pour exposer tout son propos. Et si certains pourront renâcler devant une telle longueur, il paraît impensable (et Nolan le prouve avec ce film) de faire un bon voire très bon film sur l’espace sans une longue durée. Aussi Nolan a-t-il pris le temps (et l’espace), et c’est tant mieux. Car tout au long de ces 2h49, nous avons pu nous émerveiller des décors, maquettes et autres effets spéciaux/visuels qu’offrent Interstellar, le tout sublimé par la musique aussi pesante que frissonnante et majestueuse de Hans Zimmer.

Interstellar

©Warner

Vous l’aurez compris, ce film est clairement une expérience, pour les yeux et pour les oreilles, mais aussi pour l’esprit. Nolan nous atteint au plus profond de nous-mêmes, alternant plans larges sur le paysage spatial et plans rapprochés sur les personnages pour nous faire vivre viscéralement le voyage avec les astronautes. Plus encore, Nolan étonne par sa documentation sur le sujet, sur la touche de scientificité qu’il apporte à son récit. Nolan ne recule pas devant le champ scientifique complexe auquel appartiennent les mots de son scénario, donnant ainsi plus d’authenticité à son récit. Certes, il ne se défend pas de laisser toute sa place à la fiction en mettant à l’origine de ce voyage spatial des « ils » mystérieux, ces ombres invisibles. Mais il prend le mot science- fiction au pied de la lettre, traçant les contours de son film avec une réflexion sur la colonisation de l’espace, fantasme que tout astronaute ou ingénieur aéronautique aimerait voir réalisé, et pointant du doigt, en parallèle la surexploitation de la terre associé à un égoïsme humain déterminé à garder ce qu’il pense bon lui appartenir. Son talent de réalisateur et scénariste lui permet ainsi d’éviter la catastrophe et de tomber dans le film catastrophe, comme a pu le faire After Earth récemment. Le film avançant, on peut regretter un trop-plein de grandiloquence mélodramatique, heureusement couvert par le caractère déterminé du personnage de Cooper. La fin du film, belle, est un véritable hommage au film de Stanley Kubrick, dans l’atmosphère et le discours proposés (Zimmer prenant bien, quant à lui,  le relais de Strauss). Ce final reste toutefois très américain dans sa conception, voire même un peu facile si on se rappelle des conversations du début du film entre Murphy et son père. On n’en voudra pas à Nolan vu tout ce qu’il a montré précédemment.

interstellar

©warner

Cela n’eût été que classique et incomplet sans la performance des acteurs, que sont Matthew McConaughey et Anne Hataway, mais aussi Michael Caine et Jessica Chastain, ainsi que Matt Damon, bizarrement pas crédité au générique alors qu’il apparaît durant une longue séquence du film. Si McConaughey crève l’écran et porte le film grâce à sa carrure et à son accent texan si atypique dans un tel film, Anne Hathaway et Jessica Chastain, bien que talentueuses, agacent parfois par leurs pleurs. Michael Caine, aujourd’hui au crépuscule de son immense carrière, plaît par sa faculté à envelopper le film de son aura de sage patriarcal. Il est d’ailleurs l’élément déclencheur du film, preuve que, comme dans tous les rôles que Nolan lui a offert, il n’est pas encore à la retraite. Quant à Matt Damon, il fait agréablement penser quelque part, au personnage du stalker dans Stalker d’Andreï Tarkovski.

Fresque cinématographique, expérience visuelle et auditive, spectaculaire, ces mots sont justes pour décrire la nouvelle production de Christopher Nolan. Une oeuvre dont il s’est donné les moyens, réussissant par ailleurs le tour de force d’associer dans un seul film deux firmes concurrentes, la Paramount et la Warner. Un après-midi est clairement à réserver à ce film !