The Good Wife est revenue à l’antenne depuis maintenant 4 semaines et il faut se rendre à l’évidence: elle est la meilleure série diffusée en ce moment.

Je dis ça en tout état de cause: avec une double contrainte – entre autres- de son mode de diffusion et donc du public visé, la série propose une narration et une réalisation de haute volée. Et pour vous exposer cela, revenons sur les trois précédents épisodes, Trust Issues, Dear God et Oppo Research.

La fin de saison dernière avait vu un semblant de recomposition dans le chaos ambiant qu’étaient les vies d’Alicia, Cary, Diane et Kalinda depuis la création de Florrick/Agos et la mort de Will. A Weird Year, le final de la cinquième saison, injectait un nouvel espoir, synonyme de l’élan que chaque partenaire voulait donner à son avenir. Mais la reprise nous confronte à la réalité crue et sans détour: tout n’est pas simple, linéaire et Cary se retrouve donc en prison alors qu’Alicia fait face à de nouvelles perspectives.

Sans délayer ses multiples intrigues, The Good Wife choisit ce début de saison pour les décortiquer méticuleusement, ne brûlant aucune étape. Dear God voit un Cary reprendre de la consistance, un peu de contrôle sur sa vie mais cela n’est qu’illusion. Si l’on y regarde de plus près, il n’a gagné ni la guerre ni une bataille mais seulement un sursis. La tension retombe pour nous tromper et nous prendre par surprise. The Good Wife opère ici une première opération dans son mode de fonctionnement, à savoir un retrait de l’aspect procédural qui lui était inhérent mais pas constitutif.

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©CBS

À cet abandon partiel du cas judiciaire de la semaine – et ce que cela implique pour les autres personnages pour le moment – Robert et Michelle King lui préfèrent un resserrement encore plus intense sur les personnages, leurs motivations et leurs errements. En ce sens, ils nous font douter de l’innocence de Cary, brouillent la morale en faisant entrer dans une ronde extrêmement complexe et jouissive Lemon Bishop et forcent des idées difficiles à la base avec la candidature d’Alicia. La deuxième opération s’articule autour de cette dernière et d’un discours toujours aussi fort mais évolutif de la série. Est-elle toujours une série judiciaire ou la politique vient-elle s’insérer dans un propos d’ensemble ?

« Saint Alicia » en prend un sacré coup dans Oppo Research où ses certitudes les plus fortes volent en éclats et le doute s’insinue sur tous les fronts. Son fils, son frère, sa mère, Will, Finn Polmar, Kalinda .. tous ces liens qu’elle a créée se retrouvent questionnés face à son ambition personnelle. Avec la candidature d’Alicia, les King commencent à remettre sérieusement en question le titre de leur série et leur héroïne, sans être radicaux. Une perspective aussi inquiétante que réjouissante.

The Good Wife parvient, au bout de six saisons, à saisir l’essence de ses personnages en les faisant évoluer sans les manier. Un travail d’orfèvre qui se passe dans les détails d’une scène – les conditions d’entrée de Diane selon différents points de vue dans Dear God – ou d’un échange anodin – celui entre Alicia et Finn qui détermine leur brumeuse relation dans Oppo Research – et même dans un second degré d’une maîtrise rare, les 20 premières minutes du dernier épisode étant d’un calibre assez exceptionnel en la matière, d’une balance incroyable entre tension et comédie.

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Mais cette saison plus que les autres, ce qui assoit la suprématie de The Good Wife, c’est une ambition filmique nouvelle. Sans citer les très bons réalisateurs de ces quatre premiers épisodes, ils font tous un travail rare en associant le fond et la forme. Que ce soit la brièveté des scènes ou leur fluidité inverse, chaque plan épouse la narration et souligne autant ce qui est dit que ce que l’on peut voir. Quoi de plus étrange et insidieux que de voir en une fraction de seconde la réaction d’Alicia et Cary quand ils se disputent autour de la fusion (Dear God) ? Le montage épileptique exacerbe la tension d’une scène qui n’en contenait pas – celle, multiple, de l’échange avec l’agent de probation (et son twist final magistral).

En bref, j’aurai aimé faire une lettre d’amour à cette série mais j’ai voulu apporter à mon apparente subjectivité les arguments d’une objectivité simulée. Reste que je crois dur comme fer qu’aucune série n’atteint aujourd’hui un tel niveau, une telle maîtrise de sa narration, de sa réalisation et – il devient inutile de le dire – du jeu de ses acteurs. Sa dernière concurrente sérieux – Breaking Bad – n’est plus mais il fait bon de voir que la succession ne se fait pas au détriment de sa disparition mais qu’elles aient cohabité ensemble, au sommet.

La saison ne fait que commencer !